Le président américain, Barack Obama, a été reçu hier avec sa secrétaire d’État, Hillary Clinton, par le roi de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej. Pete Souza/Maison-Blanche/Reuters
Un rendez-vous avec l’histoire que certains groupes de défense des droits de l’homme jugent prématuré, mais que M. Obama a défendu, expliquant que sa visite ne constituait pas un blanc-seing au gouvernement du président Thein Sein. Si le pouvoir a montré une « volonté claire de mener de nouvelles réformes » politiques, « je ne pense pas que quiconque soit dans l’illusion que la Birmanie y soit déjà parvenue », a-t-il relevé. Le président américain a estimé que sa visite était une manière de « reconnaître qu’il se passe quelque chose (...) que personne n’avait imaginé ».
Le président fraîchement réélu est ainsi arrivé en début d’après-midi en Thaïlande. Après une brève visite du Wat Pho, l’un des plus beaux temples de la capitale, il a été reçu avec la secrétaire d’État Hillary Clinton par le roi Bhumibol Adulyadej, plus ancien monarque en exercice dans le monde, révéré par beaucoup de ses sujets et considéré, à 84 ans, comme l’un des piliers de l’unité du pays. Il s’est ensuite entretenu avec la Première ministre Yingluck Shinawatra, notamment de la lutte contre le trafic de stupéfiants et le terrorisme. Il doit se rendre ce soir à Phnom Penh, capitale du Cambodge, au terme de sa courte étape birmane, pour assister au sommet de l’Asie de l’Est. Avant de rentrer aux États-Unis où l’attend un agenda intérieur particulièrement chargé.
En attendant, Rangoun se faisait belle hier en prévision de l’arrivée de M. Obama, signe que la vie, un an et demi après le départ de la junte, n’y est déjà plus tout à fait la même. Ainsi, une peinture murale montre un Obama hilare et des drapeaux de la bannière étoilée flottent dans les rues. M. Obama doit y rencontrer son homologue Thein Sein, qui a multiplié les réformes depuis la dissolution de la junte en mars 2011, et l’opposante Aung San Suu Kyi, dont le nouveau statut de députée est l’un des symboles des changements spectaculaires en cours. Il prononcera ensuite un discours à l’université de Rangoun, haut lieu des mouvements étudiants à l’origine notamment des émeutes de 1988. La dure répression qui avait suivi avait entraîné l’isolement international de la Birmanie pendant deux décennies. Autres signes de détente, le pouvoir birman a annoncé hier que le pays va mettre en place un mécanisme pour examiner les cas de prisonniers politiques et va permettre à nouveau à la Croix-Rouge de visiter les prisons. De même, le président Thein Sein signera un protocole-clé de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), permettant l’inspection de sites suspects, selon un communiqué publié sur le site officiel de la présidence.
Génocide ?
Par ailleurs, les forces de sécurité locales birmanes ont tué des villageois musulmans et en ont attaqué d’autres qui tentaient de fuir les violences communautaires le mois dernier dans l’ouest du pays, a affirmé hier Human Rights Watch (HRW). Des forces de l’ordre de l’État Rakhine ont tué des membres de la minorité ethnique des Kamans dans la commune de Kyauk Pyu pendant que des soldats « regardaient », selon HRW. Des gardes-frontières ont de leur côté « sévèrement frappé » des dizaines de membres de la minorité musulmane apatride des Rohingyas, qui tentaient de rejoindre en bateau la capitale de l’État Rakhine, Sittwe. HRW explique cependant que dans certaines circonstances, les forces de sécurité ont protégé les musulmans en tirant en l’air pour décourager les attaques des bouddhistes et leur ont fourni eau et nourriture. Selon des images satellites utilisées par HRW, plusieurs districts rohingyas ont subi des destructions majeures. L’organisation a aussi noté des descriptions de violences « horribles » dans deux camps de réfugiés, notamment des décapitations et des meurtres de femmes et d’enfants.
De son côté, l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean), dont la Birmanie est membre, s’est gardée hier d’endosser les accusations de « génocide » contre la minorité apatride des Rohingyas, proférées la veille par l’Organisation de la coopération islamique (OCI).
(Source : AFP)

