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Liban

Halte à l’agression sexuelle des enfants !

Société C’est le 4 juin, journée mondiale instituée par l’ONU pour rappeler les violences que subissent des millions d’adolescents, que Himaya donne son dîner de gala annuel. Née il y a six ans à l’initiative de Viviane Debbas, l’association continue de tracer son sillon, mobilisant des ressources humaines et financières pour que les petites victimes de maltraitance soient entendues, défendues, protégées et soignées.
May MAKAREM | OLJ
27/05/2013
Parce que c’est la société entière qui est offensée et agressée, les abus infligés aux enfants sont de plus en plus dénoncés. Et la lutte contre la pédophilie et l’inceste, sujets restés longtemps tabous au Liban, est devenue une cause nationale. Mais on ne sait pas combien d’adolescents sont concernés. Impossible de le dire avec exactitude. D’autant que l’enfant piégé dans son propre foyer, sous son propre toit, se mure dans le silence, terrorisé par la menace de l’agresseur. Ou que la mère, soucieuse de maintenir la cellule familiale, occulte la réalité honteuse et se dégage de ses responsabilités. Toutefois, une étude menée il y a quelques années par Kafa Violence et Exploitation, le Conseil supérieur pour l’enfance du ministère des Affaires sociales et Save the Children Sweden révèle des chiffres inquiétants: sur un échantillon de 1025 enfants âgés de 8 à 17 ans, 16,1% ont vécu au moins une forme d’agression sexuelle et 12,5% ont été carrément victimes d’actes sexuels. Cette pédocriminalité prédominante dans les milieux défavorisés est présente dans toutes les catégories sociales et communautaires.
Cela étant, jusqu’à cette date, 5 725 enfants âgés de six à 17 ans ont été pris en charge par Himaya, dont le programme construit autour d’un triptyque prévention-résilience-protection judiciaire a été mis en œuvre avec l’immense contribution d’Arcenciel, une superstructure implantée dans toutes les régions du Liban.

Sur la carte des organisations internationales
À Damour, le centre de résilience, premier du genre au Liban, accueille, pour une période transitionnelle, filles et garçons arrachés aux sévices de leurs familles par décision judiciaire. Pour se «reconstruire» après le traumatisme subi, ces jeunes, actuellement au nombre de 40, sont soignés par des spécialistes (médecins, psychiatres et psychologues) et encadrés par des assistantes professionnelles. Ils bénéficient d’ateliers thérapeutiques et d’accompagnement pour une réinsertion sociale solide. Certains poursuivent un cursus scolaire régulier dans un établissement à proximité du centre, et d’autres des études techniques dans des ateliers de couture, de menuiserie, de jardinage, d’esthétique ou d’autres.
Himaya, qui a été la seule ONG invitée par le Conseil européen et la Coopération italienne pour représenter le Liban à la conférence internationale sur «Le rôle de la coopération dans la lutte contre la violence sexuelle que subissent les enfants», travaille aussi en externat. Elle est engagée aux côtés de plusieurs organisations et dans plus de 50 dispensaires, hôpitaux et centre médico-sociaux pour apporter une assistance concrète aux jeunes traumatisés. Pour la seule année 2012, 1800 enfants pris en charge ont bénéficié de 450 heures d’ateliers thérapeutiques et d’activités pédagogiques. En parallèle, un programme intitulé «Parents Effectiveness Training» a offert à plus de 470 familles (soit 3000 séances de suivi) un soutien psychologique, des conseils et des outils pour gérer les problèmes de conflit et assurer un environnement sain à l’enfant.
En outre, unique détentrice au Liban et au Moyen-Orient de la méthode Thomas Gordon (médaille d’or de l’Association de psychologie humaniste pour sa contribution exceptionnelle à la diffusion de la psychologie dans l’intérêt public), Himaya a assuré, grâce au financement du gouvernement canadien, la formation de 776 professionnels socio-éducatifs liés à la protection des enfants. Un nombre d’entre eux appartenant à des organisations locales et internationales devaient répondre, sous la houlette de l’Unicef, à l’urgence des réfugiés syriens. Le projet a mis Himaya sur la carte des organisations internationales et des agences des Nations unies opérant au Liban.

Campagnes d’éveil
et e-helpline
Voilà un gros travail qui nécessite un investissement humain et financier énorme. L’important est de persévérer, car tout enfant doit être à l’abri de toutes les formes de violence. Afin de mieux prévenir, l’action de Himaya s’articule également autour des campagnes de sensibilisation, des émissions télévisées et radiophoniques, des publications éducatives et des interventions au sein de dizaines de garderies et d’établissements scolaires, pour développer l’aptitude des jeunes à se protéger et à réagir en cas d’agression.
Last but not least, l’association contribue aux réflexions engagées par les différentes ONG auprès de la commission parlementaire des Droits de l’enfant pour que ce droit soit reconnu et appliqué, et au-delà, qu’il soit amélioré.
Himaya a d’autre part mené campagne avec les ministères des Affaires sociales, des Télécommunications, de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, ainsi que le Centre de recherches et de développement pédagogiques, sur les dangers de l’Internet, qualifié de «paradis des pédophiles». À cet effet, l’organisation a mobilisé les professionnels de l’informatique pour l’élaboration d’outils destinés à protéger les jeunes internautes. Avec World Vision, et en collaboration avec l’Unité des crimes cybernétiques, les ministères de l’Intérieur, de la Justice et des Affaires sociales, une aide en ligne («e-helpline»), outil de sécurité, premier du genre au Moyen-Orient, a été développée. Elle permet aux enfants de se connecter, via Internet, à des professionnels qualifiés pour signaler les incidents d’abus.
Un chantier complexe et incommensurable? Peut-être, mais qui n’a tout de même rien d’impossible: Himaya investit toute son énergie et toutes ses compétences en vue de la réhabilitation de l’enfant agressé et de sa dignité. Relever ce défi de manière pertinente, efficace et à long terme exige un financement. Ensemble on peut répondre à l’urgence. Les enfants méritent bien nos soins et notre protection... Ils sont l’avenir du pays. La soirée caritative, qui se tiendra le 4 juin aux Souks de Beyrouth, permettra de récolter des fonds à leur profit.
Pour toute information ou réservation, appeler au 01-985202 ou 01-985203.

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