Avec The immigrant, le réalisateur américain James Gray reste dans un genre qu’il affectionne, le mélodrame, pour évoquer ses propres origines et placer au centre de l’histoire une femme, personnage lumineux interprété avec puissance par Marion Cotillard. À la sortie de la projection de presse, le film était déjà cité par certains comme une possible Palme d’or « consensuelle ». Ou un prix d’interprétation. New York 1921. Deux Polonaises, Ewa (Marion Cotillard) et sa sœur Magda, arrivent à Ellis Island, passage obligé pour les immigrants. Magda, atteinte de tuberculose, est placée en quarantaine. Ewa, seule et désemparée, tombe dans les filets du souteneur Bruno (Joaquin Phoenix, éblouissant). Pour sauver sa sœur, elle accepte de se prostituer. L’arrivée d’Orlando (Jeremy Renner), illusionniste cousin de Bruno, va lui redonner de l’espoir, mais c’est sans compter avec la jalousie de Bruno.
Gray alterne dans le film scènes spectaculaires et intimistes, d’Ellis Island à la chambre d’Ewa, des rues de New York aux petits cabarets de Manhattan où les hommes venaient se dévergonder. Le réalisateur a tenu aussi « à baser cette histoire sur des choses vraies ». « La vague d’immigration du début des années 20 était surtout celle des immigrés d’Europe de l’Est. La porte s’est refermée en 1924 », a-t-il expliqué devant la presse. Le film se resserre au fur et à mesure sur le trio principal, Ewa, Bruno et Orlando, les entraînant inexorablement vers le drame.
Pour James Gray, « avoir une héroïne au centre de l’histoire me permettait d’explorer ces émotions grandioses sans cette composante macho qui fait la virilité de la culture occidentale ». Ewa est « à la fois une victime et quelqu’un qui contrôle son destin », poursuit-il. Gray n’avait vu aucun film de Marion Cotillard avant le tournage bien qu’ayant écrit le film en pensant à elle. « Son visage incroyable me faisait penser à Renée Falconetti dans La passion de Jeanne d’Arc de Dreyer », explique le réalisateur dans les notes d’intention du film. Pour l’actrice, « le plus grand défi » concernant ce film a été de parler polonais. « Le langage fait partie d’un tout. C’est vrai que j’aime créer des personnages qui ont leur propre démarche, leur propre langage physique et leur propre manière de parler. Avec le polonais, la façon de placer la voix est différente du français ou de l’anglais. Ça m’a aidé à construire quelque chose qui soit propre au personnage. » Le réalisateur s’est enfin livré devant la presse à un plaidoyer en faveur de l’immigration. Elle « enrichit la société, elle ne l’amoindrit pas. (...) Elle apporte du dynamisme à la culture », a encore déclaré le cinéaste, qui habite Los Angeles et cite en exemple les communautés latino-américaines et asiatiques.
Cocteau + Dombasle
Hors compétition, et pour la première fois, Arielle Dombasle est en sélection officielle à Cannes en tant que réalisatrice pour Opium, long métrage librement inspiré du journal éponyme que Jean Cocteau a tenu pendant une cure de désintoxication en 1930. Venue sur la Croisette en 2006 pour Nouvelle chance, film d’Anne Fontaine dont elle partageait l’affiche avec Danielle Darrieux, la chanteuse et comédienne savoure cette invitation comme « un moment merveilleux », ravie de voir « son petit bateau de papier capable de voguer jusqu’à Cannes », en attendant le verdict public : Opium sortira en salles en octobre. Arielle Dombasle, qui a déjà réalisé deux longs métrages et plusieurs documentaires, rend hommage à Cocteau avec cette « comédie musicale filmée », célébrant les codes esthétiques de l’un de ses maîtres à penser.
« Cocteau donne des clés pour être loin des étangs glacés du conformisme, des conseils à suivre comme une lumière, une étoile brillante dans une société de compromis sans fin. Ses invitations à aller vers l’inspiration sont essentielles, comme ce principe merveilleux : “Ce que l’on te reproche, fais-le ! C’est toi !” », affirme Arielle Dombasle. Aux accents surréalistes, Opium met en scène les amours contrariées de Jean Cocteau et de l’écrivain Raymond Radiguet, l’auteur du Diable au corps, emporté à 19 ans par une fièvre typhoïde mal diagnostiquée. L’artiste polymorphe ne s’est jamais remis de cette disparition : « J’ai toujours su que tu m’étais prêté, qu’il fallait te rendre très vite », a-t-il écrit à propos de Radiguet. « Cocteau et Radiguet n’ont jamais cessé de faire des rencontres avec d’autres artistes, des écrivains, des peintres, des musiciens des danseurs, des créateurs de mode. Il fallait ressusciter ce cosmos », explique Arielle Dombasle qui incarne le miroir féminin de Cocteau, comme un vœu sur mesure.
(Source : AFP)


"il fallait ressusciter ce cosmos", quoi ils sont morts ? un comédien (que j'aime bien) déclarait récemment qu'il fait un "métier de cons".
10 h 16, le 25 mai 2013