Enfin, d’heureux évènements à prévoir en Grèce.
La décision de mettre l’ERT en sommeil, motivée officiellement par un souci d’austérité budgétaire, a provoqué des remous au sein de la coalition gouvernementale et ravivé une atmosphère de tension dans un pays qui semblait émerger de la crise politique qui avait accompagné la récession. D’après un haut responsable gouvernemental, Antonis Samaras est ouvert à la discussion, et un compromis est possible, même s’il n’entend pas revenir sur sa décision de fermeture et recréer une nouvelle entité plus resserrée et efficace. « Je crois qu’il y a de la place pour un compromis et que nous n’irons pas vers de nouvelles élections », a confié cette source.
Toutefois, l’affrontement ouvert entre Antonis Samaras, qui a juré de moderniser le « Jurassic Park » qu’est, selon lui, devenue la Grèce contemporaine, et ses alliés au sein de l’exécutif fait douter qu’il soit possible de trouver une formule permettant à tous de « sauver la face ».
« Sur le fil du rasoir »
« Le pays est sur le fil du rasoir », a fait savoir une source proche de la coalition. Le conflit avec le Pasok et la Gauche démocratique, qui demandent au Premier ministre de revenir sur sa décision, a tourné à la crise politique la plus grave depuis la formation de la coalition en juin. « Soit une solution se dessine d’ici à une semaine, soit des élections sont inévitables », proclame à la une le journal conservateur Kathimerini. « Le pays n’a pas besoin d’élections, ce serait une erreur colossale. Mais le Pasok n’en a pas peur, a réagi le chef de file de ce parti, Evangelos Venizelos. Nous sommes en faveur d’une restructuration de fond en comble de l’ERT, mais pas des partisans de l’écran noir. » De son côté, Dimitris Hatzisokratis, de la Gauche démocratique, a déclaré : « Enfin ! Mais cette rencontre aurait dû se tenir aujourd’hui. Quatre jours peuvent donner lieu à des développements irréversibles. »
Les quelque 2 600 employés de l’ERT, qui était doté d’un budget annuel de 300 millions d’euros, doivent perdre leur emploi. Le déblocage d’une nouvelle tranche de prêt de 3,3 milliards doit faire l’objet de discussions dans le courant de la journée avec de hauts responsables de la zone euro. D’après un responsable gouvernemental, la Grèce fait l’objet de pression pour démontrer aux inspecteurs de la troïka qu’elle dispose d’un plan de mise à pied de 2 000 agents de l’État comme requis. La fermeture de l’ERT était, semble-t-il, la seule option disponible pour remplir cet objectif.
Les cafés ne désemplissent pas
Qualifiant cette mesure de « décision aux allures de coup d’État (...) visant à bâillonner l’information impartiale », les deux principales organisations syndicales ont organisé hier une grève générale de protestation de 24 heures. Dans la capitale, les bus municipaux sont restés à l’arrêt, tout comme l’opérateur ferroviaire public OSE dans tout le pays.
Plus de 13 000 personnes brandissant des drapeaux et des banderoles avec pour inscription « Limogez Samaras, pas le personnel d’ERT ! » se sont rassemblées devant le siège de l’audiovisuel public, où le personnel organise une veille depuis l’annonce de la fermeture. Le syndicat des journalistes d’Athènes a lancé un mot d’ordre de grève illimitée qui a bloqué la parution de plusieurs titres et obligé des chaînes de télévision privées à rediffuser d’anciennes séries à la place de leurs journaux d’information.
Mais pour le moment, les travailleurs du secteur privé ne semblent pas avoir rejoint en masse la grève générale.
Les rues de la capitale sont, comme chaque jour, encombrées de voitures, les supermarchés ont ouvert et les cafés ne désemplissent pas. Plusieurs défilés étaient prévus avec, en point d’orgue, une grande manifestation devant le siège de l’ERT. « Ce que le plus mal payé des employés d’ERT se fait en un jour, je le gagne en une semaine. Alors, pourquoi devrais-je faire la grève pour eux ? » demande Iannis Papailias en train de ranger sa marchandise.
Le taux de chômage atteint près de 27 % en Grèce. Depuis le début de la récession il y a six ans, plus de 850 000 emplois ont été supprimés, la plupart dans le secteur privé. De nombreux Grecs considéraient les trois chaînes de l’ERT comme des sinécures et le symbole du clientélisme permettant à certains partis politiques de placer leurs obligés. Mais la brutalité avec laquelle est intervenu l’arrêt de la diffusion a été ressentie comme un choc par la population.
(Source : Reuters)


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