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Agenda - Vient De Paraître

Le « Biinomikon », ou les deux livres des jurisconsultes

Au terme de quatre ans de recherche, Mireille Issa et Joy Tabet livrent au lecteur le troisième volume de la trilogie à laquelle ils s’étaient attachés. Le Biinomikon sive de iurisperitis libri duo s’inscrit dans la suite de deux traductions précédentes, le De metropoli Beryto (1662), œuvre du brillant humaniste allemand Johann Strauch, et le De Berytensi jureconsultorum academia (1716) de Jacques Hasée, docteur en droit civil et en droit canon, et professeur de philosophie morale à l’Athénée de Brême. Strauch et Hasée invitent à reconsidérer la triple Antiquité phénicienne, romaine et chrétienne de Beyrouth, dont ses propres fils semblent ignorer encore le rayonnement séculaire : immense chantier que le Biinomikon de Jean Bertrand († 1594), juriste du XVIe siècle et président au Parlement de Toulouse, vient tout juste couronner.
Parue en 1617, sur l’imprimerie du Roi et de l’Académie de Toulouse, l’œuvre de Jean Bertrand offre, comme l’explicite le sous-titre Les deux livres des jurisconsultes, une galerie exhaustive des conseillers juridiques les mieux connus de l’Antiquité, entre autres Scævola, Sextus Pomponius et Papinien. Le recueil biographique nous livre ainsi un témoignage prodigieusement riche, dont se serviront hommes de loi, hommes de lettres et de classicisme, en vue de tirer le meilleur profit pour un avenir qu’ils souhaitent être à la hauteur de ce passé admirablement ressuscité. On reverra que Domitius Ulpien tire son origine de la Phénicie, « très splendide colonie des Tyriens » (splendidissima Tyriorum colonia), que la jurisprudence et l’enseignement des lois furent un privilège d’exception accordé à l’École de droit de Béryte, « nourricière des lois » (nutrix legum), comme Justinien se plaît à la surnommer au début du Digeste, ou mieux encore « patrie des lois » (patria legum), métaphore de Constantin et, sous la plume de Sidoine Apollinaire, « domicile des lois » (domicilium legum), où s’illustre Tryphille, évêque de Lèdres, hissé par Sozomène en champion d’éloquence et de sagesse.
Les trois auteurs semblent avoir mieux compris l’existence de Béryte, à la stupéfaction de la postérité locale qui ne saurait que déplorer l’aridité entachant sa formation académique. La ville est, maintenant, oublieuse de son passé, rude faille qu’il ne faut pas moins de trois érudits pour combler. Le De metropoli Beryto, le De Berytensi jureconsultorum academia et le Biinomikon attestent un humanisme européen assoiffé de gloire vétuste, qu’il finit par retrouver dans l’histoire millénaire de la métropole phénicienne. Si les magistrats repèrent leur matière dans l’information biographique et juridique du copieux inventaire, les penseurs, les historiens et les anthropologues apprécieront à coup sûr les realia qu’ils y moissonnent à pleines mains. « Le Biinomikon est porteur d’un message d’un humanisme universel » : ainsi le disent, dans leur conclusion, les deux auteurs, qui estiment que les anciens, fidèles fervents du temple de Justitia, auraient non seulement mieux codifié leur vie, mais aussi plus dignement savouré littérature et histoire.
Les générations actuelles ne doivent rien avoir à envier à la civilisation des ancêtres, ni à celle de Jean Bertrand, savant chevalier, fier aussi bien de ses nobles racines médiévales que de ses sages contributions à la législation. Les tourmentes meurtrières qui ensanglantent la France de la Renaissance n’ont point empêché l’illustre parlementaire de saluer le passé mémorable d’une ville qui n’est pas sienne. À nous de comprendre la leçon.
Au terme de quatre ans de recherche, Mireille Issa et Joy Tabet livrent au lecteur le troisième volume de la trilogie à laquelle ils s’étaient attachés. Le Biinomikon sive de iurisperitis libri duo s’inscrit dans la suite de deux traductions précédentes, le De metropoli Beryto (1662), œuvre du brillant humaniste allemand Johann Strauch, et le De Berytensi jureconsultorum academia (1716) de Jacques Hasée, docteur en droit civil et en droit canon, et professeur de philosophie morale à l’Athénée de Brême. Strauch et Hasée invitent à reconsidérer la triple Antiquité phénicienne, romaine et chrétienne de Beyrouth, dont ses propres fils semblent ignorer encore le rayonnement séculaire : immense chantier que le Biinomikon de Jean Bertrand († 1594), juriste du XVIe siècle et président au Parlement de Toulouse, vient...