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Moyen Orient et Monde - Pakistan

« Dieu, la population et tous les eunuques sont avec moi »

Des transsexuels pour la première fois en campagne électorale.

Sanam sait ses chances de victoire infimes, mais n’est pas découragée pour autant. Et mise sur son expérience de la pauvreté lorsqu’elle descend dans la rue pour convaincre la population de Sukkur de voter pour elle.                                  Asif Hassan/AFP

Dans sa vie d’avant, Essa reçut une stricte éducation musulmane et fut moqué sans cesse pour ses manières efféminées. Aujourd’hui, il est Sanam, transsexuel pakistanais flamboyant mi-danseur, mi-prostitué, et tient une première revanche : il est candidat aux élections.


Le 11 mai prochain, pour la première fois de l’histoire du Pakistan, les hijras (eunuques) pourront voter et se faire élire lors des élections générales. Une révolution pour ceux qui se font souvent opérer ou prennent des hormones pour se transformer en femmes. Sanam Faqeer et une autre demi-dizaine de ces eunuques ont saisi l’occasion d’apparaître au grand jour pour déboulonner les préjugés bien ancrés envers ces parias marginalisés et souvent cantonnés à la mendicité, la prostitution ou la danse. Car si les hijras sont souvent de sortie la nuit, ils subissent le jour les mêmes problèmes que le reste des 180 millions de Pakistanais, entre crise énergétique, économie au ralenti, pauvreté rampante et attentats réguliers. « Je veux donner la justice aux pauvres, l’aide sociale aux personnes âgées et promouvoir l’ascension sociale par le mérite », souffle Sanam, candidate indépendante au Parlement du Sind, province agricole contrôlée par l’élite des riches propriétaires terriens, la famille Bhutto en tête.


Sanam a bien préparé le terrain avant de faire le saut en politique à Sukkur, un fief du Parti du peuple pakistanais (PPP) du président Asif Ali Zardari, veuf de l’ancienne Premier ministre Benazir Bhutto. Le déclic eut lieu il y a une dizaine d’années, lorsque Sanam, qui songeait à quitter la prostitution, rencontra un vieil eunuque esseulé. Elle monte alors son ONG pour aider les pauvres, puis vend ses bijoux pour pouvoir aider des victimes des talibans, avant d’ouvrir un centre de formation en informatique pour les eunuques sans diplôme. « J’ai décidé de consacrer ma vie aux autres », souffle-t-elle. Récemment, les eunuques de Sukkur lui ont rendu la pareille en lui demandant de porter leur voix aux élections, comme la Cour suprême l’autorise depuis 2011. En 2009, la haute juridiction avait déjà écrit l’histoire en reconnaissant le demi-million d’eunuques revendiqué comme un troisième genre désormais mentionné sur leurs papiers d’identité.


Sanam sait ses chances de victoire infimes, mais n’est pas découragée pour autant. Et mise sur son expérience de la pauvreté lorsqu’elle descend dans la rue pour convaincre la population de Sukkur de voter pour elle. « Les gens pensent que nous ne pouvons pas être corrompus, car nous n’avons ni enfants ni familles. Nous n’avons pas besoin d’amasser des fortunes pour se bâtir des villas comme le font les autres politiciens », assène Sanam. À plus de 600 km au nord-est de Sukkur, à Jalalpur Jattan, bourgade de la province du Pendjab, des hommes se recueillent dans une mosquée construite au XVIIIe siècle par un eunuque. « Ce sont des êtres humains. Nous avons déjà voté pour des hommes, et ils n’ont rien fait », lance l’un d’eux avant l’arrivée sur place de Resham, une candidate transgenre aux élections du 11 mai.


Drapée dans une grande tunique immaculée aux reflets argentés avec ses boucles d’oreilles stylées, son vernis à ongle vermillon, son rose à lèvre vif et sa poitrine saillante, Resham mène sa campagne tambour battant parmi les pauvres dont elle fait partie : « Dieu est avec moi, la population est avec moi (...) et tous les eunuques sont avec moi. »


Mais un peu plus loin, certains se moquent de la modeste ascension des eunuques. « Tout le monde les voit comme une blague, personne ne les prend au sérieux. Si elles obtiennent 1 000 ou 2 000 votes, elles n’auront jamais de siège à l’Assemblée nationale », lance Mohammad Iqbal, un commerçant. « Les transgenres n’ont rien à voir avec la politique, Resham aura autant de votes que de clients comme prostituée », lance Javed qui tient une épicerie. Signe que malgré les avancées historiques de ces dernières années, les eunuques devront redoubler d’effort et s’armer de patience pour un jour espérer étrenner leurs tuniques et maquillage tape-à-l’œil sur les bancs du Parlement.

 

 

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Dans sa vie d’avant, Essa reçut une stricte éducation musulmane et fut moqué sans cesse pour ses manières efféminées. Aujourd’hui, il est Sanam, transsexuel pakistanais flamboyant mi-danseur, mi-prostitué, et tient une première revanche : il est candidat aux élections.
Le 11 mai prochain, pour la première fois de l’histoire du Pakistan, les hijras (eunuques) pourront voter et se faire élire lors des élections générales. Une révolution pour ceux qui se font souvent opérer ou prennent des hormones pour se transformer en femmes. Sanam Faqeer et une autre demi-dizaine de ces eunuques ont saisi l’occasion d’apparaître au grand jour pour déboulonner les préjugés bien ancrés envers ces parias marginalisés et souvent cantonnés à la mendicité, la prostitution ou la danse. Car si les hijras sont souvent de...
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