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I.- Les relations économiques franco-libanaises et la francophonie

Par Ibrahim TABET
La proximité culturelle a incontestablement favorisé les relations économiques entre la France et le Liban, plus particulièrement avec l’enracinement de la francophonie depuis les années 1830. Celui-ci s’est accompagné d’un développement considérable des investissements français et du commerce entre la France, Beyrouth et le Mont-Liban qui se sont amplifiés durant la période du mandat où la France jouissait d’une position privilégiée sur le marché libanais. Après l’indépendance, la concurrence des autres pays s’est faite naturellement plus vive. Mais si la francophonie a commencé à être battue en brèche par l’anglais, aujourd’hui la France reste un partenaire économique de premier plan du Liban.

Des croisades à l’ancien régime
L’histoire des relations franco-libanaises remonte aux croisades. Les ports de la côte libano-palestinienne qui jouent un rôle majeur dans le commerce entre l’Orient et l’Occident ont connu une grande prospérité durant cette période. Durant tout le Moyen Âge, ce sont les républiques maritimes italiennes, en particulier la plus puissante d’entre elles, Venise, qui dominent la Méditerranée. Cependant, le grand argentier de Charles VII, Jacques Cœur, bâtit un empire méditerranéen fondé sur la banque et le négoce. Réussissant à concurrencer Vénitiens et Génois au Levant, il inaugure une nouvelle forme d’expéditions françaises en Orient qui, à la différence des croisades, sont guidées par des buts commerciaux.
Interrompues à la fin de la présence franque, les relations franco-libanaises resteront épisodiques jusqu’à la capitulation conclue au XVIe siècle par François Ier avec Soliman le Magnifique, qui a deux conséquences : le droit de protection de ses ressortissants accordé à la France, qu’elle étendra par la suite aux catholiques d’Orient, et la création du réseau des échelles du Levant. Le Liban et la Syrie comptaient quatre échelles : Alep, Tripoli, Beyrouth et Saïda, cette dernière étant la plus active. Les relations commerciales entre la France et les échelles permirent à la ville de Marseille qui en avait le monopole de connaître une grande prospérité et d’asseoir sa domination sur le commerce méditerranéen. Le commerce français à destination des échelles se développe remarquablement au cours du XVIIIe siècle, mais la Révolution puis la destruction de la flotte française à Aboukir (1798) vont ruiner les relations commerciales entre France et pays du Levant où ils sont supplantés par les Britanniques qui bénéficient de leur décollage industriel précoce.
Les capitulations ont d’importantes répercussions sur les relations entre le royaume de France et le Mont-Liban. La France n’a cependant pas encore ce qu’on appellera plus tard une « diplomatie culturelle » faisant de la propagation de la langue française un vecteur essentiel d’influence. Les liens religieux entre les maronites et le Saint-Siège ainsi que les relations commerciales entre le Liban et les républiques maritimes italiennes et Florence font d’ailleurs qu’à l’époque, c’est l’Italien qui fait office de « lingua franca » en Méditerranée orientale.

De la Révolution française à l’instauration de l’autonomie du Mont-Liban
La monarchie de juillet marque un net renouveau de l’influence culturelle française qui devient prépondérante au Liban. À la différence de la conquête de l’Algérie entamée en 1830, qui relève du concept de colonisation, l’action de la France au Levant correspond à celui de politique d’influence. Celle-ci combine les dimensions économique, religieuse et culturelle à l’action politique proprement dite. Le Quai d’Orsay fait de la culture l’un des principaux vecteurs de son influence. En accordant des subventions aux missions catholiques, il permet au français d’y supplanter définitivement l’italien comme langue européenne privilégiée.
Les années 1940 marquent également un renforcement des relations économiques entre la France et le Levant. L’intervention militaire française de 1860 au Mont-Liban à l’initiative de Napoléon III débouche sur l’instauration du régime de la « moutassarrifiya » qui restera en vigueur jusqu’en 1915, soit un demi-siècle durant lequel il connaîtra une période de paix et de prospérité relative.

L’époque de la « moutassarrifiya »
À partir de 1845, Beyrouth devient le port de Syrie le plus fréquenté par les Européens et le principal entrepôt de leur commerce. Sa croissance fut favorisée par la construction de 1859 à 1863 d’une route carrossable jusqu’à Damas et l’aménagement de 1890 à 1894 de son port par des sociétés françaises. L’essor de l’industrie textile en France (surtout à Lyon) va l’amener à investir dans l’ouverture de filatures de soie à partir des années 1830 au Mont-Liban. Au début du XXe siècle, la mainmise française sur tous les domaines économiques était incontestable : les soyeux de Lyon dominaient le secteur de la soie; les voies de communication étaient gérées par des compagnies françaises. Il en était de même du port de Beyrouth et des services des eaux de l’électricité et du gaz de la ville.
(À suivre)
La proximité culturelle a incontestablement favorisé les relations économiques entre la France et le Liban, plus particulièrement avec l’enracinement de la francophonie depuis les années 1830. Celui-ci s’est accompagné d’un développement considérable des investissements français et du commerce entre la France, Beyrouth et le Mont-Liban qui se sont amplifiés durant la période du mandat où la France jouissait d’une position privilégiée sur le marché libanais. Après l’indépendance, la concurrence des autres pays s’est faite naturellement plus vive. Mais si la francophonie a commencé à être battue en brèche par l’anglais, aujourd’hui la France reste un partenaire économique de premier plan du Liban. Des croisades à l’ancien régime L’histoire des relations franco-libanaises remonte aux croisades....
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