Édouard Saouma vient de s’éteindre après une vie bien remplie, émaillée de prouesses inédites.
J’ai eu le privilège de le connaître de près au début de sa carrière à la tête de l’Institut agricole de Tel Amara près de Rayak. D’emblée, il nous a impressionnés par sa rectitude et par son perfectionnisme. Il était à la fois craint et aimé par ses collaborateurs. Après sa nomination en Inde, il revient à Rome comme directeur général de la FAO pour un mandat de 6 ans qui fut renouvelé deux fois, fait inédit dans l’histoire d’une organisation internationale. Son aide aux pays démunis lui assura un soutien massif, en dépit de l’opposition de grandes puissances. Une salle de la FAO à Rome porte le nom d’Édouard Saouma.
Les qualités qu’on lui reconnaissait étaient à la fois la loyauté, la fermeté et la propension au dialogue. Il fut l’invité privilégié de plusieurs pays. Sa maison est truffée de ses photos avec les grands du monde. Le président Mitterrand l’avait élevé au grade de commandeur de la Légion d’honneur. Fidel Castro lui envoyait une caisse de « Cohiba » tous les ans, dont profitaient quelques amis libanais. Même après sa retraite, Castro continuait à lui envoyer ces cigares avec la mention Fidel reste fidèle.
Ses mérites au Liban furent reconnus par les présidents qui se sont succédé à la tête de l’État. Au début de son mandat, en 1970, le président Frangié lui proposa d’être membre du premier ministère de son mandat. Il refusa pour rester fidèle à sa mission à la FAO. Le président Hraoui ne put le convaincre d’être ministre de l’Agriculture, poste qui fut confié à un de ses anciens collaborateurs intimes, M. Adel Cortas.
Édouard Saouma m’a renouvelé sa confiance et son amitié en insistant pour m’avoir auprès de lui en France, il y a 10 ans, pour une importante opération chirurgicale qu’il a subie avec succès et qui m’a permis d’être témoin de sa ténacité et de son courage.
Il fut comblé dans sa vie par une femme exceptionnelle et par deux filles et un garçon remarquables par leur fidélité aux grandes qualités de notre cher disparu.
Professeur Antoine GHOSSAIN


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