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Moyen Orient et Monde - Le Point

En arrière toute !

Les historiens se souviendront que tout a commencé sur un terrain de sport, en février 2012, à l’occasion d’une rencontre de football qui aura fait 74 morts et des centaines de blessés. Depuis, les accidents de parcours s’enchaînent, avec cette implacable illogique propre aux événements, grands ou petits, qui font ce qu’il faut bien appeler la vie d’une nation. Treize mois plus tard, Mohammad Morsi se trouve confronté à cinq crises majeures, incapable de leur trouver une ébauche de solution, prisonnier de son parti mais paradoxalement sauvé par une décision de justice... qui le désavoue. Et la foule qui, hier encore, réclamait la fin de l’emprise des militaires sur les rouages de l’État en est à évoquer l’impensable : un putsch, comme au bon vieux temps d’un certain Gamal Abdel Nasser.
En confirmant la peine de mort à l’encontre de 21 supporters de Port-Saïd et en acquittant 28 autres prévenus, la justice (aveugle, comme tout un chacun sait) a donné le signal d’un mouvement de mécontentement touchant et la grande ville située sur le Canal – dont sont issus les premiers – et la capitale elle-même d’où sont originaires les seconds. Par voie de conséquence, les agents de l’ordre se sont retrouvés dans une position des plus inconfortables, accusés qu’ils sont par la rue de brutalité excessive, par le pouvoir d’incapacité à réprimer la contestation. Ils ont donc décidé d’entrer à leur tour en rébellion, convaincus d’être les mal-aimés et les grands incompris du pays. Il était temps pour eux de battre en retraite : en deux mois, les affrontements entre la maréchaussée et les manifestants ont fait 55 morts, dont cinq policiers. Human Rights Watch, dans un évident souci d’objectivité, a dénoncé « un usage excessif de la force », mais reconnu dans le même temps la présence dans les rangs de la foule d’« éléments armés incontrôlés ».
L’armée s’est vue dans l’obligation de prendre la relève, ce qui ne semble pas lui déplaire outre mesure. Les officiers se sont dépêchés aussitôt de se lancer dans une vaste campagne de relations publiques qui leur a permis de gagner les cœurs. Il n’est plus question pour Port-Saïd, comme il y a deux semaines, de faire sécession. Par contre, on parle ouvertement de paralyser, ou à tout le moins de perturber le trafic à travers le canal de Suez. À quelque 170 kilomètres de là, au Caire, les supporters du « onze » local, le Ahly, adversaire malheureux (le match sanglant s’est terminé sur le score de 3-1 en faveur du Masri port-saïdien), ne décolèrent pas et viennent de reprendre le contrôle de la rue. « Ce qui se passe actuellement, ont-ils dit à un journaliste de l’agence Reuters, ce n’est que le commencement. Vous verrez si toute la lumière n’est pas faite sur le massacre de l’an dernier... ».
Mohammad Morsi n’avait vraiment pas besoin de cette épine supplémentaire au pied, lui qui doit se battre contre l’opposition, la rue et les magistrats. La semaine dernière, le tribunal administratif de la capitale a ordonné l’annulation du décret présidentiel fixant au 22 avril la date de la première phase des élections législatives, une opération qui devait s’étaler sur deux mois. Motif invoqué : le Conseil de la Choura, regroupant des représentants des vingt-sept gouvernorats et faisant office de Chambre haute du Parlement, n’avait pas renvoyé devant la Haute Cour constitutionnelle la loi électorale amendée pour un ultime examen avant son adoption. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le président n’a pas jugé utile de protester, encore moins de maintenir sa décision, imité en cela par la formation dont il est issu, la confrérie des Frères musulmans.
C’est la cinquième fois depuis son accession à la magistrature suprême, en juin dernier, que le chef de l’État est forcé de se livrer à un humiliant rétropédalage dont il ne sort pas grandi. Qu’importe, il demeure agrippé à son fauteuil, tirant un semblant de force des multiples rebuffades qu’il n’a cessé de collectionner ces derniers temps, désemparé néanmoins face aux choix qu’il doit faire. Il en est ainsi des 4,8 milliards de dollars promis par le Fonds monétaire international, assortis de conditions qu’il est dans l’incapacité de remplir car cela signifierait non plus une révolte mais proprement une révolution qui balaierait tous les acquis du dernier scrutin, obtenus par les Ikhwane et par les salafistes.
L’arrêt de la cour administrative lui a sauvé la mise en lui évitant d’avoir à s’incliner devant le diktat de l’opposition. Le débrayage policier lui a donné l’occasion de faire appel à la troupe, mais avec le risque de voir celle-ci prendre goût à ce retour sur le devant de la scène. Ainsi va le navire, de renvois en reports, dans l’indécision la plus totale. Aucune autorité ne saurait résister à pareille usure. En Égypte encore moins qu’ailleurs.
Les historiens se souviendront que tout a commencé sur un terrain de sport, en février 2012, à l’occasion d’une rencontre de football qui aura fait 74 morts et des centaines de blessés. Depuis, les accidents de parcours s’enchaînent, avec cette implacable illogique propre aux événements, grands ou petits, qui font ce qu’il faut bien appeler la vie d’une nation. Treize mois plus tard, Mohammad Morsi se trouve confronté à cinq crises majeures, incapable de leur trouver une ébauche de solution, prisonnier de son parti mais paradoxalement sauvé par une décision de justice... qui le désavoue. Et la foule qui, hier encore, réclamait la fin de l’emprise des militaires sur les rouages de l’État en est à évoquer l’impensable : un putsch, comme au bon vieux temps d’un certain Gamal Abdel Nasser.En confirmant la...
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