La pratique du parrainage des expatriés, dénoncée par les organisations de défense des droits de l’homme, est une affaire juteuse pour beaucoup de Saoudiens qui peuvent se livrer à un trafic de visas de travail. « Au lieu de nous pourchasser, les autorités feraient mieux de changer le système du parrainage », peste un travailleur jordanien qui dit s’appeler Nidham. La haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme, Navi Pillay, avait appelé en 2010 lors d’une visite à Riyad les pays du Golfe à mettre fin à ce système qui laisse l’ouvrier à la merci de son parrain. Ainsi Mukhtar, un Pakistanais employé dans un centre commercial de Riyad, explique qu’il paye 2 135 dollars à son garant pour qu’il renouvelle son permis de résidence. « Mon parrain a des dromadaires qu’il fait paître dans le désert et ne peut pas m’employer. Notre accord est qu’il s’occupe de mes papiers et que je travaille chez un autre. Maintenant ils veulent nous expulser, ce qui est injuste », dit-il.
Les autorités expliquent ces nouvelles réglementations par la tentative de réduire le nombre de travailleurs immigrés dans le pays de quelque 27 millions d’habitants, pour favoriser l’emploi des Saoudiens. Selon le ministre du Travail Adel Fakih, deux millions d’entre eux sont au chômage, dont beaucoup de diplômés et de femmes. Mais M. Fakih a reconnu que parmi les huit millions de travailleurs étrangers du royaume pétrolier, « six millions occupent des postes subalternes qui ne conviennent pas aux Saoudiens et 68 % d’entre eux sont payés moins de 270 dollars par mois ». Un salaire de misère pour les Saoudiens qui fuient le secteur privé, préférant la fonction publique, mieux payée et aux horaires moins fatigants.
Dans la première économie arabe et le premier exportateur de pétrole au monde, le taux de chômage atteint 12,5 %, selon des statistiques officielles. « Le ministère du Travail a le droit de favoriser l’emploi des Saoudiens, mais ne doit pas perturber l’activité économique », relève Saïd al-Cheikh, un haut responsable de la National Commercial Bank. Selon lui, le secteur du commerce de détail emploie 1,7 million d’étrangers et celui du bâtiment 2,8 millions. L’industrie emploie en tout 700 000 personnes dont seulement 20 % de Saoudiens. Certains secteurs ont ressenti les effets des expulsions avec des entreprises qui ont réduit leurs activités ou des écoles privées qui ont fermé faute d’enseignants. Pour les travailleurs qui ont pu éviter l’expulsion, la course à la régularisation commence. Ils doivent transférer leur parrainage à leur employeur effectif. Mohammad Abdallah Awad, un Yéménite de 27 ans, l’a déjà fait en versant 2 000 dollars à son parrain pour qu’il le libère. « Je n’avais pas le choix car j’ai 13 personnes à charge au Yémen. »
(Source : AFP)


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