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Moyen Orient et Monde - Tunisie

Le parti laïc de Marzouki maintient son alliance avec Ennahda

Pour le Congrès pour la République, « celui qui veut changer ceux qui gouvernent actuellement ne peut le faire qu’à travers les urnes ».

Le chef du Congrès pour la République (CPR), Mohammad Abbou, annonçant lors d’une conférence de presse la décision de son parti, celui du président Moncef Marzouki, de rester fidèle dans l’immédiat à son alliance avec Ennahda.      Gianluigi Guercia/AFP

La grave crise politique en Tunisie a connu un nouveau rebondissement hier avec la décision du parti laïc du président de rester fidèle dans l’immédiat à son alliance avec les islamistes d’Ennahda, rejetant l’initiative du Premier ministre de former un gouvernement apolitique.

« Nous avons décidé de geler notre décision de retirer nos ministres du gouvernement, mais si dans une semaine nous ne voyons aucun changement, nous quitterons le gouvernement définitivement », a ainsi déclaré à la presse le chef du Congrès pour la République (CPR), Mohammad Abbou. « Nous avions présenté il y a deux jours la démission de nos ministres, mais nous avions été contactés hier soir par les dirigeants d’Ennahda qui ont répondu favorablement à toutes nos demandes », a-t-il ajouté, alors que dimanche, le parti laissait entendre qu’il claquait la porte du gouvernement. 
Le CPR, parti du président Moncef Marzouki, demande depuis longtemps le départ de deux ministres de premier plan d’Ennahda, ceux des Affaires étrangères et de la Justice. Le parti islamiste n’a pas confirmé pour le moment leur limogeage.

 

M. Abbou s’est aussi prononcé contre l’initiative du Premier ministre Hamadi Jebali de former un gouvernement de technocrates, rejoignant la ligne du parti islamiste qui s’oppose aussi à son numéro deux. « Nous sommes contre un gouvernement de technocrates car cela permettrait le retour des figures de l’ancien régime » de Zine el-Abidine Ben Ali renversé par la révolution de 2011, a-t-il affirmé. Paradoxalement, M. Abbou a qualifié l’initiative de M. Jebali d’« historique et de positive étant donné qu’il a dépassé son parti ». Mais il a affirmé qu’il fallait « respecter la légalité. Celui qui veut changer ceux qui gouvernent actuellement ne peut le faire qu’à travers les urnes ».


Ennahda a réaffirmé son rejet d’un gouvernement apolitique, tout en comprenant la démarche du Premier ministre « soucieux d’éviter au pays de glisser dans la violence ». Par contre, le troisième parti de la coalition au pouvoir, Ettakatol (centre-gauche) a apporté son soutien à M. Jebali, une figure du parti, le ministre des Finances Elyes Fakhfakh ayant jugé qu’il fallait « assurer les meilleurs succès à cette initiative ».

 

(Lire aussi: L’horizon s’assombrit pour les islamistes au pouvoir)


M. Jebali, soutenu par l’opposition laïque et en conflit avec son propre parti, a réitéré, dans un entretien au quotidien français Le Monde, qu’il n’avait « pas d’autre choix que de former un gouvernement transitoire, indépendant des partis », arguant de « l’urgence » de la situation et du « danger de violence » en Tunisie. Il a par ailleurs souligné à plusieurs reprises qu’il démissionnerait en cas d’échec. Il n’y a « pas d’autre choix que de former un gouvernement transitoire, indépendant des partis, avec des priorités : le développement des régions, l’emploi, la lutte contre la cherté de la vie et surtout l’amélioration de la sécurité », a-t-il souligné.
Le Premier ministre souligne que s’il arrive à créer un gouvernement apolitique, il n’a pas besoin de l’accord de l’Assemblée nationale constituante. Cependant, une motion de censure pourra être votée et devra obtenir les voix de 109 députés sur 217. Actuellement, Ennahda contrôle 89 sièges, le CPR 15 et Ettakatol 13. M. Jebali n’a pas indiqué combien de députés de son camp le soutiennent.


Les conflits sociaux, souvent violents, se multiplient en Tunisie sur fond de misère et de chômage, facteurs-clés de la révolution de 2011. « Je vais demander amicalement à tous les ministres de démissionner. C’est un exercice difficile, mais les circonstances l’exigent », a ajouté M. Jebali, en référence à la crise politique aggravée par l’assassinat mercredi du dirigeant de gauche Chokri Belaïd qui a déclenché une vague de violences.
Le porte-parole du ministère de l’Intérieur Khaled Tarrouche a indiqué hier que « plusieurs équipes travaillent pour élucider ce crime abominable » mais qu’il ne peut donner plus de précisions dans l’intérêt de l’enquête. M. Jebali a, lui, dit que les meurtriers n’étaient « pas des amateurs », que « tout un appareil était derrière » et qu’il fallait s’attendre « à des résultats très graves ».
La veuve de Chokri Belaïd, Besma Khalfaoui, a indiqué avoir été entendue en tant que témoin par le juge d’instruction chargé de l’enquête sur l’assassinat de son mari. Elle a participé à une manifestation de centaines de personnes devant le siège de l’Assemblée nationale constituante (ANC) qui ont appelé à une démission immédiate du gouvernement. « Ce gouvernement doit démissionner aujourd’hui, pas demain ou après-demain. Quand un gouvernement échoue, il doit prendre ses responsabilités », a-t-elle lancé.
(Source : AFP)

 

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