L’Association internationale pour la sauvegarde de Tyr (AIST) vient de perdre l’un de ses membres les plus éminents ; le Liban, l’un de ses fils les plus dévoués, l’une des plus grandes figures de la culture libanaise, et la France, l’une des figures éminentes de la francophonie.
Camille Aboussouan n’est plus ! Il vient de s’éteindre à l’âge de 93 ans. Il avait tous les talents : avocat, journaliste, écrivain, poète, bibliophile, éditorialiste, grand orateur, fondateur de la revue culturelle Les Cahiers de l’Est qui lui valut le prix de l’Académie française, fondateur du Pen Club du Liban, initiateur du comité du Festival de Baalbeck, secrétaire général de la Commission nationale libanaise auprès de l’Unesco, conservateur du musée Nicolas Sursock, ambassadeur délégué permanent du Liban auprès de l’Unesco, vice-président du conseil exécutif de l’Unesco.
Et que dire de ses passions nombreuses et variées : l’art, la littérature, la poésie, l’archéologie, l’architecture, l’histoire, le droit ? On lui doit la première traduction française du Prophète de Khalil Gibran en 1956.
Membre fondateur et conseiller de notre association, voilà plus de trente ans que ce grand humaniste a accepté de joindre ses efforts aux nôtres pour assurer la protection et la renaissance de Tyr. Plus de trente ans et depuis lors, sans défaillance, il n’a cessé de nous apporter la contribution de son vaste savoir. C’est avec son appui que nous avons constitué l’AIST, le 5 mai 1980, à l’Unesco au cours d’ « une journée mémorable pour Tyr ». Tout au long de ce chemin que nous avons fait ensemble, nous avons tous pu apprécier sa sensibilité, son esprit, sa grande culture, son exigence intellectuelle et sa générosité.
Nous garderons en mémoire les appels emplis d’émotion, les discours enflammés et la détermination de cet homme d’engagement et de conviction quand il s’agissait de « la nécessité de sauvegarder l’ensemble du site archéologique de Tyr et de ses environs dont les vestiges intéressent le patrimoine culturel de l’humanité ».
Camille Aboussouan, par sa double origine, a été le symbole des liens privilégiés qui unissent la France et le Liban. Il n’a eu de cesse qu’il ne jette des ponts entre l’Orient et l’Occident. C’est vers le Liban, pays où il avait vu le jour, que se reportait son attachement. Il était persuadé que cette terre de dialogue depuis l’époque phénicienne avait vocation, malgré les vicissitudes de l’histoire, à redevenir un lieu d’échange et de partage, un lieu de dialogue interreligieux et interculturel.
Cher Camille, vous continuerez à vivre dans notre mémoire et dans notre cœur !
Maha EL-KHALIL CHALABI


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