Est-ce que, de ce fait, la pratique de la politique est une qualité ou un défaut au Liban?
La plupart des gens pensent que la pratique politique de l’après-guerre civile est une calamité, mais si l’on pense vraiment au comportement suivi par les divers groupes, nous voyons qu’ils permettent de diffuser les tensions entre ces groupes qui ont pour le moins qu’on puisse dire des intérêts différents. La limite que la plupart des groupes se sont fixée est le non-recours à la violence. Ce comportement généralisé a empêché à maintes reprises, à part quelques exceptions vite circonscrites, le débordement vers des actions armées. De ce fait la politique a été salvatrice.
Il est tout à fait compréhensible, vu le nombre de groupes au Liban dont les intérêts divergent, que ces intérêts ne se recoupent pas durablement tant que l’organisation politique du pays n’a pas trouvé sa structure adéquate. La Suisse, elle, l’a trouvé et c’est le système confédéral que ses divers cantons ont choisi. Le Liban diffère de la Suisse de par la dispersion des groupes sur tout le pays car si le système suisse devrait être appliqué, il y aurait une atomisation inacceptable du territoire national.
Le Liban a trouvé la parade à l’atomisation par une confédération des communautés et non par celle du territoire. Chaque communauté est jalouse de ses intérêts, de ses croyances et de sa façon de vivre. Le seul problème qui reste à résoudre est la fixation des limites « confédérales » non territoriales pour qu’aucune des communautés n’empiète sur les prérogatives de l’autre. La politique suivie par les divers groupes s’ajustera inévitablement pour trouver un équilibre selon l’esprit des lois de Montesquieu.
La grande inconnue reste celle des intérêts théocratiques émanant de l’extérieur et qui complique tout. La confusion du pouvoir politique et religieux, la soumission du pouvoir politique au religieux ou la très grande proximité des deux revêt un caractère quasi dramatique au Liban. En fait, deux cas de figure se présentent : si les acteurs extérieurs sont empreints de sagesse leur intervention serait bénéfique et salvatrice pour trouver l’équilibre nécessaire entre les divers intérêts ; mais si les acteurs sont en pleine confrontation, clela ne peut que compliquer les accords « confédéraux » et leur intervention serait destructrice.
Le mieux serait que les intervenants extérieurs n’interviennent pas entre les diverses parties pour que leurs décisions ne soient empreintes d’aucune contrainte et qu’ils puissent arriver à un accord acceptable jusqu’à la prochaine crise où ils devraient trouver un autre équilibre.
La politique n’est salvatrice ou destructrice que dans la mesure où les acteurs ont la volonté de vivre ensemble sans intervention extérieure dans leurs affaires. C’est cette seule condition qui permettrait d’arriver à des compromis et à des équilibres stables.

