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Moyen Orient et Monde

Haro sur l’anglais

Le billet
24/05/2013

Les députés français ont ouvert jeudi la possibilité de dispenser des cours en anglais dans les universités, malgré un tir de barrage des opposants qui redoutent une perte d’influence du français dans l’enseignement.


Avant de prendre la parole en public, Martin Dupont a toujours un petit coup de mou. Pour se donner de l’assurance et une contenance, il serre dans sa main gauche un peu moite un minidictionnaire. Une cinquantaine de paires d’yeux le fixent, là, dans cette cave secrète de l’Académie française. Les regards sont sombres, les fronts plissés, Martin Dupont le sait, l’heure est grave.


« Chers amis, lance-t-il comme on se jette à l’eau, je vous remercie d’avoir répondu à mon appel. Je vous avoue avoir espéré une foule plus compacte, mais que voulez-vous, nos contemporains semblent avoir perdu le sens des priorités. »


Un murmure d’approbation traverse l’assemblée composée des membres du Front des adorateurs cérébraux et libres du français pour toujours (Facelift), dont Martin Dupont est le président.


« L’heure est grave, reprend Martin Dupont, car notre langue maternelle et chérie est victime d’une trahison d’une ampleur inédite. À quelques encablures d’ici, nos députés ont grand ouvert les portes de l’université à l’anglais. »


Des huées montent de l’assemblée, Martin Dupont s’en nourrit un moment.

 

« Pour justifier ce nouveau coup de boutoir porté au français, l’on invoque la compétitivité de nos étudiants, l’attractivité de nos universités pour les étrangers, que sais-je encore ? Foutaises de branquignole ! Je ne m’abaisserai pas à commenter l’argumentaire, de toutes les manières le scandale est ailleurs. Le scandale tient au fait que les nôtres s’accointent avec l’envahisseur, les traitres ! »


Dans la salle, les encartés du Facelift approuvent bruyamment.


« Mes amis, quand je pense à tous ces combats que nous avons menés, droits dans nos bottes et le torse bombé, face aux barbarismes anglo-saxons. Il y a quelques semaines seulement, nous sonnions le glas du grossier “hashtag”, écrasé par notre mot-dièse, quintessence de la subtilité. Et faut-il rappeler le “mail” noyé par notre courriel, le “podcast” laminé par notre baladodiffusion, le “buzz” éradiqué par notre ramdan, le ”smiley” dézingué par notre frimousse ? »


Une salve d’applaudissement retentit, Martin Dupont s’en nourrit aussi.


« Mais ce champ de bataille linguistique n’est que la partie immergée de l’iceberg. Les attaques lancées par les anglophones sont plus mesquines, un travail de sape dont le porte-étendard est un clown hideux dopé au ketchup. Il est de notre devoir de déciller les yeux aveugles ! Ce clown, ce Ronald, n’est qu’une réplique en salopette jaune du flûtiste de Hamelin. Avec ses flans et ses macarons exhibés dans les vitrines de ses avant-postes parisiens, il entraîne petits et grands vers l’abîme gastronomique. »


« Pouah », crachent les membres du Facelift.

 

« Ce flan n’est pas un flan boulanger ! Le flan McDo est un neutralisateur de papilles qui prépare le terrain au petit pain vaguement rond et franchement mou. Et qu’est ce qu’un macaron McDo sinon un mini hamburger ? »


Dans l’assistance, une personne s’évanouit, Martin Dupont ne bronche pas, l’heure n’est plus aux états d’âmes.


« Mes amis, ce soir, il est de mon devoir de vous apprendre que le sommet de l’État est gangréné. Avant l’anglais à la fac, il y a eu ce grand déballage ordonné par l’Élysée. Des ministres français déclarant publiquement et dans le détail leur patrimoine ! Existe-t-il pratique plus américaine et antifrançaise que cela ? »


« Non, non ! » crient les militants surchauffés.


« Quel navrance ! L’heure est grave mes amis, le ciel de la francophonie s’emboucane. Mais tant qu’un homme ou une femme du Facelift sera debout, le combat continuera. Et nous ne ferons pas de prisonniers. »


Tonnerre d’applaudissements.

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Charles Fayad

Mais pourquoi pas un master en anglais à des étudiants français ou étrangers d’une université française. Bien des étudiants britanniques fuient les coûts élevés d’inscription, les ""fees"", surtout dans des universités de grande réputation, pour suivre des cours en anglais au Pays-Bas. La concurrence est rude et il faut faire face. L’anglais en France ne rend pas le français une langue morte, loin de là. Pour aller plus loin que l’article, on utilise l’anglais dans un pays que je ne nommerai pas, dans certains cas, pour éviter souvent des "querelles linguistiques". Et que pense-t-on d’une capitale d’un million d’habitants au cœur de l’Europe, où 22% (chiffre officieux) de la population parle l’arabe…

Talaat Dominique

le français est en perte même en France, dans les publicités ils ne traduisent m^me plus , il y a des sous titrages, tout les termes sont anglais. dans d'autres pubs on voit les femmes revenir de courses avec un grand sac en papier, c'est anglo-saxon, nous avons des sacs plastiques

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