Sainte Thérèse d’Avila refusait, dit-on, l’entrée de son couvent aux filles laides.
« Le Bon Dieu mérite bien la beauté », disait-elle.
Elle aurait accueilli à bras ouverts sœur Suzanne Cousin si gracieuse, fine de surcroît et pleine d’humour. Au cours de son passage au Liban, elle a marqué par sa personnalité, son élévation morale, son discernement tous ceux qui ont eu la chance comme moi de collaborer avec elle. Elle avait l’autorité naturelle et ne recourait à aucun artifice pour vous impressionner. Elle était toujours disponible – on arrivait chez elle avec les soucis du quotidien, on repartait la tête pleine d’idées pour refaire le monde.
Son charme opérait jusqu’à l’ambassade de France ; elle avait toujours une raison très sérieuse pour obtenir un visa en urgence à l’un ou l’autre de ses anciens élèves.
La guerre ne l’avait pas ébranlée, elle l’avait au contraire attachée au Liban, et à ses familles libanaises avec lesquelles elle partageait les mêmes valeurs.
Educatrice visionnaire, elle dépassait l’ambition d’avoir de bons élèves : elle voulait davantage former de bons citoyens surtout pour ce cher Liban qu’elle voyait se défaire sous ses yeux.
Elle avait fait valser son collège au gré de la fantaisie des lanceurs d’obus. Durant les années de guerre, le collège passe de Solemar à Fanar, à Feytroun sans problème, aidée en cela par le soutien si précieux de Mlle Josette Kfoury. Le collège ne ferme jamais ses portes, les études continuent.
Son souci était ailleurs, elle voulait surtout faire du collège une école de vie. Elle était ainsi à l’écoute des jeunes et ne leur refusait pas la discussion politique. Elle voulait être informée pour aider les jeunes à réfléchir leur ardeur, leur épargner les déceptions, préserver leur équilibre. Elle voulait une jeunesse heureuse et souffrait de voir ces jeunes anciens rêver d’émigration.
C’est ainsi qu’a germé dans son esprit et dans celui d’un groupe d’anciennes qui l’entourait l’idée de fonder un Club socio-culturel et sportif qui deviendrait un lieu de ralliement pour les anciens, leurs amis et leurs familles... C’est ainsi que le Club « Les Créneaux » a pris naissance.
Ce Club, dont elle a voulu faire un lieu d’épanouissement physique et moral, un lieu d’échange et de dialogue pour les jeunes, pour que de la confrontation des idées naisse dans les esprits apaisés l’image d’un Liban meilleur.
Merci à celle sans laquelle rien de ce qui a été fait n’aurait pu l’être.
Puisse-t-elle veiller sur nous.
Mona GANNAGÉ


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