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Moyen Orient et Monde - Italie

Letta se fixe une feuille de route ambitieuse

Croissance, Europe, moralisation de la politique, le chef du gouvernement se donne 18 mois, sinon il « en tirera les conséquences ».

Enrico Letta au Parlement, peu après avoir prononcé son discours-programme. Andreas Solaro/AFP

Relancer la croissance d’une Italie « qui se meurt », changer le cap européen, moraliser la politique, le nouveau chef du gouvernement italien Enrico Letta s’est fixé une feuille de route ambitieuse hier au Parlement.
Au lendemain de sa prestation de serment, il a souhaité des résultats « sous 18 mois » pour les réformes économiques, sociales et politiques qu’il va engager. « Si en revanche tout s’enlise, j’en tirerai les conséquences », a-t-il dit avec fermeté dans son premier discours à la Chambre des députés. « Osons faire de grandes choses », a lancé ce chrétien-démocrate de gauche, en citant des propos récents du pape François, dans son intervention qui précédait un débat puis un vote de confiance dans la soirée et qui ne devait pas poser de difficultés. Après deux mois de blocage politique, il a été choisi pour diriger le premier gouvernement d’union gauche-droite de l’après-guerre et dispose sur le papier de 455 voix, avec la majorité absolue à 316 sièges. Soulignant vouloir user d’un « langage de vérité », M. Letta a estimé que « l’Italie se meurt par la faute de la seule austérité. Les politiques en faveur de la relance ne peuvent plus attendre ».
Son discours était très attendu des marchés, angoissés de voir la troisième économie européenne s’enfoncer dans sa pire récession de l’après-guerre, et par les partenaires étrangers. Après le discours de M. Letta, la Bourse de Milan a terminé en hausse de 2,20 %.
Tout en se disant « européen et européiste » et en annonçant des déplacements imminents à Berlin, Bruxelles et Paris, M. Letta a critiqué une Union européenne « en crise de légitimité au moment où les citoyens en ont le plus besoin ». « L’Europe comme elle fonctionne actuellement a besoin de changements significatifs », selon lui. L’Italie « respectera les engagements » pris, a-t-il souligné, mais elle espère obtenir de l’UE « une marge de manœuvre » supérieure pour financer la relance de son économie.
La priorité de M. Letta qui, à 46 ans, est l’un des plus jeunes dirigeants européens, sera de s’attaquer « à la situation d’urgence » qui règne sur le marché italien du travail avec 12 % de chômeurs (35 % des jeunes) et au « cauchemar de l’appauvrissement ». Pour soulager la classe moyenne, M. Letta a décidé de stopper le paiement prévu en juin de la deuxième quote-part annuelle de la très impopulaire taxe foncière (IMU) sur la résidence principale. « La réduction de la pression fiscale sans (accroître) l’endettement sera un objectif permanent de ce gouvernement », a-t-il promis. Les partisans de Silvio Berlusconi se sont félicités de ces mesures en s’en attribuant l’initiative. « C’est une douce musique pour nos oreilles », a dit le numéro deux du gouvernement Angelino Alfano, bras droit du Cavaliere, en référence au fait que son mentor avait promis pendant la campagne des élections législatives l’abolissement de l’IMU et le remboursement des versements effectués.
Pour garantir davantage « d’équité », le gouvernement mènera une « lutte sans merci contre l’évasion tout en garantissant un fisc ami, qui ne fasse pas venir des frissons de peur aux citoyens », a assuré le nouveau Premier ministre en promettant aussi « moins de bureaucratie ». M. Letta a évoqué un revenu minimum pour « les familles démunies », l’extension des aides sociales aux travailleurs précaires (autonomes, en contrats courts), le développement de l’apprentissage, des aides aux PME et des investissements dans la recherche, l’innovation ainsi que le tourisme et la valorisation du patrimoine culturel.
Autre front ouvert par le gouvernement Letta : la moralisation de la vie publique et la réduction des coûts de la politique, avec l’objectif évident de contrecarrer des forces contestataires comme le Mouvement 5 Étoiles (M5S) de l’ex-humoriste Beppe Grillo, qui a canalisé 25 % des voix aux législatives. « Pour donner l’exemple », M. Letta a annoncé sans en avoir préalablement averti ses collègues la suppression des émoluments des ministres pour ceux qui sont également parlementaires. M. Letta a estimé que pour restituer de la crédibilité à la politique, « il faut repartir de la décence, de la sobriété, des scrupules et de la banalité d’une gestion de bon père de famille ». « Le parti des abstentionnistes est sorti numéro un » des législatives de la fin février, a-t-il déploré. Le financement public des partis politiques sera également « révolutionné » et il faudra aller, selon lui, vers la « suppression définitive » des départements. Les élections de février, qui se sont terminées sur une impasse avec un centre gauche majoritaire à la Chambre mais pas au Sénat et devant composer avec la droite et le M5S, seront « les dernières avec la loi électorale » actuelle, a en outre promis M. Letta.
Les « palais de la République » avaient été placés sous bonne garde après les coups de feu tirés la veille sur des carabiniers devant le siège du gouvernement par un maçon au chômage dépressif qui avait perdu ses économies au jeu et voulait s’en prendre aux hommes politiques « qui volent et mangent la laine sur notre dos ».
(Source : AFP)
Relancer la croissance d’une Italie « qui se meurt », changer le cap européen, moraliser la politique, le nouveau chef du gouvernement italien Enrico Letta s’est fixé une feuille de route ambitieuse hier au Parlement.Au lendemain de sa prestation de serment, il a souhaité des résultats « sous 18 mois » pour les réformes économiques, sociales et politiques qu’il va engager. « Si en revanche tout s’enlise, j’en tirerai les conséquences », a-t-il dit avec fermeté dans son premier discours à la Chambre des députés. « Osons faire de grandes choses », a lancé ce chrétien-démocrate de gauche, en citant des propos récents du pape François, dans son intervention qui précédait un débat puis un vote de confiance dans la soirée et qui ne devait pas poser de difficultés. Après deux mois de blocage...
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