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Moyen Orient et Monde - Le Point

Le second souffle du printemps arabe

Tout est à refaire. Parce qu’il y a eu maldonne, incompréhension totale (et voulue par un camp) dès les premières heures, le printemps arabe est en train de virer de plus en plus à un hiver annonciateur d’inquiétants désastres. Les hommes et les femmes descendus dans la rue il y a deux ans n’avaient pas lu le pamphlet d’Emmanuel Joseph Sieyès ; en fait, ils ignoraient jusqu’à son existence. Dans leurs rangs, on trouvait des jeunes et des moins jeunes, des membres de professions libérales et des analphabètes, des laïcs et des personnes profondément imprégnées de culture religieuse. Tout ce qu’ils demandaient, c’était du pain, un emploi, plus de liberté(s) et de démocratie. Pendant des jours et des nuits, ils ont occupé les places publiques, scandé des slogans hostiles au régime en place et, s’enhardissant, osé réclamer le départ du tyran. « Dégage ! » était leur cri de ralliement. Et c’est en le répétant comme une incantation, jusqu’à s’égosiller, qu’ils ont pris conscience de ce qu’ils étaient. Ou à tout le moins de ce qu’ils aspiraient à devenir, c’est-à-dire tout.
Deux ans plus tard, les révolutionnaires de la première heure constatent, amers, qu’on leur a volé leur mouvement. Les « hijackers » ? Les Frères musulmans, les salafistes et autres partisans d’un ordre islamique pur et dur, mais aussi des intrus qui tentaient d’investir la place, certains poussés par les anciens maîtres du pays, leurs héritiers ou encore de mystérieuses « forces occultes ».Tout ce beau monde avait pour lui d’être relativement nouveau sur la scène, et donc peu dangereux. Aveu du président tunisien Moncef Marzouki, fait avant l’éclatement depuis mercredi dernier de la nouvelle vague de violence : « Les salafistes représentent une infime minorité au sein d’une infime minorité, ils ne représentent pas la société et encore moins l’État. » Aujourd’hui, le groupuscule en question est accusé – à tort peut-être et en tout cas sans preuve jusque-là – de mener la Tunisie au chaos et de la plonger dans la plus grave crise depuis la révolution du jasmin. Inimaginable il y a peu, dans le pays arabe sans doute le plus démocratique, le plus cultivé, le moins tenté, depuis les premières heures du combat de Habib Bourguiba, à faire parler la poudre, fût-elle politique.
En Égypte, où depuis quelques semaines la transition peine à prendre ses marques, les ultraconservateurs ont donné la preuve de leur aptitude à s’adapter aux nécessités de l’heure. Alors qu’il y a peu, ils condamnaient le processus électoral, « non islamique » à leurs yeux, ils ont fini par réclamer et obtenir l’autorisation de fonder deux partis politiques, an-Nour et al-Assala, qui devaient fusionner avec les jihadistes de la Jamaa al-islamiya pour former un bloc islamiste. Lors de la consultation populaire, le groupe est arrivé en deuxième position derrière les Frères musulmans, avec 89 sièges. À la présidentielle, un salafiste, Hazem Salah Abou-Ismaïl, a fait acte de candidature, en tant qu’indépendant il est vrai.
Jusque-là, rien d’inquiétant et Hillary Clinton, encore secrétaire d’État, pouvait afficher une sérénité de nature à rassurer l’opinion publique, déclarant le 13 octobre dernier dans un discours prononcé devant les membres d’un think tank américain, le Center for Strategic and International Studies : « Nous devons regarder au-delà de la violence et de l’extrémisme qui ont éclaté après les révolutions du printemps arabe et renforcer notre soutien aux jeunes démocraties de la région. » En foi de quoi, l’administration Obama octroyait aux nations émergeant de leur drôle de printemps un milliard de dollars, plus 770 millions – ce dernier montant étant soumis à l’approbation du Congrès – liés à des reformes politiques et économiques précises. Hillary Clinton encore : « Comme toujours, nous devons suivre attentivement l’évolution de l’extrémisme violent. Une année de transition démocratique ne va pas assécher les réservoirs d’un radicalisme fruit de décennies de dictature. »
En attendant cette mise à sec si lente à venir, l’extrémisme ne se porte pas si mal. Au Caire, un religieux, cheikh Mahmoud Chaabane, a souhaité la mort des opposants Mohammad el-Baradei et Hamdine Sabbahi, et cheikh Wagdi Ghoneim a proclamé le jihad contre le président Mohammad Morsi, des appels aussitôt condamnés par leurs collègues. En Libye, des membres d’Ansar ach-Charia multiplient les opérations violentes, dont l’attaque de Benghazi, en septembre dernier, qui devait coûter la vie à l’ambassadeur américain J. Christopher Stevens. Mais c’est à Tunis, on le constate depuis quelques jours, que l’État éprouve les plus grandes difficultés à contenir l’ardeur des partisans de la manière forte. C’est aussi en d’autres points de la région que des salafistes font plus que montrer les dents.
Face à tous les extrémismes, il y a – ce n’est pas peu – « la jeunesse ardente et prompte aux changements » (Robert Garnier, 1545-1590). Et quand jeunesse sait et peut...
Tout est à refaire. Parce qu’il y a eu maldonne, incompréhension totale (et voulue par un camp) dès les premières heures, le printemps arabe est en train de virer de plus en plus à un hiver annonciateur d’inquiétants désastres. Les hommes et les femmes descendus dans la rue il y a deux ans n’avaient pas lu le pamphlet d’Emmanuel Joseph Sieyès ; en fait, ils ignoraient jusqu’à son existence. Dans leurs rangs, on trouvait des jeunes et des moins jeunes, des membres de professions libérales et des analphabètes, des laïcs et des personnes profondément imprégnées de culture religieuse. Tout ce qu’ils demandaient, c’était du pain, un emploi, plus de liberté(s) et de démocratie. Pendant des jours et des nuits, ils ont occupé les places publiques, scandé des slogans hostiles au régime en place et,...
commentaires (7)

De SOUFFLE en SOUFFLE... ET ON S'ESSOUFFLE !

SAKR LEBNAN

05 h 22, le 13 février 2013

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Commentaires (7)

  • De SOUFFLE en SOUFFLE... ET ON S'ESSOUFFLE !

    SAKR LEBNAN

    05 h 22, le 13 février 2013

  • Je ne connais pas d'exemple dans toute l'histoire d'une révolution qui ait apporté un mieux être au peuple. Un bon exemple est celui de la révolution française: assassinat d'un roi libéral pour, après dix ans d'anarchie et de guillotinades, aboutir au sacre d'un empereur. Quant aux révolutions russe et chinoise, n'en parlons même pas!

    Yves Prevost

    10 h 27, le 12 février 2013

  • Le printemps arabe en est bien un et il finira par bourgeonner et fleurir comme il se doit, mais avant de voir le Bébé Liberté naître, il faudra encore l'accoucher et je ne me rappelle pas en avoir vu un se faire sans douleurs! Patience et vous verrez les fleurs une fois que les partis style Hezbo-machin ou salafo-bidule se ferons étriller dans tous les sens du terme.

    Pierre Hadjigeorgiou

    08 h 53, le 12 février 2013

  • Comme dans toute révolution, il y a récupération. La française , la russe, la chinoise etc... et ici en l'occurence elle est faite par les salafos wahabo qataris, parce qu'ils étaient les seuls à posséder l'argent qui fait défaut après la razzia des dictateurs balayés.L'occident qui ne voit pas plus loin que le bout de sa poche a laissé faire avec une logique simple, si chez nous en occident on arrive a maîtriser les capitaux salafo etc... , on arrivera bien à le faire chez nos anciens subordonnés, mais voilà le partition ne s'est pas écrite comme ils la voyaient, on voit bien que les réactions sur ces 3 pays est quasiment la même, au bout du compte un rejet des anciens dictateurs et de leurs sponsors drapés de la peau d'agneau. J'entend dire , il fallait intervenir à temps pour empêcher les salafo ben etc.. de s'incrustrer, mais en Lybie on est bien intervenu, voyez le résultat, il est pire que les autres parce qu'il a débordé sur des états paisibles avant la chute de khaddafi. Et on veut nous faire croire que pour la Syrie après la chute du dictateur ça va être un dimanche à Bamako ? les mêmes ingrédients donneront le même cake au final, et celui ci est particulièrement amère.

    Jaber Kamel

    06 h 30, le 12 février 2013

  • Je n'ai pas lu l'article. C'est juste le titre qui me choque: Avec tout ce qui se passe dans les pays arabes...On ose encore parler " de printemps"??!!!! Tout le sang qui coule depuis l'irak (pour instaurer la démocratie made in US ) en libye, en tunisie, egypte etc...On ne voit que du sang, des intégristes qui oppriment les libertés ...On ose encore parler de "printemps"??!!!!!! Là c'est au tour de l'afrique, Au mali que "le printemps" va commencer?? Allah yestore parce qu'en afrique, la violence est accompagnée de sauvagerie inter ethnique....

    jean-pierre EL KHOURY

    06 h 28, le 12 février 2013

  • C'est de SOUFFLE et non d'éclosion de Printemps qu'on parle. Les Souffles se lèvent et puis expirent. Même pas de trace sur le sable. L'éclosion, ce qui manque à ces prétendus printemps, apporte des fleurs. Or ces Supposés Printemps ne sèment que des CACTUS...

    SAKR LEBNAN

    04 h 57, le 12 février 2013

  • Le père jésuite Henry Boulad, un opposant farouche aux islamistes d'Egypte, disait bien à France 24 (citation non textuelle) : malgré tout je suis content que les islamistes aient pris le gouvernement en main, parce que cela va démasquer leurs intentions et leur incapicité. Je me permets de dire que personnellement je pense que c'est le meilleur chemin pour les balayer finalement du pouvoir qu'ils ont volé. Cela requiert évidemment beaucoup de patience, soit en Tunisie, soit en Egypte. Dans le cas de la Syrie, je répète que c'est la stupidité des Occidentaux, particulièrement des USA, de ne pas armer les révolutionnaires syriens modérés "en vue de protéger la sécurité d'Israel", comme vient de le redire le président Obama, qui permet au Front al-Nosra et autres jihadistes de prendre le devant de la révolution. Les USA et les Occidentaux en général regretteront amèrement leur lâcheté que l'on appellera un crime dans un proche avenir. Qui vivre verra

    Halim Abou Chacra

    03 h 17, le 12 février 2013

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