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Culture - Édition

Les anges, c’est aussi dans les romans...

À l’époque des fêtes, on les a croisés partout. Aussi bien dans les nefs des églises que dans les espaces des « malls » ou sur les crèches et sapins de Noël. On est tous, plus ou moins, dans la main et sous le regard d’un ange... Les romans s’en sont emparés aussi. Pour tant d’angélisme, à travers fiction ou reconstitution historique, cette romanesque parenthèse illustrative.

«La Vierge à l’enfant et deux anges» de Lippi.

Les anges descendus sur (et dans) les pages d’un roman. Pas toujours une annonciation heureuse ou pacifique... Entre les lignes des narrations et au cœur des trames, ils battent des ailes qui piquent toujours notre curiosité. En incarnations même parfois insolites, imprévisibles. On pense au «machiavélisme» d’Anne Rice, par exemple, qui les flanque dans les vapeurs ténébreuses de Vittorio le vampire. Et ne pensons pas au baroque de son livre, Interview, avec un vampire porté sur grand écran par Neil Jordan, avec une distribution fracassante réunissant Tom Cruise, Bratt Pitt, Antonio Banderas et Kirsten Dunst.


Mais ici on se contente d’une évocation moins violente ou sanguinaire. En catimini ou en volée houleuse, discrets ou intempestifs, avec leurs ailes d’archanges blancs, ces élus du ciel n’ont pas fini de nous faire rêver. Et on discutera en vain sur leur sexe. Comment s’entendre dès lors sur leur représentation?


Au hasard des lectures, et elles sont nombreuses, de La Course à l’abîme de Dominique Fernandez au Turquetto de Metin Arditi, en passant par les plumes de Bernard Werber, Julie Grelley et Dan Brown dont le dernier opus a été porté aussi sur grand écran par Ron Howard avec Tom Hanks, les anges ont la cote.


On les croise massivement, ces séraphins aujourd’hui. En cohortes denses et nourries dans le livre La passion Lippi de Sophie Chauveau (édition Télémaque, 332 pages). Comment en serait-il autrement quand on parle de Fra Filippo Lippi, l’un des plus grands peintres de la Renaissance? Et qui dit peinture de la Renaissance a en tête ces cupidons à la chevelure annelée et dorée, au sourire poupin, aux joues roses, aux petites fesses rondes et tendres comme des
oranges...


Peintre voyou, moine et libertin, qui puisait son inspiration des représentations religieuses dans les bouges les plus malfamés de Florence, Lippi est toujours entre couvent et prison, inspiration divine et quotidien bordélique. Bien sûr, on pense un peu à Caravage mais là n’est pas le propos.


Ici, les anges, chérubins adorables, joufflus, dodus, à la peau laiteuse et cotonneuse, sont les rois des toiles et l’éclatement de la joie d’un christianisme à la foi ardente. À travers la biographie, certes romancée de Filippo Lippi, revivent non seulement l’époque turbulente du mécénat des Médicis, mais la vie d’un peintre génial, qui a croisé la palette de Fra Angelico et qui fut le maître de Botticelli. Et de son chevalet s’est échappée une kyrielle d’anges à la peau diaphane...


Mais s’il fut un moine démis des ordres pour sa vie dissolue et ses frasques sexuelles (il engrosse une nonne et aura un fils, Filippino, qui deviendra lui aussi peintre), il n’en reste pas moins que ses Madones et ses Vierges à l’enfant Jésus sont auréolées d’angelots à la grâce lumineuse.


Dans les scènes de l’Annonciation à la Nativité, sous le pinceau de Lippi, les anges dansent une sarabande à la fois sereine et protectrice. En turbans, avec ailes déployées ou regard d’une innocence à qui on donnerait tout, ces anges restent le reflet des vivants. Des vivants que l’artiste croisait dans un quotidien trivial. Un quotidien qui ne s’est guère effarouché des turpitudes et qui n’a guère dédaigné, sans pudibonderie aucune, même avec des éclats de courage et de bravade, les plaisirs de la chair.


On serait tenté de dire aussi qui n’a guère dédaigné le droit à la vie. En tentant de tirer son épingle du jeu entre argent et pouvoir, pôles d’attraction et sources de toutes les corruptions. Même en cette période-là. Mais qu’est-ce qui a changé donc sous le soleil?


Sur un rythme de roman captivant et mené tambour battant (avec quatre années de recherche et de documentation), Sophie Chauveau restitue cette vie (soixante-trois ans de combat pour la paix du corps, de l’esprit et du chevalet) d’un peintre inspiré mais rebelle, citoyen déchu aux yeux des autorités religieuses d’alors. Mais aussi ange gourmand et ivre de la vie.


Les anges qu’il croquait sur ses toiles émanent sans nul doute d’une intériorité faite de pureté, d’immatérialité, d’un sens de l’élévation et d’innocence.


Les anges sont toujours là pour nous mener à la méditation, à la contemplation. Même cette légion de petits séraphins (non seulement dans les interlignes et paragraphes du récit de Sophie Chauveau) qu’on croise aujourd’hui sur les rampes d’un escalier, au haut d’une verrière, dans un complexe commercial ou tout simplement devant une étoile filante à l’entrée d’une crèche en papier «pollockien», entretient avec les passants un discours parfaitement... angélique! Tout cela donne de l’envol à l’esprit, de la légèreté à l’être, un soupçon d’un pan de ciel entre les cils, quelques pas sur un nuage blanc. Voilà une rêverie qui recompose une âme d’enfant...

Les anges descendus sur (et dans) les pages d’un roman. Pas toujours une annonciation heureuse ou pacifique... Entre les lignes des narrations et au cœur des trames, ils battent des ailes qui piquent toujours notre curiosité. En incarnations même parfois insolites, imprévisibles. On pense au «machiavélisme» d’Anne Rice, par exemple, qui les flanque dans les vapeurs ténébreuses de Vittorio le vampire. Et ne pensons pas au baroque de son livre, Interview, avec un vampire porté sur grand écran par Neil Jordan, avec une distribution fracassante réunissant Tom Cruise, Bratt Pitt, Antonio Banderas et Kirsten Dunst.
Mais ici on se contente d’une évocation moins violente ou sanguinaire. En catimini ou en volée houleuse, discrets ou intempestifs, avec leurs ailes d’archanges blancs, ces élus du ciel n’ont pas fini de nous...
commentaires (2)

Et c'est aussi dans les Amours !

SAKR LEBNAN

03 h 17, le 03 janvier 2013

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Commentaires (2)

  • Et c'est aussi dans les Amours !

    SAKR LEBNAN

    03 h 17, le 03 janvier 2013

  • Très très Bel article de M. DAVIDIAN !

    Antoine-Serge Karamaoun

    21 h 23, le 02 janvier 2013

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