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Moyen Orient et Monde - Art

La leçon en images de Michel-Ange aux cardinaux du conclave

Les 115 électeurs ont constamment sous les yeux les messages et valeurs transmis par les Saintes Écritures.

La chapelle Sixtine et ses 2 000 mètres carrés de fresques racontent les grands épisodes de la Bible, de la Création de l’homme au Jugement dernier. Osservatore Romano/AFP

Enfermés du matin au soir dans la chapelle Sixtine, les cardinaux chargés d’élire le prochain pape ne peuvent échapper au puissant message délivré par les somptueuses fresques de Michel-Ange, chef-d’œuvre de la Renaissance et véritable bible illustrée. Où que leur regard se porte, les 115 cardinaux électeurs se voient en permanence rappeler les messages et valeurs transmis par les Saintes Écritures, de la Création au Jugement dernier. En entrant dans la chapelle, les yeux des princes de l’Église tombent immanquablement sur une fresque représentant « La remise des clés » : sur une place monumentale, le Christ remet solennellement à saint Pierre agenouillé les clés du royaume de Dieu. Un symbole lourd de signification qui rappelle le primat de saint Pierre à ceux qui doivent choisir son successeur durant les journées du conclave. « L’immense responsabilité de ces journées consiste à mettre ces clés dans de justes mains », avait écrit celui qui n’était encore que le cardinal Joseph Ratzinger en préface à un ouvrage de poésie de Jean-Paul II. Dans Le Triptyque romain (2003), le pape polonais écrivait que « les hommes qui se sont vu confier l’héritage des clefs du royaume (les cardinaux) se laisseront inonder par la symphonie des couleurs » de la Sixtine.
À noter que cette scène n’est pas de la main de Michel-Ange (1475-1564) mais du Pérugin. En effet, même si la chapelle Sixtine, construite entre 1477 et 1481 sur ordre du pape Sixte IV, est avant tout connue pour les fresques de Michelangelo Buonarotti, d’autres grands maîtres de la Renaissance sont intervenus dans ce cycle pictural hors normes : le Pérugin mais aussi Sandro Botticelli. Cependant, à tout seigneur tout honneur : la scène qui domine et même terrasse les visiteurs est Le Jugement dernier de Michel-Ange, qui occupe toute la paroi située derrière le chœur. Au centre, un Christ athlétique et imberbe semble tournoyer sur lui-même, barycentre improbable tranchant sur un ciel d’azur à la profondeur métaphysique. Le spectacle est stupéfiant. Les corps ressuscitent pour être soumis au jugement et la sentence tombe, implacable : enfer ou paradis. L’enfer, empli de monstres et corps torturés, ne contribue pas à la paix de l’esprit. En 1541, lorsque fut dévoilée la fresque, Paul III, sous le choc, tomba à genoux, les yeux emplis de larmes.
Pour échapper à ce spectacle terrifiant, les cardinaux n’ont qu’à lever les yeux pour découvrir sur la voûte la scène célébrissime de La Genèse, la création de l’homme, sorte de Big Bang interprété par Michel-Ange. « Avec une intensité expressive unique, le grand artiste représente le Dieu créateur, son action, sa puissance pour dire avec évidence que le monde n’est pas produit de l’obscurité, du hasard, de l’absurde, mais provient d’une intelligence, d’une liberté, d’un suprême acte d’amour. » L’auteur de ce commentaire enthousiaste ?
Un certain Joseph Ratzinger, pape sous le nom de Benoît XVI de 2005 jusqu’à sa démission historique le 28 février. « Dans la rencontre entre le doigt de Dieu et celui de l’homme (...), Dieu entre dans une relation nouvelle avec sa création », avait-il encore expliqué le 31 octobre lors d’une cérémonie à l’occasion du 500e anniversaire de ce chef-d’œuvre.
À partir de la Genèse, la chapelle Sixtine et ses 2 000 mètres carrés de fresques racontent les grands épisodes de la Bible et exaltent la doctrine de l’Église : l’Apocalypse, le Paradis, l’Enfer, l’histoire de Moïse, celle du Christ... Une source d’inspiration et de réflexion sans fin pour les cardinaux, qui ont le privilège sans prix de côtoyer au quotidien Michel-Ange en toute quiétude, contrairement aux millions de touristes qui chaque année affrontent files d’attente et bousculades pour obtenir quelques minutes fugitives de contemplation.

(Source : AFP)
Enfermés du matin au soir dans la chapelle Sixtine, les cardinaux chargés d’élire le prochain pape ne peuvent échapper au puissant message délivré par les somptueuses fresques de Michel-Ange, chef-d’œuvre de la Renaissance et véritable bible illustrée. Où que leur regard se porte, les 115 cardinaux électeurs se voient en permanence rappeler les messages et valeurs transmis par les Saintes Écritures, de la Création au Jugement dernier. En entrant dans la chapelle, les yeux des princes de l’Église tombent immanquablement sur une fresque représentant « La remise des clés » : sur une place monumentale, le Christ remet solennellement à saint Pierre agenouillé les clés du royaume de Dieu. Un symbole lourd de signification qui rappelle le primat de saint Pierre à ceux qui doivent choisir son successeur durant les...
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