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Moyen Orient et Monde - Le Point

À la recherche d’une sortie

La photo est d’une terrible éloquence dans sa cruelle nudité : planté au milieu de l’immensité désertique, un blindé léger avance, du moins donne-t-il l’illusion du mouvement. Sur quelle cible le canon du « Sagaie » est-il pointé ? Vers quel objectif se dirige-t-il ? Seul dans sa tourelle, à quoi peut bien penser le soldat de la force Licorne ?
Elle était belle, l’opération Serval, déclenchée le 11 janvier. En trois jours, les militaires français avaient atteint leurs objectifs, nous avait-on dit alors. L’une après l’autre, les villes étaient tombées, et pour décrire cette chevauchée quasi fantastique, les rares journalistes admis à couvrir, de loin, l’événement, donnaient dans un lyrisme tout hugolien. « ...et vainqueur, il allait par les champs de bataille glanant tous leurs canons. »
Hier, Jean-Yves Le Drian a douché quelque peu le bel enthousiasme des premiers jours en parlant de « violents affrontements » dans l’Adrar des Ifoghas, en soulignant qu’il est « trop tôt pour parler d’un rapide retrait » et en reconnaissant par la même occasion que l’« on est maintenant au cœur du conflit ». Ce faisant, il relayait le Quai d’Orsay qui, la veille, avait rappelé qu’il n’est pas question « de plier armes et bagage à partir de mars en quittant aussi vite que nous sommes arrivés ». La guerre, reconnaît-on à Paris, a changé de nature avec des accrochages qui gagnent en intensité au fil des jours et des attentats-suicides de plus en plus nombreux, tel celui de Kidal.
Tout indique qu’une forte présence des hommes du général Bertrand Clément Bollée est appelée à demeurer indispensable pour des semaines, des mois probablement, avec des résultats rien moins qu’aléatoires pour l’instant. Une telle nécessité est dictée par les interminables hésitations dont font montre les États africains engagés, du moins sur le papier, aux côtés des Français. Les atermoiements sont encore plus évidents s’agissant de l’aspect financier de la guerre. La communauté internationale, elle, montre encore moins d’empressement à délier les cordons de la bourse. Certes, une enveloppe financière de 455 millions de dollars a été prévue pour la Mission internationale de soutien au Mali (Misma), mais outre qu’elle doit couvrir également l’aide humanitaire et les besoins de l’armée locale, les besoins réels ont été estimés par Abidjan à plus de 950 millions. En outre, les Nations unies se désolent de n’avoir pu obtenir à ce jour que 17 millions de dollars des 373 millions nécessaires aux opérations d’aide. Mardi, John Ging, directeur du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), a révélé que 431 personnes ont déjà fui le nord du pays, principalement des Touareg et des Arabes.
Il y a aussi l’état de préparation – nettement inférieur aux nécessités de la bataille – des contingents que les quinze pays de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) sont censés envoyés et dont une partie se trouve déjà sur le terrain.
Le tableau toutefois n’est pas uniformément sombre. De réels progrès ont été enregistrés au plan militaire et, depuis quelque temps, les États-Unis montrent d’évidents signes de bonne volonté après les réticences des premiers jours. Les renseignements coopèrent, aidés par les drones qui quadrillent le pays et guettent le moindre mouvement des dunes ; la logistique suit avec l’apport inestimable des C-17, désormais fournis à titre gracieux. Mais les Américains, derrière les sourires de circonstance, ne croient pas beaucoup à l’efficacité dans la durée des coups de boutoir assénés par l’infanterie et l’armée de l’air aux guerriers islamistes. Le général Carter Ham, chef de l’US Africa Command, à qui l’on demandait ce qu’il pensait de tout cela, a commencé par reconnaître la maestria du commandement français avant de lancer : « The real question is : now what ? » À Washington, tout le monde répète que, si besoin est, les guerres modernes doivent être « nettes et courtes », sous-entendu comme ce ne fut pas le cas au Vietnam puis, bien après, en Irak et actuellement en Afghanistan, où la présence US tire à sa fin. L’obsession américaine est d’éviter une réédition du scénario somalien qui traîne en longueur sans aucun espoir de voir le pays « nettoyé » de ses extrémistes et de ses hors-la-loi qui continuent de terroriser la population. L’accueil favorable réservé dès la mi-janvier à l’opération Serval et, par ricochet, la remontée de la cote de François Hollande dans les sondages ne pouvaient durer au regard de la montée en métropole du chômage, du marasme économique et des chiffres du déficit budgétaire.
La stabilité du continent noir est-elle au bout d’un cheminement qui promet d’être long ? C’est là « the real question ».
La photo est d’une terrible éloquence dans sa cruelle nudité : planté au milieu de l’immensité désertique, un blindé léger avance, du moins donne-t-il l’illusion du mouvement. Sur quelle cible le canon du « Sagaie » est-il pointé ? Vers quel objectif se dirige-t-il ? Seul dans sa tourelle, à quoi peut bien penser le soldat de la force Licorne ?Elle était belle, l’opération Serval, déclenchée le 11 janvier. En trois jours, les militaires français avaient atteint leurs objectifs, nous avait-on dit alors. L’une après l’autre, les villes étaient tombées, et pour décrire cette chevauchée quasi fantastique, les rares journalistes admis à couvrir, de loin, l’événement, donnaient dans un lyrisme tout hugolien. « ...et vainqueur, il allait par les champs de bataille glanant tous leurs canons. »Hier,...
commentaires (2)

Et que croient-ils ? qu'ils font du pique-nique ? Les JOBS abandonnés s'appellent des conneries...

SAKR LEBNAN

18 h 07, le 28 février 2013

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Commentaires (2)

  • Et que croient-ils ? qu'ils font du pique-nique ? Les JOBS abandonnés s'appellent des conneries...

    SAKR LEBNAN

    18 h 07, le 28 février 2013

  • La France, l'UE et l'amérique et bay amerca ne pourront gagner des guerres protégeants l'injustice. tant que ces (anciens) puissants n'auront pas compris par quel bout commencer une guerre en se fiant ad vitam eternam aux renseignements donnés par leur "protégé" chez nous, ils se planteront à tous les coups.Plus que des bombes , des avions de chasse et semer la mort, il n'y a qu'une chose à faire c'est revenir aux sentiments de justice desquels ils se sont éloignés par aveuglement stratégico mercantil. Si on veut s'attaquer à des termites qui rongent un bois précieux, on ne peut pas ne pas détruire le bois en même temps qu'on combat les isoptères, la solution est de ne pas permettre à ces termites d'y entrer en amont, après il est trop tard.Le pire est qu'on ne peut plus demander à la France de s'arrêter en si bon chemin, mais les voir empêtrés dans les sables du désert/sahel n'est pas réjouissant non plus.

    Jaber Kamel

    13 h 01, le 28 février 2013

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