Pendant près d’une heure et demie d’une audience qui doit se poursuivre aujourd’hui, la cour à majorité conservatrice s’est montrée encline à ne pas trancher immédiatement sur l’interdiction du mariage gay dans la Constitution californienne, qui était l’objet de la session d’hier. « Je me demande si ce dossier est suffisant » pour prendre une décision, a déclaré le juge conservateur Anthony Kennedy, qui fait souvent la différence entre quatre juges conservateurs et quatre autres progressistes. Le juge Kennedy a plusieurs fois défendu les droits des homosexuels à la Cour suprême mais a récemment déclaré « qu’une démocratie ne devrait pas dépendre de neuf juges non élus pour ses décisions majeures ». Le président de la cour, John Roberts, nommé par George W. Bush, a de son côté estimé qu’« il semble que nous ayons une institution, le mariage, et que nous n’ayons pas à y inclure tout le monde ».
« L’égalité ! »
Plusieurs centaines de partisans du mariage gay qui scandaient : « Que veut-on ? L’égalité ! » ou de défenseurs du mariage traditionnel qui criaient : « Un homme ! Une femme ! » avaient bravé le froid tôt hier pour se rassembler au cœur de Washington. Certains avaient même campé devant la plus haute instance juridique du pays malgré la neige. Les deux rassemblements, séparés en début de matinée, se sont rejoints devant les marches – les promariage gay vêtus de rouge comme l’avaient demandé les organisateurs de la manifestation, et les anti arborant les couleurs du drapeau américain ou tirant souvent des poussettes. Rob Reiner, détenteur du premier ticket d’entrée à la cour, s’est dit « confiant. Nous avons l’impression que l’égalité devant le mariage n’est plus la question, maintenant il s’agit de savoir quand » elle aura lieu. À l’inverse pour Wendy Wagner, une mère de quatre enfants venue de Leesburg en Virginie, dans l’Est, « la famille est le socle de la société ».
À la lumière de l’audience, la Cour suprême s’abstiendra certainement quand elle rendra sa décision, fin juin, de légaliser le mariage gay dans tout le pays. D’autant que, compte tenu des clivages de la société sur un sujet où se croisent convictions religieuses et culturelles et affiliations politiques, les experts s’attendent à ce que la Cour suprême ne rende pas un jugement de portée fédérale, préférant laisser les États trancher par eux-mêmes. Les neuf « sages » ont commencé par examiner hier l’interdiction du mariage des couples de même sexe en Californie. Et ils se pencheront aujourd’hui sur la loi fédérale de défense du mariage, qui empêche les homosexuels, légalement mariés dans les neuf États qui l’autorisent, d’être reconnus comme tels au niveau fédéral. En Californie, où le mariage de même sexe a été brièvement reconnu, les gays et les lesbiennes ne peuvent désormais plus se lier que par un pacte civil, bénéficiant à ce titre des mêmes droits que les couples mariés. Mais le mariage leur est interdit par un amendement à la Constitution californienne, la « proposition 8 », validée par référendum, qui stipule que le mariage est réservé à « un homme et une femme ». Huit autres États ont voté une union civile pour les couples homosexuels mais leur interdisent le mariage.
Mauvais côté...
Arguant d’une « discrimination sur la base de l’orientation sexuelle », l’administration Obama réclame que le mariage gay soit légal dans ces États. « Chaque Américain doit pouvoir épouser la personne qu’il aime », avait tweeté lundi Barack Obama, qui interviendra, par la voix de son avocat Donald Verrilli, en tant qu’« ami » de deux couples homosexuels. De leur côté, les défenseurs de « Prop 8 » et du mariage traditionnel estiment qu’une décision de cette envergure doit être prise par le Congrès, car une procédure parlementaire a « plus de chances d’être reconnue comme légitime », selon leur avocat Charles Cooper. Quand 58 % des Américains penchent pour le mariage gay, « je ne pense pas que la cour voudra être du mauvais côté de l’histoire », a déclaré l’avocate Elisabeth Wydra, du Centre pour le respect de la Constitution.
(Source : agences)


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