Le geste de solidarité de Charaf Aboucharaf, le président de l’ordre des médecins, envers le camp de Bourj Brajneh va dans la bonne direction. Ce geste de solidarité est aussi un geste de décloisonnement d’un peuple envers un autre, vivant sur le même territoire, mais dans des conditions qui font honte au peuple d’accueil.
Certes, les circonstances politiques qui ont fait naître ces monstres difformes que sont les camps palestiniens sont antérieurs à nos jours, mais ce n’est pas une raison pour rester passifs. Avec les moyens du bord, il faut agir pour alléger le fardeau d’un peuple trois fois victimes : de la Grande-Bretagne et des fils de Théodore Herzl une première fois, de ses propres « frères » arabes une deuxième fois – pour peu que le mot frère, galvaudé dans toutes les conférences, ait encore un sens – et enfin de ses propres dirigeants, qui se sont servis de lui comme terrain d’expérimentation de trois idéologies différentes, nationaliste arabe, marxiste et aujourd’hui islamiste.
Sur le plan humain, ce geste de solidarité nous profite autant qu’aux Palestiniens. Oublions la politique pour un moment. Admettons que ce peuple vit dans des conditions indignes de l’homme. Témoin de cette courte visite de terrain, sa plus grande utilité est, me semble-t-il, d’avoir donné vie à un contact humain. Un moment de grâce a régné. Libanais et Palestiniens ne sont plus des abstractions dans des discours idéologiques. Que l’ordre des médecins puisse faire quelque chose pour l’hôpital Haïfa ou pas est – presque – secondaire. C’est le geste, le déplacement personnel qui a touché. Et ce que ce geste apporte est primordial : la reconnaissance de l’existence de l’autre et de sa dignité. Il élève autant celui qui l’accorde que celui qui le reçoit. Il l’élève même plus, puisqu’il est dit quelque part qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir.
S’il y a une lecture politique à faire de cette visite elle est ailleurs. Dans les camps, on construit à tour de bras. Selon un responsable de l’Unrwa, les demandes officielles d’introduction de matériau de construction dans le camp sont la chose la plus difficile à passer ; mais, illégalement, ces matériaux sont partout.
Cependant, la question n’est pas d’incriminer les Palestiniens. La véritable question, c’est qu’il ne s’agit pas d’une exception. Le pays tout entier est gangréné par la corruption. De la base au sommet, on n’entend plus que des histoires d’individus qui s’enrichissent au mépris de la loi, celle du bâtiment et toutes les autres, la concussion règne partout, les liens les plus sacrés, la beauté du pays, les trésors archéologiques, l’histoire et la mémoire sont trahis, « pour quelques poignées de dollars ».
La culture de l’impunité nous accable. Celle-ci s’est propagée à tous les échelons de la vie politique. Elle a envahi l’État et les rapports sociaux. La territorialisation communautaire de l’administration, la connivence entre la justice et la force et l’avidité au gain, qui ne connaît ni Dieu ni maître, gangrènent le Liban. Le pays agonise, il s’effondre sous nos yeux, comme cette civilisation dont parle Toynbee, qui décline tout de suite après son apogée, sans avoir porté ses fruits. Quelqu’un a résumé ainsi la pensée de Toynbee : « La source du déclin est la perte de capacité créative de l’élite ; les effets de la cassure en termes de performance ne sont pas visibles immédiatement ; l’élite créative fait progressivement place à une élite dominante, c’est-à-dire que la civilisation passe d’une logique d’adhésion à une logique de contrôle. »
Peut-on encore sauver le Liban ? Quand on interrogeait Mère Teresa comment elle avait fait face à l’immensité de sa tâche, elle répondait qu’elle avait sauvé les agonisants trouvés dans la rue « un par un ». Que chacun sauve le Liban à l’agonie « là où il le trouve ».
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Certes, les circonstances politiques qui ont fait naître ces monstres difformes que sont les camps palestiniens sont antérieurs à nos jours, mais ce n’est pas une raison pour rester passifs. Avec les moyens du bord, il faut agir pour alléger le fardeau d’un peuple trois fois victimes : de la Grande-Bretagne et des fils de Théodore Herzl une première fois, de ses propres « frères » arabes une deuxième fois – pour peu que le mot frère, galvaudé dans toutes les conférences, ait encore un...


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Cet article est vrai et emouvant a la fois. Il y a 2 jours je publiais sur Face Book le commentaire suivant:. La ou je veux en arriver c'est que ces "invites" temporaires que nous recevons, fussent-ils palestiniens ou syriens, au lieu de rester oisifs et devenir peut-etre dangereux pour notre Societete, pourraient peut-etre prendre part a de tels projets dans les terrains dont l'Etat ou l'Eglise ou les Wakfs musulmans sont proprietaires. Pourquoi pas? Les palestiniens et les syriens, ainsi auraient des habitations decentes et pourraient ensuite retourner chez eux le jour ou les circonstances le permettraient. J'anticipe deja que certains qui vont lire ces suggestions vont immediatement jeter les hauts cris et me traiter de traitre et de vendu.Mais, pensez-vous que la situation actuelle est meilleure? Donnez a l'etre humain sa dignite et vous l'avez gagne, autrement vous risquez de vous en faire un ennemi.
11 h 58, le 08 février 2013