Une colonne de soldats français et maliens se dirigeait hier vers la cité mythique de Tombouctou, ville-phare de l’islam en Afrique, au lendemain de la reconquête de Gao, la plus grande ville du nord du Mali. Les « troupes françaises et maliennes » seront « bientôt près de Tombouctou », a assuré le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault. Des « éléments précurseurs » de l’armée malienne ont pu s’infiltrer hier dans la périphérie de Tombouctou, selon un haut gradé de l’armée malienne, qui a requis l’anonymat. « Les troupes maliennes et françaises avancent en direction de Tombouctou, sans rencontrer de résistance, aucune résistance », a insisté cette source, qui a souligné que la principale préoccupation était « la sécurisation des biens et des personnes ». « À Gao, des cas de pillages et d’atteinte aux biens ont été constatés. Nous voulons éviter les mêmes scènes à Tombouctou et ailleurs », a-t-elle précisé.
La ville de Gao est tombée samedi au cours d’une opération spectaculaire de l’armée française : des membres des forces spéciales bénéficiant d’un appui aérien se sont d’abord emparés de l’aéroport et d’un pont stratégique. Puis, des soldats tchadiens et nigériens sont venus par avion du Niger voisin, marquant de manière frappante l’entrée des troupes de la force africaine sur le théâtre des opérations malien. « La prise de contrôle de Gao (...) par les soldats maliens, tchadiens et nigériens est en cours », a indiqué hier le porte-parole de l’armée française, le colonel Thierry Burkhard. Gao était un bastion des islamistes du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). Ce groupe avait affirmé samedi vouloir « négocier la libération » d’un otage français, Gilberto Rodriguez Leal, enlevé en novembre 2012 dans l’ouest du Mali. M. Ayrault a répondu en refusant « les logiques de chantage ».
D’après une source de sécurité malienne, les principaux responsables des groupes islamistes armés, Iyad Ag Ghaly, le chef d’Ansar Dine (Défenseurs de l’islam), et l’Algérien Abou Zeid, l’un des émirs d’el-Qaëda au Maghreb islamique (AQMI), se sont réfugiés dans les montagnes de Kidal où des positions islamistes ont été bombardées samedi par des avions français. « Ces frappes ont notamment touché la maison de Iyad Ag Ghaly à Kidal et un camp militaire », a déclaré une source de sécurité malienne. La maison du chef d’Ansar Dine, ex-militaire et ex-figure des rébellions touareg des années 1990 au Mali, a été détruite, ont ajouté des habitants.
À Addis-Abeba, le chef d’État béninois Thomas Boni Yayi, président sortant de l’Union Africaine (UA), a déploré devant ses pairs réunis en sommet la lenteur de l’organisation à agir pour « défendre » le Mali et « salué » l’intervention française. « Je tiens à saluer la France qui, face aux délais de réaction extrêmement longs des leaders africains et même de la communauté internationale, a pris les devants pour faire ce que nous aurions dû faire », a ainsi déclaré M. Boni Yayi. En outre, l’aviation française devrait bientôt recevoir l’appui d’avions-ravitailleurs américains, le Pentagone ayant répondu favorablement à une requête de Paris en ce sens faite il y a plus de deux semaines. Cette décision, annoncée samedi par le secrétaire américain à la Défense, Léon Panetta, marque une montée en puissance de l’implication des États-Unis dans le conflit malien. Enfin, M. Ayrault a appelé hier « la communauté internationale à continuer à se mobiliser », en expliquant que « chacun pouvait contribuer, selon ses possibilités, à aider le Mali et les pays d’Afrique de l’Ouest qui viennent à son secours ».
(Source : AFP)

