Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

II.- La guerre d’Espagne comme leçon pour la révolution syrienne

Sagi SINNO
Il est indéniable que dans les deux cas (espagnol hier, syrien aujourd’hui), une telle propagande antirévolutionnaire a porté ses fruits (voir L’Orient-Le Jour du mercredi 13 mars 2013).
Dans le cas espagnol, le camp républicain s’est heurté à la non-intervention de la France et de la Grande-Bretagne dont il a sollicité en vain l’aide à plusieurs reprises, ces dernières (la Grande-Bretagne en particulier) étant restées réticentes à cause d’une menace communiste quelque peu exagérée que pouvait présenter la révolution espagnole. Les républicains espagnols ne pouvaient finalement compter que sur une aide militaire timide de l’Union soviétique, qui était également soucieuse à l’époque de ne pas mettre en péril ses relations avec les deux grandes puissances ayant choisi la non-intervention. En revanche, dans l’autre camp, les régimes italien (fasciste) et allemand (nazi) apportaient une aide militaire massive aux nationalistes, les faisant profiter des dernières technologies en matière d’armement, ce qui leur permettait aussi en contrepartie de tester leurs nouvelles armes sur le terrain.
La similitude est quelque peu frappante avec la situation actuelle en Syrie, toute ressemblance idéologique étant évidemment à écarter de part et d’autre. D’une part, les puissances occidentales et les États arabes mènent une politique d’attentisme face à la révolution syrienne (non-intervention). Frôlant presque la panique face à une possible montée de l’islamisme au sein de la révolution syrienne, certaines puissances occidentales ont préféré abandonner la révolution à son sort face au régime pour se focaliser entièrement sur les moyens d’endiguer certains groupes jihadistes en Syrie (voir par exemple la déclaration des États-Unis, le 11 décembre 2012, annonçant l’inscription sur leur liste terroriste du Front al-Nosra combattant en Syrie contre le régime). D’autres puissances occidentales, l’Union européenne particulièrement, ont choisi d’instaurer un embargo sur les armes vers la Syrie et empêchent ainsi pratiquement toute possibilité réelle de victoire de la révolution. Pendant ce temps, d’autre part, dans l’autre camp, les alliés internationaux et régionaux du régime syrien lui apportent une aide massive et redoutablement efficace en armes sophistiquées, en experts militaires et du renseignement (Russie, Iran), voire même en combattants : le régime irakien à l’Est et le Hezbollah à l’Ouest qui occuperait, selon l’Armée syrienne libre, de grandes parties de la région de Rif Dimachk.
Une telle asymétrie dans l’aide militaire favorise largement et injustement le régime syrien. Il devient urgent pour la révolution syrienne et ses alliés d’apprendre des erreurs commises par les républicains et leurs alliés internationaux pendant la guerre d’Espagne, et d’agir pour changer la donne. Il s’agit peut-être avant tout d’organiser au plus vite une anticampagne d’information afin de combattre de façon plus efficace les amalgames dont la révolution est victime et pour rétablir la vérité sur la nature et les buts réels de la révolution syrienne, qui n’est et ne doit être que la révolution d’un peuple contre une tyrannie. Quant aux puissances occidentales, européennes en particulier, et aux États arabes, ils devraient abandonner la politique de l’attentisme et accepter enfin d’assumer leurs responsabilités en apportant une aide militaire efficace à la révolution syrienne (notamment par la levée de l’embargo sur les armes). Sinon, une victoire, même très peu probable, du régime syrien aurait des conséquences catastrophiques : c’est alors qu’il y aura vraiment plus de terrorisme dans la région, et surtout plus de candidats à l’immigration clandestine auxquels il ne resterait qu’à fuir ce genre de régime pour regagner l’Europe.
Enfin, c’est surtout aux différentes factions de la révolution syrienne d’éviter de retomber dans l’erreur fatale du camp républicain espagnol, à savoir : les dissidences et les divisions internes qui l’ont menée à sa perte (CNT – anarchistes contre communistes, dissidences de certains officiers républicains, etc.).
Le philosophe basque Miguel de Unamuno avait prédit, non sans amertume, dès le 12 octobre 1936, dans son discours à l’Université de Salamanque, la victoire du camp nationaliste : « Vous vaincrez, mais vous ne convaincrez pas. Vous vaincrez parce que vous possédez une surabondance de force brutale, vous ne convaincrez pas parce que convaincre signifie persuader. Et pour persuader, il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la raison et le droit dans votre combat. Il me semble inutile de vous exhorter à penser à l’Espagne. J’ai dit. » Il devient alors essentiel pour la révolution syrienne et ses alliés de tirer les leçons des erreurs commises par le camp républicain en Espagne et ses alliés européens pour que la prémonition de Unamuno, qui s’est avérée pertinente quant à l’issue de la guerre d’Espagne, ne puisse pas également s’appliquer au conflit actuel en Syrie.

Sagi SINNO
Il est indéniable que dans les deux cas (espagnol hier, syrien aujourd’hui), une telle propagande antirévolutionnaire a porté ses fruits (voir L’Orient-Le Jour du mercredi 13 mars 2013). Dans le cas espagnol, le camp républicain s’est heurté à la non-intervention de la France et de la Grande-Bretagne dont il a sollicité en vain l’aide à plusieurs reprises, ces dernières (la Grande-Bretagne en particulier) étant restées réticentes à cause d’une menace communiste quelque peu exagérée que pouvait présenter la révolution espagnole. Les républicains espagnols ne pouvaient finalement compter que sur une aide militaire timide de l’Union soviétique, qui était également soucieuse à l’époque de ne pas mettre en péril ses relations avec les deux grandes puissances ayant choisi la non-intervention. En revanche,...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut