Une chorale interprétant des œuvres panachées des pays du Nord. Photo Hassan Assal
En ce moment solennel pour un premier concert au pays du Cèdre et pour la célébration de son 80e anniversaire, la chorale Sol, sous la houlette de Dani Juris (son directeur depuis 2010), a chanté, sous le titre «Rêves du printemps», un florilège d’œuvres chorales.
Œuvres dédiées à la saison du renouveau, des premiers bourgeons ainsi que des pulsions du cœur, des murmures des sources et du bruissement des chênes et des bouleaux centenaires. Des œuvres venues aussi bien des airs du folklore du nord du pays des cent mille lacs que des ritournelles d’autres contrées nordiques, ainsi que des chansons appartenant à la musique de l’Europe centrale.
Peu familier à ce répertoire riche et varié de terres lointaines, panachés entre douceur des grandes forêts et de la fonte des neiges, contant en centaine d’entrelacs sonores des paysages solitaires et merveilleux et les émois des cœurs conjugués au rythme de nature, ces chants avaient, en ces lieux chargés de piété, une résonance particulière, un charme envoûtant et secret.
Ne cherchez pas à reconnaître compositeurs et paroliers, à moins d’être versés en culture nordique. C’est une découverte et révélation, certes, que de lire les noms de Bengt Carlson,Tivo Kuula,Veljo Tormis, Nils-Eric Fougstedt, Jukka Linkola, Mia Makaroff, Gjendine Slälien, Eric Whitacre, et l’on s’arrête comme devant un visage connu dès que surgit la désignation de Claudio Monteverdi...
Dans leur modulation de langues étrangères, ces chants, entre cantilènes caressantes, cadences véhémentes, berceuses pour un sommeil profond d’enfant sage ou turbulent et martèlements marqués, font revivre l’histoire et l’essence d’une nation. Histoire peuplée de poèmes tendres, bucoliques, mais aussi d’épopées (empruntant ses vocables au suédois, au finnois, au vieux Sami Yoik) où l’être humain est en prise avec les éléments de la nature... Combat et lutte pour une survie au cœur des solitudes et des remous de l’histoire.
Si le romantisme poétique des mots du Tasse habille en toute sérénité et douceur les diaphanes luisances des notes de Monteverdi, la prosodie classique devient brusquement moins attachante dès que surgit ce chant sauvage et tendre à la fois, scandé et psalmodié comme une déclaration guerrière de tendresse.
Un chant improvisé (avec un solo qui interpelle de Tuomas Talvio), grandiose comme une aurore boréale, qui parle en termes gutturaux et incantatoires, du souffle du vent, de la bénédiction de Dieu et du salut majestueux, dans sa simplicité et son naturel, aux Samis, peuple de la Laponie.
Salve d’applaudissements d’un auditoire recueilli, qui a été sensible à cette forme de chant si peu conventionnelle par rapport au ronron des concerts habituels.
Par ailleurs, l’on ne peut passer sous silence le sans-gêne de certaines personnes qui, non seulement laissent leur mobile sonner en plein récital, mais y répondent très «cool», en écrasant leur voisin pour sortir, talons claquant au sol, avec des délicatesses d’éléphant dans une galerie de porcelaine, pour continuer leur conversation au bout de l’église, au vu et entendu de toute une salle...
Gerbe de fleurs à Dani Juris, directeur du chant, et révérence des choristes. Pour le bis, inattendu et amical, un chant en langue arabe contant fleurette à l’Asmarani. Des blondeurs nordiques comme un épi de blé aux teintes bronzées levantines, voilà une éloquente déclaration qui se passe de commentaires...

