Deux députés socialistes, Thomas Thévenoud et Jérôme Guedj, jouent au Scrabble, dans la nuit de dimanche à lundi 4 février, pendant le débat sur le mariage gay. Photo MaxPPP
Pour que « publicité des débats ne rime pas avec dispersion des députés en 140 caractères », le député conservateur Gérald Darmanin veut proposer une modification du règlement de l’Assemblée pour que les députés n’aient plus accès à Twitter. Il a dans le même temps annoncé qu’il allait arrêter de tweeter depuis la séance, immédiatement suivi par des collègues qui dénoncent « manque de respect » et « manque de concentration » dans l’enceinte de la représentation nationale.
À la faveur du débat enflammé sur le projet de loi instituant le mariage gay, les tweets des députés se multiplient, et de manière inédite. Il n’est désormais plus rare de voir un député se lever, lire et protester contre un tweet d’un député de l’autre camp. Quand le socialiste Jérôme Guedj tweete « Ils souillent le débat », l’opposition rappelle au règlement. Lorsqu’un député envoie sur les réseaux sociaux une photo mal légendée d’un député de la majorité jouant au scrabble, ce sont les socialistes qui brandissent le règlement. Signe que les parlementaires ne sont pas tous à l’aise avec l’outil, certains lisant des tweets sur papier et se trompant parfois d’auteurs.
Mais pour le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone, pas question de couper le wi-fi. L’installation d’Internet sans fil a été avalisée cet été juste après son arrivée. À noter qu’il est toujours interdit de téléphoner, même s’il n’est pas rare de voir un député discrètement décrocher avant de sortir. « Il n’y aura pas d’interdiction du wi-fi parce que aujourd’hui les méthodes de communication électroniques font partie de la vie, mais je veux qu’il y ait une règle du jeu », juge M. Bartolone, qui se refuse à faire la police des tweets et déplore tout propos qui serait « insupportable » d’un député sur un autre. Il a cependant confié qu’il surveillait les messages du coin de l’œil...
Lui-même très porté sur Twitter, le député écologiste François de Rugy s’insurge à l’idée qu’on coupe le wi-fi. Il s’est « battu » pour avoir accès à Internet sous l’ancienne mandature et croit plutôt à l’« autorégulation ». Il trouve encore « intéressant qu’il y ait une interaction entre les débats de l’Assemblée et l’extérieur ».
La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, s’est elle aussi dit satisfaite que « les réseaux sociaux » permettent de « partager largement » les débats.
Seul sanctuaire à ne pas toucher : les réunions de commission à huis clos.
Le député de l’opposition de droite Lionel Tardy, premier « twitto » de l’Assemblée, avait créé l’émoi et soulevé des critiques de ses pairs en 2010 en tweetant des extraits de l’audition de l’ex-sélectionneur de l’équipe de France de football Raymond Domenech.
(Source : AFP)

