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Jean Paul II, Benoît XVI : deux papes, deux décisions

Les hommes de la semaine Alors que le premier est resté sous les projecteurs jusqu'à l'agonie, le second a choisi de se démettre.
OLJ/AFP
13/02/2013

Jean Paul II et Benoît XVI, opposés par leurs caractères, sont les deux faces d'une même médaille, conservateurs et attentifs au monde moderne. Mais alors que le premier est resté sous les projecteurs jusqu'à l'agonie, le second a choisi de se démettre, une décision qualifiée par certains de "révolutionnaire".

 

L'un a été le collaborateur de l'autre pendant 24 ans. Le gardien du dogme Joseph Ratzinger a été l'un des plus fidèles et des derniers à rendre visite au pape polonais mourant.

Ils ont tous deux été marqués par les totalitarismes, qu'ils soient nazi ou stalinien. Sans cesse ils ont mis en garde sur un ton pessimiste contre le retour sournois de la "barbarie" quand l'homme ne compte plus que sur lui-même.

 

Plusieurs encycliques de Karol Wojtyla portent la marque du cardinal théologien bavarois, comme l'une des plus connues sur "la foi et la raison". Benoît XVI et Jean Paul II avaient les mêmes positions sur la famille et la vie -la contraception, l'avortement, l'homosexualité, l'euthanasie...- sans avoir peur d'être à contre-courant.

Ils ont tous deux travaillé au rapprochement avec les juifs, parlé des "racines chrétiennes" de l'Europe, cherché un dialogue avec les agnostiques, réclamé une place pour la religion dans l'espace public, défendu le Concile Vatican II tout en pourfendant ses dérives.

 

Pourtant, en annonçant lundi sur un ton neutre sa décision de renoncer au siège de Pierre le 28 février prochain en raison de l'affaiblissement de ses forces, Joseph Ratzinger se distingue profondément de son prédécesseur. Le spectaculaire en était absent, et pourtant, cette annonce faisait l'Histoire.

Jean Paul II avait choisi délibérément de rester jusqu'au bout à son poste, alors que la maladie de Parkinson le handicapait chaque semaine un peu plus. Il voulait que sa douleur visible permette à ceux qui souffrent de se sentir moins seuls, soutenus par la "croix du Christ". Mais cette longue agonie en public avait été mal perçue y compris par certains dans l'Eglise, comme une expression trop doloriste de la foi.

 

 

"Simple serviteur dans la Vigne du Seigneur"

C'est dans cette période d'affaiblissement du pape polonais que le scandale des sévices pédophiles dans l'Eglise avait été particulièrement mal géré. "Que de souillures dans l'Eglise", devait d'ailleurs s'exclamer en 2005, peu avant d'être élu, Joseph Ratzinger, très réaliste sur les maux de l'Eglise.

 

(Portrait : Le pape théologien confronté aux scandales de l’Église)

 

Selon des experts vaticanistes, la décision de Benoît XVI s'expliquerait aussi par l'expérience éprouvante de cette longue période d'agonie. Elle est aussi conforme à sa personnalité : ayant toujours défendu la raison, le pape allemand se montre cohérent. Le chef de l'Eglise catholique doit être en pleine possession de ses moyens face aux "défis" difficiles du monde moderne.

En outre, depuis le début de son pontificat, il a insisté sur le fait qu'il n'était pas "l'acteur principal" mais que "Dieu" seul l'était. Une manière de magnifier la fonction et de désacraliser l'homme qui l'incarne.

"Simple serviteur dans la Vigne du Seigneur" : ainsi s'était-il défini quand il était devenu pape, affirmant qu'il ne voulait pas se dérober à ses responsabilités. Il n'était pas attaché à son énorme pouvoir, son désir le plus ardent ayant été de pouvoir se consacrer dans le silence à la rédaction de livres sur Jésus, comme en a attesté son frère aîné Georg Ratzinger.

"C'est un triomphalisme erroné que de dire que Dieu m'a élu parce que je suis grand!", a encore fait valoir le pape, trois jours avant l'annonce de sa démission, devant des séminaristes.

 

(Repère : Les dix derniers papes et la durée de leur pontificat)

 

Différence de tempéraments aussi entre les deux hommes. A côté de l'ancien acteur qui sentait instinctivement le contact avec les foules, Benoît XVI est resté un timide, qui n'aime pas le théâtre et le culte de la personnalité. Chaleureux et attentif quand il reçoit des fidèles, il est un homme qui ne voulait surtout pas afficher son vieillissement et, plus tard, son agonie en public. Une forme de fierté et de pudeur.

 

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Tina Chamoun

Hier durant les nouvelles sur France 2, un séminariste français parlait justement des critiques lancées contre Jean-Paul II pour être resté jusqu'à la fin en "exposant" sa douleur. Et là, Benoit XVI fait objet des mêmes critiques pour avoir abdiqué avant que sa santé ne dégénère. 2 tempéraments différents certes, mais autant de courage l'un que l'autre.

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