Le complexe présidentiel d’Achkhabad, tout de marbre, comme le reste. AFP
Située dans le désert, cette ex-république soviétique d’Asie centrale riche en gaz a puisé dans son budget 4000 milliards de manats (1,9 milliard de dollars) et attiré 8 milliards de dollars d’investissements étrangers depuis la chute de l’URSS en 1991 pour transfigurer Achkhabad. «Nous utilisons les recettes des exportations du gaz pour améliorer la qualité de vie de notre peuple», assure le président turkmène, Gourbangouly Berdymoukhamedov.
Achkhabad est une ville d’un million d’habitants où les constructions poussent comme des champignons. Ce boom entraîne la démolition de vieux quartiers d’immeubles en brique datant de l’époque soviétique, avec l’aval des autorités, et les nouveaux bâtiments abritant des ministères et des immeubles résidentiels ont été revêtus de marbre. Le président turkmène, un ancien dentiste de 55 ans, a même ordonné le remplacement des bordures en ciment par du marbre. «À l’époque du bonheur et de la magnificence, notre cher président nous a chargés de développer la ville et de créer des conditions favorables pour la vie du peuple », souligne l’architecte en chef Baïram Chamouradov.
Marathon
Gourbangouly Berdymoukhamedov a donc pris le relais de son prédécesseur, le fantasque Saparmourat Niazov qui avait fait ériger une statue en or à son effigie. Élu après la mort de Niazov en 2006, M. Berdymoukhamedov a participé l’an dernier à la mise en service d’une gigantesque roue à parois vitrées d’une hauteur de 95 mètres, au-dessus d’un centre de divertissement. En 2011, le président turkmène a inauguré un monument pharaonique de 185 mètres dédié à la Constitution, une réponse turkmène à la tour Eiffel. La même année, le Turkménistan s’est doté d’un «Palais du bonheur» de 60000 m2 pour accueillir les cérémonies et fêtes de mariages d’Achkhabad, un bâtiment de plus de 80 mètres de haut, incluant un globe de 32 mètres de diamètre qui représente une carte du Turkménistan. Une tour de télévision de 211 mètres de haut a également été construite pour 136 millions d’euros. Surplombant un bâtiment en forme d’étoile, elle est dans le Livre Guinness des records comme la plus grande structure en forme d’étoile.
Les grands projets sont réalisés par les groupes internationaux, en premier lieu le turc Polimeks qui a construit le monument à la Constitution, le Palais du bonheur et la tour de la télévision. Le groupe a récemment décroché un contrat pour la construction d’un complexe d’un coût de 1,97 milliard de dollars qui accueillera en 2017 les Jeux asiatiques d’arts martiaux. Le groupe construit également un nouvel aéroport à Achkhabad estimé à 2,25 milliards de dollars.
Omniprésente à Achkhabad, la compagnie française Bouygues a de son côté construit plus de 50 bâtiments, parmi lesquels le ministère du Pétrole et du Gaz surnommé «Briquet» par les habitants locaux. Vinci, un autre groupe français, a remporté un contrat pour l’aménagement du nouveau bâtiment du Parlement dont le coût n’a pas été rendu public. «L’économie turkmène est stable en dépit de la crise mondiale. Quand vous êtes dans ce marathon de construction, vous le sentez bien», souligne un employé d’une compagnie étrangère de BTP. «Nous aurons assez de travail pour les années à venir», poursuit ce responsable qui a requis l’anonymat.
«... a perdu son esprit»
Mais à Achkhabad, nombreux sont ceux qui ne partagent pas cet enthousiasme. «Tout a tellement changé, c’est comme si on se retrouvait dans une ville étrangère», déplore Maïa Kourbanova, touriste russe de 43 ans qui a grandi à Achkhabad, et qui estime que «quand tout est couvert de marbre, la ville n’a plus de caractère, bien que tout ait l’air luxueux». Djapar-aga, un retraité de 70 ans qui vit dans une maison décrépite, trouve que la ville a perdu son «esprit». «C’est dommage que disparaissent les vieux quartiers avec des immeubles sans étage et le vieil esprit de la ville quand tous les voisins se connaissaient et qu’on ne fermait pas les portes.» Enfin, selon HRW, plusieurs habitants ont été expulsés de leurs logements dans le cadre de cette reconstruction sans avoir reçu des compensations adéquates.
(Source : AFP)


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