Le travail est le fondement sur lequel s’édifie la vie familiale, qui est un droit naturel et une vocation pour l’homme. Ces deux sphères de valeurs – l’une liée au travail, l’autre dérivant du caractère familial de la vie humaine – doivent s’unir et s’influencer de façon correcte. Le travail est, d’une certaine manière, la condition qui rend possible la fondation d’une famille, puisque celle-ci exige les moyens de subsistance que l’homme acquiert normalement par le travail. Le travail et l’ardeur au travail conditionnent aussi tout le processus d’éducation dans la famille, précisément pour la raison que chacun « devient homme » et « chacune femme », entre autres, par le travail, et que ce fait de devenir vrai homme ou vraie femme exprime justement le but principal de tout le processus éducatif. C’est ici qu’entrent en jeu, dans un certain sens, deux aspects du travail : celui qui assure la vie et la subsistance da la famille, et celui par lequel se réalisent les buts de la famille, surtout l’éducation. Ces deux aspects du travail se complètent sur différents points.
La troisième sphère de valeurs que nous rencontrons dans la perspective – celle du sujet du travail – regarde la grande société à laquelle chacun et chacune appartient en vertu de liens culturels et historiques particuliers. Cette société, même si elle n’a pas encore pris la forme achevée d’une nation, est la grande « éducatrice » de toute personne, encore qu’indirectement car chacun assume dans sa famille les éléments et les valeurs dont l’ensemble compose la culture d’une nation donnée, et elle est aussi une grande incarnation historique et sociale du travail de toutes les générations. Le résultat en est que l’homme lie son identité humaine la plus profonde à l’appartenance à sa nation, et qu’il voit dans son travail un moyen d’accroître le bien commun élaboré avec ses compatriotes, en se rendant compte ainsi que, par ce moyen, le travail sert à multiplier le patrimoine de toute la famille humaine, de tous les hommes vivant dans le monde.
Ces trois sphères conservent de façon permanente leur importance pour le travail humain dans sa dimension subjective. Cette réalité concrète de l’homme au travail l’emporte sur la dimension objective. Dans la dimension subjective se réalise avant tout la « domination » sur le monde de la nature, à laquelle l’homme est appelé depuis sa naissance. Si le processus de soumission de la terre, c’est-à-dire le travail sous l’aspect de la technique, est caractérisé au cours de l’histoire, et spécialement ces derniers siècles, par un immense développement des moyens de production, il s’agit là d’un phénomène avantageux et positif, à condition que la dimension objective du travail ne prenne pas le desssus sur la dimension subjective, en enlevant à l’homme ou en diminuant sa dignité et ses droits inaliénables.
Sylvain THOMAS
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