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Nos lecteurs ont la parole

Salles d’attente ou sales attentes ?

Par Lina SINNO

Vous appelez pour prendre rendez-vous, c’est généralement une secrétaire qui ponctue ses phrases d’un immanquable « ya 3ayneh » ou d’un odieux « 7ayeteh » qui décroche, ou une autre qui, malgré un français qu’elle ne possède pas, insiste à vous parler franbanais, ou une troisième qui, avant que vous ne placiez un mot, vous balance, arrogante, qu’il n’y a pas de place avant un mois. Bref, votre rendez-vous enfin fixé, vous arrivez les jambes en coton chez votre dentiste.
Vous êtes déjà dans les vappes car vous avez avalé votre petite pilule magique, histoire d’avoir le « nerf » de subir une fraise qui grince sous votre nez. En salle d’attente, claquant justement des dents, fixant la porte que vous êtes tenté de prendre et filer, vous devenez galant et n’avez aucun problème à céder votre tour à tout le monde pourvu que le vôtre n’arrive pas.
Chez le généraliste :
Comme celui-ci soigne tous les maux ou presque, vous êtes en salle d’attente, ne sachant plus de quoi vous souffrez exactement. Vous demandez à tout hasard le prix de la consultation et hop, plus besoin de médecin, vous vous portez comme un charme.
Chez le gynéco :
Bien entendu, l’endroit est exclusif femmes, exception faite pour les hommes très amoureux qui ne peuvent lâcher leurs moitiés. Elles sont là à chater entre elles : Tu en es au quellième ? C’est une fille ? Décidé le prénom ? Choisie la layette ? Ca c’est le scénario classique, mais quand, innocente (?), la secrétaire se renseigne du mois de votre grossesse et que vous êtes là pour tout à fait autre chose par exemple, ce n’est pas joli, joli.
Chez la manucure :
Une dame en attente qui jette des regards sur sa voisine de chaise, louchant sur la couleur et la forme de ses ongles puis, lorsque l’attente se fait longue, elle se met à se ronger les sangs... et les ongles aussi.
Chez le chirurgien esthétique :
La secrétaire a un gros problème car se sont surtout des femmes qui viennent se faire « botoxer » ou s’« acidehyaluroniquer », ou consulter pour un éventuel lifting ? Ces femmes qui sont là, et aucune n’a envie de se retrouver nez à nez avec l’autre en salle d’attente. Tout un cinéma très féminin s’installe alors, un système de salles individuelles, de passages secrets et de portes qui s’ouvrent et qui se ferment pour enfin arriver à destination incognito.
Pour une formalité administrative :
Alors là, il y généralement une file classique et immanquablement le « abaday » pistonné qui vient couper, sans se gêner, le rang, présentant ses papiers en premier, avec de grands gestes, sous le nez du commun des mortels qui n’ose même pas broncher pour protester.
Chez le coiffeur :
Si certaines femmes sont là pour relever leurs cheveux en chignon, elles sont surtout prêtes à se les crêper à l’occasion. Car, contrairement à ce qui arrive chez le dentiste, gare à celle qui passe au shampoing avant l’autre. Et si, pendant l’attente, on propose un café à l’une et pas à la seconde, du coup, c’est sûrement une histoire de pourboire plus cossu ou bien que le garçonnet trouve l’une plus joliment fausse blonde que l’autre.
Dans les aéroports :
Il y a les geeks du shopping qui sont là des heures à l’avance, se promenant d’un duty free à l’autre. Il y a les anxieux qui arrivent encore plus tôt, se clouent à leur siège, tapent nerveusement du pied, marmonnant déjà des tirades entières de prières. Il y a la femme BCBG qui débarque avec son baise-en-ville signé Vuitton, ne daignant regarder personne, se dirigeant comme un gendarme vers le carré VIP boire sa flûte de champagne et fumer, s’il se trouve, sa mentholée. Puis, il y a le businessman qui débarque en trombe, quii a décidé de prendre l’avion in extremis, cellulaire scotché à l’oreille pour ne louper aucune fluctuation du stock market, cravate défaite, cheveux en bataille, valise qui baille ... Contrairement aux autres, celui-là n’attend pas mais se fait attendre à coups de pagings en boucle ....
Quant à moi, je ne me fais plus attendre et signe illico mon billet :

 

Lina SINNO

Vous appelez pour prendre rendez-vous, c’est généralement une secrétaire qui ponctue ses phrases d’un immanquable « ya 3ayneh » ou d’un odieux « 7ayeteh » qui décroche, ou une autre qui, malgré un français qu’elle ne possède pas, insiste à vous parler franbanais, ou une troisième qui, avant que vous ne placiez un mot, vous balance, arrogante, qu’il n’y a pas de place avant un mois. Bref, votre rendez-vous enfin fixé, vous arrivez les jambes en coton chez votre dentiste.Vous êtes déjà dans les vappes car vous avez avalé votre petite pilule magique, histoire d’avoir le « nerf » de subir une fraise qui grince sous votre nez. En salle d’attente, claquant justement des dents, fixant la porte que vous êtes tenté de prendre et filer, vous devenez galant et n’avez aucun problème à céder votre tour...
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