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Agenda - Hommage À Laure Chammas Boulos

Petite grande Talolo

Laura-Joy BOULOS

Dans Mort d’un personnage, Jean Giono décrit les derniers instants d’une grand-mère de 86 ans comme notre Talolo. Il écrit : « Il ne s’agissait plus de l’aimer pour son visage de porcelaine, son mystère, sa fuite et le serrement de cœur qu’elle me donnait; il ne s’agissait plus de l’aimer pour ce qu’elle me donnait ; il s’agissait de l’aimer pour lui donner. Il fallait la voir de façon très objective pour pouvoir, précisément, faire exactement les choses indispensables à son bonheur. » C’est à cette tâche que se sont adonnés ses trois fils, ses sœurs, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants et les quelques filles qu’elle a somme toute fini par avoir, pendant le dernier mois que notre Talolo a passé avec nous.
Giono continue : « C’était ça, l’amour. Que c’était difficile ! » Difficile, certes. Mais si puissant et atemporel surtout. Talolo, pour moi, c’est cette – petite je vous l’accorde – grande dame qui a su se dépouiller de toutes les futilités et leur préférer les vraies richesses. C’est aussi cette petite grande dame qui a toujours su donner le bon conseil au bon moment. Je vous en livre un qui m’est utile quotidiennement : elle me disait qu’à chaque fois que quelque chose ou quelqu’un m’agace trop, au lieu de prendre sur moi, il me suffit de me répéter trois fois « My foot, my foot » (qu’elle traduisait par « Je m’en fous ») et tourner le dos.
Et puis, elle avait une autre phrase fétiche. Après avoir invoqué les différents saints (il faut savoir qu’elle attribue une fonction bien précise à chacun), elle finissait par conclure que, finalement, « metel ma Allah bi rid ». Chacun a beau entendre cette phrase différemment en fonction de ses croyances personnelles, ceux qui ont connu Talolo savent qu’il ne s’agit pas là de fatalisme mais d’acceptation. D’acceptation de ce qui vient à nous, d’acceptation de ce qu’est la vie, donc. Je reprends ici un sentiment que j’avais exprimé il y a bientôt deux ans de cela, lorsque mon grand-père maternel nous avait quittés. Finalement, ils partent, ces gens qu’on aime, ils partent un peu, mais ils se retrouvent tous quelque part et surtout, ils partent un peu mais ils restent beaucoup. Ils restent et continuent de danser dans nos rêves et dans nos pensées. Talolo est encore là, avec ses belles phrases et ses beaux sourires. Ses rires et son humour. Ses conseils et son amour. Ses belles réceptions, ses mloukhiyyé, ses babas au rhum. Ses mains comme de la dentelle. Talolo avec sa force et sa douceur. Talolo sans souffrance ni peine. Talolo, cette formidable petite grande dame. Faute de pouvoir lui faire un énorme câlin, je lui envoie un baiser volant, comme elle le faisait si bien derrière sa fenêtre du salon pour profiter jusqu’à la dernière minute de notre visite et nous dire au revoir sans attraper froid.
Dans le livre de Giono, la grand-mère demande des éclairs au chocolat quelque peu avant de mourir. Après avoir fait ses Pâques et quelques minutes avant de nous quitter, Talolo a demandé du chocolat. Vous imaginez à quel point c’est beau ?

Laura-Joy BOULOS
Dans Mort d’un personnage, Jean Giono décrit les derniers instants d’une grand-mère de 86 ans comme notre Talolo. Il écrit : « Il ne s’agissait plus de l’aimer pour son visage de porcelaine, son mystère, sa fuite et le serrement de cœur qu’elle me donnait; il ne s’agissait plus de l’aimer pour ce qu’elle me donnait ; il s’agissait de l’aimer pour lui donner. Il fallait la voir de façon très objective pour pouvoir, précisément, faire exactement les choses indispensables à son bonheur. » C’est à cette tâche que se sont adonnés ses trois fils, ses sœurs, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants et les quelques filles qu’elle a somme toute fini par avoir, pendant le dernier mois que notre Talolo a passé avec nous. Giono continue : « C’était ça, l’amour. Que c’était difficile...