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Culture - Festival Al-Bustan

Un flamenco greffé de l’esprit du Sahara

Au Bustan, un spectacle de la troupe flamenco Paco Pen, métissé d’esprit africain, est conçu comme un pamphlet humaniste. Véhément, corsé et fusionnel. Greffe et rencontre de deux styles de musique et de danse, appartenant à un même langage universel.

Étincelle de vie, à travers musique et danse, pour capter l’apport de la différence.

Pour son cinquième passage sur les planches de la salle Émile Boustani, la troupe de flamenco Paco Pen a choisi les couleurs des chimères. Quimeras est le titre de ces tableaux mêlant gens du Sahara et monde des castagnettes, des gilets près du corps, des robes froufroutantes et moulantes, des fleurs piquées dans le catogan, des talons qui claquent et des éventails qui fendent l’air.
À l’assaut pour une vie nouvelle de l’Afrique en détresse, les migrants noirs passent aux rives de l’Espagne, aux jardins fleuris et aux tavernes joyeuses. Rencontre non sans heurt de personnes confortablement chez elles et d’autres chassées par le besoin et les privations. Le temps que la voix et la compassion humaine harmonisent et nivellent les tensions, déclarées ou sous-jacentes.
Tout ce qui est nouveau ou différent heurte. Et c’est cette étincelle pour la vie, à travers musique et danse, que tente de capter ce spectacle riche de l’apport différent d’une humanité supposée fraternelle.
En ouverture, lyrisme de notes tendrement égrenées et accords électrisés d’une guitare sous les doigts d’un musicien aux cheveux blancs, assis simplement sur une chaise sous un rai de lumière. À part les accessoires d’éclairage de part et d’autre de la scène, un dépouillement total du décor.
Au fond, presque en retrait et dans une semi-pénombre, chanteurs, guitaristes et percussionnistes ibériques, guinéens et nigériens. Mélange adroitement mené pour faire fusionner des mondes sonores différents mais brusquement parfaitement compatibles, heureux d’être au même diapason. À cela s’ajoute une dizaine de danseurs aux mouvements souples et sensuels.
Du côté espagnol, les grandes embardées d’un flamenco ultraéloquent où les hommes font la roue de paon et les femmes, ondulantes et cambrées, ont des cuisses cavalières et des chevilles à la nervosité d’un serpent traqué... Quant aux mains, apanage de la grâce aux deux sexes, elles virevoltent en toute légèreté et sculptent l’air en figures douces comme des caresses effleurant une peau vibrante de désir.
Plus primitives, plus agiles, plus aériennes, plus bondissantes, plus ouvertement provocantes sont les arabesques dessinées par les corps des danseurs noirs. Deux hommes, d’une superbe sveltesse, aux cheveux en longues tresses fines, et une femme callipyge avec des gestes brusques et délirants comme une séance d’invocation vaudoue...
Parade des corps qui s’exposent et des musiques qui soutiennent. Fiesta aux couleurs ramagées pour une union qui tarde à venir... Arrogance et suffisance des uns, misère et humilité des autres, mais les chemins finiront par se croiser. En toute tendresse et compréhension. Surtout à la fin. Dans ce brillant tableau où patron d’un restaurant et serveurs apprendront leur richesse respective... La différence est un trésor à découvrir !
Révélation intense résumée avec ce pas de deux masculin où un danseur noir, torse nu, et un hidalgo du flamenco, pieds nus et sans veste, feront les gestes de la réconciliation pour une vie sans discorde. Une vie comblant les attentes d’une fraternité humaine à l’ombre de la miséricorde de Dieu.
Si les costumes sans apparat en première partie du spectacle donnaient la prééminence à la danse, objet majeur de cette entreprise, la seconde partie, dans le tableau final, compense le vide avec des atouts colorés et folkloriques, aussi bien du côté espagnol qu’africain.
Pour les Mercedes, Belem Maya, Rocio et Carmen de ce ballet chatoyant et onctueux, de longues écharpes en soie mordorées sur des robes à falbalas et à franges de Gitanes. Pour les Antonio aux gestes amples, brusques et dominateurs, des costumes « fit and slim » (taillés dans le sexy bien avant la mode Lagerfeld) en tons gris souris. Et ces gilets étroits si virils et dandy pour des effets de chute de rein et de matamores.
Orgie d’étoffe blanche pour les danseurs noirs avec colliers en petites perles colorées, plumes aux bras et larges ceintures rouges ou vertes. Si les hommes font les coqs aux crêtes dressées, la danseuse, d’une détonante sensualité, tourne comme une toupie que rien ne peut arrêter.
Et sans crier gare, guitare chauffée à blanc et percussion d’enfer se croisent, s’apprivoisent, se maîtrisent et cheminent en concordance. Tout comme les pas et les gestes tourbillonnants des danseurs.
Enthousiaste et ravi, le public a été très sensible à ce message d’union, de compassion et d’harmonie. Révérence avec le sourire de la troupe sous le tonnerre d’une vive explosion d’applaudissements.
Pour son cinquième passage sur les planches de la salle Émile Boustani, la troupe de flamenco Paco Pen a choisi les couleurs des chimères. Quimeras est le titre de ces tableaux mêlant gens du Sahara et monde des castagnettes, des gilets près du corps, des robes froufroutantes et moulantes, des fleurs piquées dans le catogan, des talons qui claquent et des éventails qui fendent l’air. À l’assaut pour une vie nouvelle de l’Afrique en détresse, les migrants noirs passent aux rives de l’Espagne, aux jardins fleuris et aux tavernes joyeuses. Rencontre non sans heurt de personnes confortablement chez elles et d’autres chassées par le besoin et les privations. Le temps que la voix et la compassion humaine harmonisent et nivellent les tensions, déclarées ou sous-jacentes. Tout ce qui est nouveau ou différent heurte. Et...
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