Les trois quarts du territoire syrien ne sont plus sous la domination des Assad, et des combats violents se déroulent au cœur de Damas et autour des institutions gouvernementales. Le palais présidentiel a été atteint par des obus, les avions qui faisaient tomber les immeubles tombent à présent eux-mêmes au nombre de deux ou trois par jour... en attendant que l’Amérique livre aux rebelles les armes sophistiquées qui neutralisent l’aviation et les blindés.
Hitler est toujours en vie, mais il ne gouverne plus la Syrie. Il ne peut plus le faire parce qu’elle n’est plus sous son contrôle.
Il en a été exactement de même au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le Führer a voulu mener sa bataille des Ardennes, qui a coûté la vie à cent mille soldats allemands confrontés aux forces américaines, alors que l’Allemagne avait déjà perdu la guerre et que le Reich était à terre, d’autant que les Américains avançaient vers Berlin, sur le territoire allemand, à l’Ouest, et que les Russes avançaient vers Berlin, sur le territoire allemand, à l’Est. Le Reich était pratiquement tombé, mais Hitler ne s’est suicidé qu’après avoir causé, par son entêtement et son attachement monstrueux au pouvoir, la mort de 100000 Allemands dans les combats des Ardennes et de 100000 autres dans la guerre avec les Russes.
Quid de l’effet des événements en Syrie sur la situation au Liban, qui parie, fait des prévisions, attend et évalue les développements?
La disparition du Hitler régional se reflétera certainement sur la situation du Hezbollah, qui perdra énormément de son poids. Le problème du changement du régime politique libanais sera alors effectivement soulevé et il inutile de rappeler que le changement des régimes entraîne souvent le changement des entités étatiques.
L’adage libanais dit: «Quand changent les régimes, préoccupe-toi de sauver ta tête!»
Après la Seconde Guerre mondiale, le régime politique libanais a changé et l’entité libanaise aussi. Le petit Liban est devenu le Grand Liban et l’on est passé de la tutelle ottomane à la tutelle française. Le régime est devenu alors un assemblage de mandat français, démocratie, confessionnalisme, influence des hommes de religion, prédominance des chrétiens, tutelle et pouvoir des grandes familles qui sont les mêmes que celles de l’époque ottomane. Après la défaite de la France au début de la guerre, l’influence anglaise a pris le dessus sur l’influence française et le régime parlementaire confessionnel s’est retrouvé sans tutelle, sans mandat et sans prédominance chrétienne. On l’a appelé «Indépendance», mais le pouvoir des grandes familles et celui des hommes de religion se sont maintenus – et la démocratie également...
Les familles politiques et les hommes de l’indépendance ont mis la main sur l’État, falsifié les élections, répandu la corruption, pillé les biens publics jusqu’à la petite révolution de 1952. Le régime de l’indépendance démocratique et confessionnelle, et toujours aux mains des familles politiques et des religieux, s’est néanmoins maintenu en dépit du séisme politique de 1958 mais a fini par tomber en 1975 à la suite des changements régionaux ayant débuté avec la défaite de Abdel Nasser en 1967 et la naissance des organisations palestiniennes venant se substituer au Raïs dans la lutte pour la libération de la Palestine. Au cours de la guerre civile, un nouveau tremblement de terre a secoué le pays lors de l’invasion israélienne, et la situation n’a pas cessé de se détériorer jusqu’au jour où intervint l’accord de Taëf.
Taëf a donné naissance à un nouveau régime où le pouvoir n’est plus aux mains du seul président maronite, mais entre celles du Conseil des ministres réuni et où les sièges des députés sont partagés à égalité sans avantage pour les chrétiens et où une place est réservée aux familles politiques et aux hommes de religion. Ce régime de Taëf s’est mainntenu jusqu’au retrait de l’armée syrienne, mais a été ensuite la proie de secousses jusqu’au jour où la conférence de Doha a réaménagé l’accord de Taëf en accordant aux minorités le droit de contester les décisions de la majorité parlementaire ou ministérielle. L’accord de Doha s’est à son tour maintenu jusqu’au coup d’État par lequel le Hezbollah a pris le contrôle du pouvoir en sa totalité.
De 1975 jusqu’à ce jour, le Liban subit la résistance. Elle a commencé par être palestinienne et voulait libérer la Palestine à partir de Jounieh, puis elle est devenue iranienne et veut libérer la Palestine à partir de Tarik Jdidé.
Riad el-Solh a eu, lors de la fin du mandat français, le mérite de concevoir la formule de 1943 qui a rompu les attaches des musulmans avec la Syrie en contrepartie d’une rupture des attaches des chrétiens avec la France.
Lors du suicide de notre Hitler et de la chute du reich syrien, il y a aura un rôle à remplir par un héros chiite libanais à l’exemple de celui joué par Riad el-Solh dans la rupture respective des liens avec la Syrie et la France. Il avait été alors nécessaire d’offrir aux chrétiens des garanties ressemblant plutôt à des privilèges.
Après la chute de ce reich, le régime et l’entité même seront remis en question. Le Hezbollah se résorbera et retournera à ses bases libanaises chiites. Cheikh Assir et ses hommes n’auront plus de présence, le Hezbollah, sa tyrannie et son accaparement du pouvoir étant les principaux facteurs qui ont donné naissance à son mouvement et à tous les mouvements similaires. Il n’existera plus d’environnement fertile le justifiant et les circonstances feront vite sentir le besoin d’un nouveau Riad el-Solh chiite qui rompt le lien chiite avec l’Iran en contrepartie de garanties qui seront données à la communauté chiite qui a le plus souffert sous les régimes qui se sont succédé, en contrepartie d’engagements garantissant aux chrétiens l’octroi d’un statut n’en faisant pas une minorité à l’exemple des coptes en Égypte, et à condition que cela ne s’opère pas aux dépens des sunnites.
Il s’agit d’un rôle qui cherche son héros (parmi les chiites libanais). Il y aura lieu de commencer par la conception d’une Assemblée nationale non confessionnelle et d’un Sénat confessionnel, d’envisager ensuite une présidence collégiale et de décider ensuite, et c’est le plus important, de la neutralité du Liban et de l’instauration d’un régime de liberté, de démocratie et d’indépendance effective et non fictive.
Il reste à chercher ce Riad el-Solh.
En 1943, la France avait perdu la guerre... Et les conditions étaient réunies pour l’apparition d’un Riad el-Solh. Après la chute du reich syrien et le suicide de Hitler, une élite chiite sera prête, qui existe déjà et qui prend des positions qui honorent la communauté, ainsi que le Liban et son devenir. Aussi, le Riad el-Solh chiite ne manquera-t-il pas de venir. Il ne peut en être autrement...
Abdel Hamid EL-AHDAB
Avocat
Docteur en droit


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Je l’espère pour eux!
09 h 23, le 11 mars 2013