L’équipe de Kathryn Bigelow en plein tournage de « Zero Dark Thirty » dans la ville indienne de Chandigarh. Photo AFP
Quand un producteur veut limiter les frais et mettre un peu d’authenticité dans un film mettant en scène des militaires, il fait appel au Pentagone. Rien de nouveau depuis les années 20 et la collaboration pour le film oscarisé Wings. « Ce que nous lui demandons est de nous envoyer le scénario et ce qu’il attend de nous », explique M. Strub. Le plus souvent, il s’agit d’un soutien technique pour apporter du réalisme à un personnage en uniforme ou à l’action des militaires, mais aussi d’accorder l’accès à des installations militaires ou de mettre à disposition des chars, avions ou navires qui apparaîtront dans le film. Rien n’est gratuit. Le matériel mis à disposition est « loué » et, surtout, le Pentagone exige un droit de regard sur le scénario. « Nous voulons que les acteurs dépeignent des militaires se conduisant comme nous voulons que les militaires se conduisent », justifie Vince Ogilvie, adjoint de Phil Strub.
Sergent sadique
Il n’est toutefois pas question que le Pentagone collabore à un film montrant un sergent instructeur sadique comme dans Full Metal Jacket ou un soldat tête brûlée et individualiste comme dans Démineurs (The Hurt Locker), film pour lequel Kathryn Bigelow fut oscarisée. Ce droit de regard nourrit les accusations de censure, ou au moins d’influence indue sur les productions, notamment par l’auteur David Robb dans son ouvrage Operation Hollywood. « Ils font de nous des prostituées parce qu’ils veulent que nous adoptions leur point de vue. La plupart des films sur l’armée sont des affiches de recrutement », raille dans cet ouvrage le réalisateur Oliver Stone à qui le Pentagone a refusé son assistance pour Platoon ou Born on the Fourth of July sur la guerre au Vietnam.
Le producteur Jerry Bruckheimer en a, lui, bénéficié pour monter Pearl Harbor, Black Hawk Down ou encore Top Gun. Pour lui, « tout est affaire de négociation. Si les demandes du Pentagone touchent à l’intégrité du film, alors on ne le fait pas (avec lui). Et si les militaires pensent que cela va nuire à leur image, alors ils ne collaborent pas ». Mais il y a de la marge entre les deux, comme par exemple en retirant du scénario le langage ordurier de la bouche de militaires.
Phil Strub se veut serein face à la critique : « Je ne vais pas prétendre que nous n’essayons pas de dépeindre les militaires de la façon dont nous pensons qu’ils sont dans la réalité. » Mais il dément tout pouvoir sur les producteurs hollywoodiens. Face à une industrie à cheval sur son droit à la libre expression et à la création, « c’est une blague », sourit-il. Quant au choix étonnant de collaborer à des films de superhéros ou sur des invasions extraterrestres, il reflète selon lui l’évolution du cinéma : « On prend ce qui vient. Des films comme Transformers ou Superman touchent un large et jeune public. » Le cœur de cible du Pentagone.
(Source : AFP)


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