Une vue de l’orchestre sous la houlette du maestro Wojcieh Czepiel. Photo Marwan Assaf
découvertes.
Public fidélisé depuis le titanesque travail de feu le Dr Walid Gholmieh (sans un notable changement dans une direction par intérim qui s’éternise. Parfaitement libanais: il n’y a que le provisoire qui dure), avec un menu qui offre cependant aujourd’hui, de plus en plus, la chance aux compositeurs libanais. Chance d’être plus entendus dans leur propre pays (mettant fin à l’adage «nul n’est prophète en son pays», puisque la plupart de nos compositeurs, du moins les plus valables, sont forcés de s’exiler), connus et reconnus, applaudis ou critiqués.
Pour ce concert du premier mois de l’année 2013, des pages de Brahms et Tchaïkovski mais aussi, révélation pour l’auditoire, de Bushra el-Turk et Omar Ghady Rahbani.
Ouverture avec le Fantôme de Rebecca Gridffiths de Bushra el-Turk. Compositrice d’une trentaine d’années, auréolée de diplômes supérieurs et déjà aux œuvres interprétées en Europe, notamment en Angleterre où ses études de musique l’ont fait accéder au contact de l’Orchestre symphonique de Londres, celui de la BBC et de l’Écosse.
On écoute ici, avec intérêt, cet opus moderne et quelque peu avant-gardiste dans son concept et énoncé, chargé d’une vie particulière, porté par l’imagination et où instruments à vent, cuivre et percussion ont la part belle. En généreuses dissonances harmoniques, en «splashs» explosifs, pour évoquer, en accents errants et quelque peu décousus, l’esprit de la cité de Londres. Entre folie et moments paranormaux, le fantôme de Rebecca Griffiths (une vie de démence entre 1780-1812) hante le Liverpool Street Station... Œuvre sous influences de Prokofiev, Stravinsky et Xenakis, mais qui laisse percevoir une personnalité musicale originale alliant rigueur occidentale et une certaine chaleur d’un conte oriental...
Pour prendre le relais, avec moins de relief et de présence, un cocktail orchestral du cru d’Omar Rahbani, petit-fils de Mansour. De bric et de broc, cette musique aux images sonores mélangées manque de nerf et de personnalité. En se voulant éclectique et cosmopolite, elle reste une narration peu convaincante, un exercice de style bruyant et sans vie.
Retour aux grandes partitions avec le superbe Double concerto pour violon et violoncelle en la mineur op 102 de Brahms. Aux cordes du violon, les vétérans de l’Orchestre philharmonique libanais, c’est-à-dire Ondin Brezeanu (violon) et Roman Storojenco (violoncelle), tous les deux interprètes appliqués et familiers au public par leurs nombreuses et régulières prestations.
Trois mouvements (allegro, andante, vivace non troppo) pour une œuvre rare au XIXe siècle où triomphait plutôt le triple concerto de Beethoven... Œuvre brillante où, pour se rabibocher avec le virtuose Joseph Joachim, son ami de longue date avec lequel il s’était brouillé, Brahms, en guise de réconciliation, lui offre les plus belles pages de son inspiration. Tout en ne négligeant ni la part du violoncelle et encore moins les houles orchestrales qui répondent à un dialogue tendre, passionné et soutenu des cordes...
Pour conclure, à une cadence allant crescendo, du vif au fortissimo, montant progressivement en intensité et en densité, La Marche slave op 31 en si bémol majeur de Piotr Illich Tchaïkovski, le plus cosmopolite des compositeurs russes.
Composée pour les victimes serbes de la guerre russo-turque, cette œuvre aux accents patriotiques puise ses mélodies aux sources du folklore serbe et se termine, en apothéose, par l’hymne impérial russe de Dieu sauve le tsar.
Souverain Tchaïkovski qui a le sens de la mélodie, la nuance du rythme et l’éclatante beauté de l’orchestration.
Une petite ovation enthousiaste pour les dernières mesures, mais pas de bis. Salut et révérence des musiciens. Départ sans grand bruit d’un auditoire qui s’engouffre dans le froid piquant d’une nuit transparente au croissant de lune doré...


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