Un détachement n’a de sens que dans la mesure où il entraîne, par son action, une certaine croissance parallèle. C’est de cette façon qu’il est dépassé pour devenir un « Bien ». Quelle est donc cette volonté du manque qui peut nous conduire vers des voies de développement intérieur, spirituel ? Celui qui se défait de la matière, mais aussi celui vis-à-vis du monde et de soi-même. Le « jeûne au monde » suppose un retrait face aux attractions et tentations qui peuvent nous éloigner de Celui qui nous a créés, pour mieux revenir à Lui par consentement. L’alpha et l’oméga. Le « jeûne à soi » est relatif à tout l’orgueil qui entoure notre ego, si prompt à juger autrui et si tolérant envers lui-même. L’effort à faire est le suivant : se décentrer de soi pour se recentrer en Dieu qui est effectivement notre seul centre.
Pourtant, le carême ne consiste pas uniquement à s’empêcher de faire certaines choses, mais bien plus, il suggère d’accomplir véritablement de plus en plus la volonté de Dieu et l’union avec notre Créateur. Ce n’est donc pas dans la négativité, mais dans la positivité des pensées, sentiments, attitudes et gestes qu’il se réalise, comme par exemple dans les œuvres de miséricorde et de charité. Le renoncement à soi devient alors don de soi. Le don de ce que l’on a de plus précieux étant celui de notre amour. Le pape Benoît XVI parle de cette charité extrême qui se concrétise par l’évangélisation, car quoi de plus précieux que cet ami intime qu’est le Christ et que sa Bonne nouvelle qu’on voudrait passer aux autres ? : « L’évangélisation est la promotion la plus élevée
et la plus complète de la personne humaine. »
Ce dépouillement à son degré le plus élevé, Jésus l’a vécu lui-même dans sa vie et surtout sur la Croix, où il a tout perdu : ses vêtements, sa réputation, l’estime et le respect des autres, la proximité des plus proches, et sa vie ! Il a tout perdu pour nous gagner. À notre tour, nous ne devons pas craindre de perdre quelque peu pour Le gagner. Ce dépouillement que nous essayons de vivre, en l’accompagnant de prière et d’adoration, nous ouvrira des lucarnes d’éveil inattendues, des voies d’union avec notre Dieu qui trouvera enfin un espace libre et ouvert à Lui. Car encombrés et pleins que nous sommes par ce tas de choses qui nous submergent, nous ne pourrons nous rendre disponibles à Sa Parole. Un certain vide, un certain silence sont nécessaires pour nous laisser remplir par Sa Lumière qui nous éclairera dans une plénitude autre, intérieure et solide, unique garantie du bonheur.
« Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruits... » (Jean 12, 20-28).
Il est temps de savoir dire non pour un plus grand oui, de s’imposer certaines limites pour devenir plus libre, de sacrifier quelques plaisirs pour atteindre une sérénité profonde, de bloquer certaines impasses pour dégager de nouvelles voies de développement, de faire des choix de vie plus constructifs et plus fraternels.

