Né en 1215, d’origine modeste, Pietro Del Morrone vit comme moine bénédictin dans les Abruzzes lorsque les douze cardinaux du conclave de Pérouse viennent lui annoncer son élection en juillet 1294. Le choix d’un inconnu devait mettre fin à la guerre entre Guelfes et Gibelins pour la succession de Nicolas IV, décédé deux ans auparavant. Pietro Del Morrone prend alors le nom de Célestin V et transfère la cour à Naples. Mais le nouveau pape expose très vite les raisons qui l’empêchent d’assumer sa fonction : son humilité et sa santé. Il aurait aussi été dépassé par la corruption et les intrigues après seulement quelques mois à la tête de l’Église. Celestin V abdique le 13 décembre 1294, en accord avec ses cardinaux. Le 24 décembre, le cardinal Benoît Gaetani lui succède sous le nom de Boniface VIII, mais maintient son prédécesseur de force à ses côtés. Le moine tente donc de s’échapper pour rejoindre son ordre, qui prendra le nom de « Célestins », mais il est rattrapé par les gardes du pape. Finalement, Célestin V décède en 1296 et est enterré dans l’église de son ordre à l’Aquila. Le pauvre moine a été fustigé par le poète Dante Alighieri qui évoque son « grand refus par lâcheté » dans la Divine comédie.
Par ailleurs, d’autres papes ont quitté leurs charges dans d’autres circonstances. Ainsi, le pape Martin Ier, arrêté puis exilé en Grèce en 653 par l’empereur d’Orient, aurait approuvé tacitement l’élection faite de son vivant d’un autre pape, Eugène Ier. Trois siècles plus tard, en 964, le pape Benoît V, souvent présenté comme un antipape, était déposé par l’empereur Otton Ier, et acceptait la sentence, renonçant de ce fait au pontificat. De plus, on sait aussi que le pape Jean XVIII est mort en 1009 à Rome comme simple moine de Saint-Paul-hors-les-Murs, que le pape Sylvestre III, expulsé par son rival Benoît IX en 1045, ne s’est plus occupé ensuite que de son diocèse, et que le même Benoît IX abdiqua quelques mois plus tard en faveur du pape Grégoire VI. Enfin, après Célestin V, le pape Grégoire XII renonça lors du Concile de Constance en 1415 et se retira comme simple cardinal-évêque. C’était l’époque du grand schisme d’Occident et l’Église se trouvait alors en présence de trois papes concurrents.
L’éventualité, que nous vivons aujourd’hui, de la renonciation d’un pape avait été déjà envisagée par plusieurs papes du XXe siècle. Jean-Paul II l’avait prévue explicitement dans la Constitution apostolique publiée en février 1996. Mais il n’en avait toutefois pas fait usage, en dépit d’une longue agonie. À sa suite, Joseph Ratzinger avait affirmé dans un livre-entretien, Lumières du monde, qu’un pape « a le droit et, selon les circonstances, le devoir, de se retirer » s’il sent ses forces « physiques, psychologiques et spirituelles » lui échapper. En 2009, il avait salué de manière très chaleureuse la mémoire de Célestin V, évoquant son « pontificat bref et tourmenté ».
(Source : AFP)

