L’un des plus grands procès de néonazis de l’après-guerre s’ouvre lundi à Munich pour juger une série de meurtres xénophobes. Depuis des semaines, l’attribution des places réservées aux médias suscitait une vive controverse dans une affaire déjà marquée par une cascade de scandales autour de l’enquête, au point que l’ouverture du procès, prévue le 17 avril, a été reportée au 6 mai. De par son ampleur, ce procès est sans équivalent depuis celui de la bande à Baader il y a 36 ans. Fin avril, l’Allemagne s’est officiellement excusée à l’ONU pour les erreurs commises durant l’enquête, reconnaissant que ces meurtres racistes « ont été sans le moindre doute l’une des plus graves atteintes aux droits de l’homme de ces dernières décennies en Allemagne ». La principale accusée, Beate Zschäpe, 38 ans, qui encourt une lourde peine de prison, doit répondre de sa participation présumée à neuf meurtres xénophobes, plus celui d’une policière en 2007. Elle est également soupçonnée d’être impliquée dans deux attentats contre des communautés étrangères et 15 braquages de banque, selon l’acte d’accusation. L’un de ses avocats a d’ores et déjà fait savoir qu’elle ne comptait pas s’exprimer sur les faits reprochés alors qu’elle est murée dans le silence depuis un an et demi. Ses deux acolytes, Uwe Böhnhardt (34 ans) et Uwe Mundlos (38 ans), les meurtriers présumés, se sont donné la mort le 4 novembre 2011. Beate Zschäpe, une femme brune, aux traits juvéniles derrière de fines lunettes, se présente quatre jours plus tard au commissariat de la ville de Zwickau, en ex-Allemagne de l’Est. « Je suis celle que vous cherchez », indique-t-elle simplement, mettant ainsi un terme à près de 14 années de vie clandestine. Tous trois formaient la cellule néonazie Clandestinité national-socialiste (NSU). Quatre personnes, soupçonnées de leur avoir fourni une aide logistique, se tiendront aussi sur le banc des accusés. Au moins 77 personnes se sont portées partie civile, assistées par une cinquantaine d’avocats, et six cents témoins seront appelés à la barre. Le procès pourrait durer deux ans et demi.
À tort
La Cour devra notamment répondre à deux questions qui hantent l’Allemagne depuis la révélation de l’affaire : comment ces trois néonazis, dans le collimateur des services de renseignements intérieurs dès la fin des années 90, ont-ils pu vivre si longtemps sans jamais être inquiétés ? Et comment une série de meurtres de petits commerçants immigrés a-t-elle pu rester inexpliquée pendant plus d’une décennie ? Huit citoyens turcs ou d’origine turque et un Grec sont abattus entre le 9 septembre 2000 et le 6 avril 2006. Les meurtres sont commis dans des cafés Internet, des boutiques de fruits et légumes, des snacks de kébabs, à travers tout le pays, toujours avec la même arme. Mais jamais la police n’explore sérieusement la piste xénophobe. Les familles des victimes sont au contraire soupçonnées et subissent pressions et menaces. « Pendant 11 ans, nous n’avons pas eu le droit d’être des victimes », témoigne Semiya Simsek, dont le père a été abattu devant son stand de fleurs, un crime dont sa mère a ensuite été accusée. L’affaire sera finalement élucidée en novembre 2011... par hasard. Des policiers retrouvent dans une caravane les corps de Böhnhardt et Mundlos, qui ont préféré mourir plutôt que de se rendre à la suite d’un braquage raté. Quelques heures après, Beate Zschäpe met le feu à leur appartement. Elle se rendra quatre jours plus tard. Entre-temps la police aura fait le lien entre les deux affaires et visionné un DVD mettant en scène le personnage de dessin animé de la panthère rose, dans lequel le trio revendique ses crimes. L’Allemagne découvre ensuite les ratés de l’enquête et les renseignements intérieurs sont accusés de négligences, voire de racisme. Une commission d’enquête parlementaire sera même ouverte.
Au cours d’une cérémonie d’hommage posthume aux victimes l’an dernier, Angela Merkel avait demandé pardon aux familles accusées à tort. Ces crimes « sont une honte pour notre pays », avait-elle déclaré. À la tribune ce jour-là, Ismail Yozgat avait raconté comment son fils de 21 ans était mort dans ses bras après avoir reçu deux balles dans la tête. La motivation de ses bourreaux ? La haine des étrangers.
(Source : AFP)
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