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Liban

Dès aujourd’hui, les sinistrés de Fassouh recevront le solde des indemnités

Après dix mois d’attente, les habitants de l’immeuble de Fassouh, qui s’était effondré en janvier dernier, recevront les indemnités promises par l’État libanais.

Les opérations de sauvetage et de déblaiement s’étaient poursuivies durant plusieurs jours en janvier dernier.

L’effondrement de l’immeuble de Fassouh, le 15 janvier dernier, avait fait 27 morts et d’importants dégâts matériels.
Lors du drame, ministres, députés et autres leaders politiques s’étaient précipités sur les lieux de la catastrophe, avaient blâmé les propriétaires du bâtiment et promis, bien sûr, des indemnités aux sinistrés.


Mais ce n’est que maintenant, dix mois plus tard, que l’État se décide à verser les indemnités. Cela a été possible grâce à l’intervention du chef de l’État Michel Sleiman, qui a évoqué le dossier lors du dernier Conseil des ministres. Quelques jours plus tôt, il avait reçu la visite de Michel Pharaon, député d’Achrafieh, qui suit de près le dossier de Fassouh et qui l’avait informé que les habitants de l’immeuble sinistré attendaient toujours que les promesses de l’État se concrétisent.


Lors du premier Conseil des ministres ayant suivi la catastrophe de Fassouh, il avait été décidé de verser deux ans de loyer à chaque famille ayant perdu sa maison, trente millions de livres pour chaque vie perdue dans l’immeuble ainsi que des indemnités diverses aux personnes ayant eu des appartements ou des voitures endommagés. 
Jusqu’à présent, l’État a payé l’équivalent d’un an de loyer aux ménages sinistrés, soit 9 000 dollars, et dix millions de livres afin de leur permettre d’acheter de nouveaux meubles.
C’est à partir d’aujourd’hui que les familles recevront le reste des sommes promises.
Seule la Fondation Béchir Gemayel, qui avait organisé un téléthon une semaine après la catastrophe, avait versé rapidement des fonds aux sinistrés, et cela grâce aux dons de particuliers et d’entreprises, solidaires des victimes de Fassouh.


La Fondation Béchir Gemayel avait réussi à collecter exactement 465 432 dollars. Elle avait également recueilli 40 000 dollars en nature (articles électroménagers, meubles, matelas,...). Elle s’était aussi portée partie civile pour défendre les intérêts des habitants de l’immeuble sinistré.
Les familles avaient reçu des sommes variant entre 10 000 et 85 000 dollars en fonction de leurs pertes. 
Youmna Gemayel, directrice exécutive de la Fondation Béchir Gemayel, souligne dans ce cadre que l’institution qu’elle représente « a agi rapidement ». « Au bout d’un mois, les fonds ont été versés, indique Youmna Gemayel. Nous avons indemnisé chaque famille selon ses pertes. Nous n’avons pas fourni uniquement de l’aide matérielle, mais aussi une écoute psychologique et une présence. » Actuellement, les avocats sont en négociations avec les propriétaires de l’immeuble, Claude et Michel Saadé, afin que ces derniers indemnisent les sinistrés, évitant ainsi une longue procédure judiciaire.

Absence de suivi médical
Gladys Nehmé, qui a perdu son père Tanios et ses trois frères, Jihad, Charbel et Farhat, souligne qu’à « part l’aide de la Fondation Béchir Gemayel, ma mère Jeanne d’Arc n’a reçu qu’une partie des indemnités promises ». « Nous n’avons toujours pas de maison. Nous nous déplaçons entre les domiciles de mes deux sœurs mariées, dit-elle. Il semble que le Haut Comité de secours n’avait pas d’argent à nous verser, c’est le ministère des Finances qui a pris la décision de débloquer les fonds », ajoute-t-elle.


Jacques Géara a perdu son père Joseph dans l’effondrement du bâtiment. Il souffre de plusieurs blessures qui nécessitent un long traitement, notamment à l’œil, à la jambe et à la colonne vertébrale.
Jusqu’à présent, il ne peut pas conduire sa voiture pour se rendre à son travail à Badaro. De plus, après le drame, il a déménagé avec sa mère dans son village natal de Habil dans le jurd de Jbeil. Jacques devrait louer prochainement un petit appartement dans le secteur de Jeitaoui.


« L’État n’a payé qu’un an de loyer et dix millions de livres pour nous aider à acheter de nouveaux meubles. Mon premier séjour à l’hôpital, juste après l’effondrement du bâtiment, avait été couvert par le ministère de la Santé... pas les autres. » Jacques a assumé lui-même le coût des opérations chirurgicales nécessaires à son œil et à sa jambe. La dernière intervention chirurgicale date de juillet dernier. Le ministère n’a pas couvert le prix des médicaments ou encore les 60 séances de physiothérapie qui ont coûté chacune 50 000 livres. « La Caisse nationale de Sécurité sociale m’a versé 7 000 livres par séance, et cela après maintes négociations. D’autres physiothérapies ont coûté 80 dollars l’une et n’ont pas été couvertes par la CNSS », indique-t-il.


Il convient de préciser qu’après les explosions ou les accidents similaires à celui de Fassouh, le ministère de la Santé s’est engagé, par le biais du ministre – qui intervient normalement devant les caméras de la télé sur les lieux du drame –, à soigner tous les blessés gratuitement. Or, une fois que les victimes quittent l’hôpital, le ministère ne leur assure pas leurs médicaments ou leur suivi, même s’il nécessite d’autres hospitalisations.

Le Haut Comité de secours ne dispose pas de fonds
Il faut aussi savoir que le Haut Comité de secours (HCS) ne dispose pas de fonds. C’est le ministère des Finances qui décide de lui attribuer des sommes selon les besoins. Cette décision est prise en Conseil des ministres.
Le conseiller de presse du ministre des Finances Mohammad Safadi, Antoine Constantine, note que « le ministère a alloué la semaine dernière la somme d’un milliard et demi de livres au HCS qui devrait lui-même diviser les fonds selon ses besoins. Cette somme devrait inclure les indemnités aux sinistrés de Fassouh ». 
À la question de savoir pourquoi ce fonds a tardé à être attribué, M. Constantine souligne que « les allocations se font sur base d’une décision du Conseil des ministres ». « De plus, comme le budget de 2012 n’a toujours pas été voté, M. Safadi ne peut pas agir sans le feu vert du gouvernement », précise-t-il. 
Si les indemnités ne sont parvenus aux sinistrés qu’au bout d’une semaine, c’est pace qu’elles doivent transiter par la Banque du Liban avant d’arriver au Haut Comité de secours.
Mais quelle somme versera-t-on aux rescapés de Fassouh ? Élie Khoury, coordinateur du HCS, souligne qu’un mois après le drame, l’organisme qu’il représente avait versé l’équivalent d’un an de loyer ainsi que dix millions de livres aux familles. Il reste à indemniser les propriétaires des voitures endommagées, des magasins qui avaient été obligés de fermer leurs portes et quelques voisins dont les appartements avaient été touchés par la catastrophe. Il faut aussi payer la deuxième année de loyer. Le Haut Comité de secours paiera aussi les indemnités promises aux personnes ayant perdu des membres de leur famille.

Les ouvriers étrangers tués 
La question des indemnités relatives aux personnes ayant perdu la vie se pose surtout au niveau des étrangers, quinze d’entre eux ayant péri dans l’effondrement de Fassouh. On ignore toujours si les familles de ces personnes, notamment de nationalités égyptienne, soudanaise et philippine, seront indemnisées. On ne sait pas également si leurs corps avaient été rapatriés ou même si tous les cadavres d’ouvriers étrangers avaient été retrouvés et enterrés.
Le coordinateur général du bureau du député Michel Pharaon, Gaby Kattini, note que des indemnisations seront versées « à huit propriétaires de voitures, deux épiciers, un marchand des quatre-saisons et un boulanger qui ont arrêté de travailler durant plusieurs jours à cause du drame, ainsi qu’à trois familles vivant dans un immeuble voisin et dont les appartements avaient été endommagés ».


Pour sa part, le député Michel Pharaon souligne que les habitants ont déjà attendu dix mois pour être indemnisés, que le suivi a été effectué avec le Haut Comité de secours par le biais de son bureau et qu’il s’était même rendu la semaine dernière auprès du chef de l’État, Michel Sleiman, pour qu’une solution soit trouvée.
Aujourd’hui, les anciens habitants de l’immeuble sinistré de Fassouh recevront les indemnités promises, mais en dix mois ils ont dû faire avec les promesses non tenues et ont tenté, comme toujours dans ce pays, de se contenter des moyens de bord, ne comptant, comme la plupart des Libanais, que sur eux-mêmes... et la Providence.

 

Pour mémoire

Fassouh, trois mois après la catastrophe

 

Albert Yazbeck, 28e victime de l’effondrement de Fassouh

 

L’effondrement de l’immeuble de Fassouh, le 15 janvier dernier, avait fait 27 morts et d’importants dégâts matériels.Lors du drame, ministres, députés et autres leaders politiques s’étaient précipités sur les lieux de la catastrophe, avaient blâmé les propriétaires du bâtiment et promis, bien sûr, des indemnités aux sinistrés.
Mais ce n’est que maintenant, dix mois plus tard, que l’État se décide à verser les indemnités. Cela a été possible grâce à l’intervention du chef de l’État Michel Sleiman, qui a évoqué le dossier lors du dernier Conseil des ministres. Quelques jours plus tôt, il avait reçu la visite de Michel Pharaon, député d’Achrafieh, qui suit de près le dossier de Fassouh et qui l’avait informé que les habitants de l’immeuble sinistré attendaient toujours que les...
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