Un porte-parole des manifestants, Abdel Malek el-Joubouri, a cependant affirmé que les forces antiémeute avaient « ouvert le feu sans discernement » sur les manifestants. Selon lui, elles ont en outre « mis le feu aux tentes » dans lesquelles des centaines de manifestants campaient depuis plusieurs semaines pour réclamer la démission de M. Maliki, à l’instar des sit-in organisés dans d’autres villes sunnites. « Nous n’avons que quatre fusils pour protéger le sit-in et il n’y a aucune personne recherchée parmi nous. » Selon un communiqué du ministère de l’Intérieur, les autorités avaient « demandé aux manifestants pacifiques non armés d’évacuer la place » avant l’assaut.
Cette opération a déclenché des attaques de représailles meurtrières. « Lorsqu’ils ont appris qu’il y a eu des morts et des blessés sur la place du sit-in, les membres des tribus des villages de la région ont attaqué les postes de contrôle de l’armée », a affirmé le porte-parole des manifestants. Treize hommes qui tentaient d’attaquer des positions de l’armée dans la province de Kirkouk ont ainsi été tués, selon des officiers. Plus tard, des manifestants armés ont tué six soldats et en ont enlevé un septième près de Ramadi, chef-lieu de la province sunnite d’el-Anbar, a-t-on appris de source policière. Les manifestants ont incendié deux véhicules blindés et détenaient le soldat enlevé sur le lieu de leur sit-in sur l’autoroute de Ramadi, a indiqué le lieutenant Ibrahim Faraj. Trois soldats kurdes irakiens ont par ailleurs été tués et 20 personnes blessées lorsque des membres de tribus sunnites ont attaqué une patrouille de l’armée près de Souleimane Bek dans la province de Salaheddine, a déclaré Moulla Karim Shoukr, un haut responsable d’un parti kurde. Au total, les violences ont fait hier au moins 55 morts à travers le pays. Ces violences sont les plus graves liées aux manifestations secouant les régions sunnites depuis décembre. Les manifestants réclament la démission du Premier ministre chiite Nouri el-Maliki, accusé d’accaparer le pouvoir, et la fin de la « marginalisation » dont la communauté sunnite s’estime victime.
Dénonçant l’assaut contre les manifestants, deux ministres sunnites ont démissionné, portant à quatre le nombre de ministres sunnites ayant quitté leur poste depuis mars. « Le ministre de l’Éducation, Mohammad Ali Tamim, a démissionné de son poste après que l’armée irakienne eut fait irruption dans un sit-in dans (la province de) Kirkouk », a affirmé un responsable au sein du cabinet du vice-Premier ministre Saleh el-Moutlak. Le président du Parlement Osama el-Nujaifi a indiqué plus tard que le ministre des Sciences et des Technologies Abdel Karim el-Samarraï lui avait annoncé par téléphone qu’il avait également décidé de démissionner. De son côté, le chef du conseil de la province de Kirkouk, Hassan Trouhan, a condamné l’assaut et appelé « l’ONU à intervenir car la situation est extrêmement grave et Kirkouk ne peut pas supporter de nouvelles crises ». Située à 240 km au nord de Bagdad, la province de Kirkouk est une mosaïque ethnique et confessionnelle où cohabitent Kurdes, Arabes et Turkmènes, sunnites et chiites.
Dans ce contexte tendu, 13 fidèles ont été tués hier et plusieurs dizaines blessés dans l’explosion de deux bombes visant une mosquée sunnite à Bagdad, selon des sources des services de sécurité.
Par ailleurs, Nouri el-Maliki a nommé deux personnes pour remplacer provisoirement les ministres des Affaires étrangères et du Commerce, deux Kurdes, a indiqué hier un haut responsable du gouvernement. Rappelons que les ministres kurdes boycottent les réunions du gouvernement depuis début mars en raison de désaccords sur le budget fédéral.
(Source : AFP)


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