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Moyen Orient et Monde

Dévastée, Alep ne fêtera pas l’Aïd al-Adha

Reportage
OLJ
26/10/2012
Comme de nombreux Syriens vivant dans des zones de combats, Abou Hamid fera l’impasse cette année sur la célébration de l’Aïd al-Adha, une des fêtes musulmanes les plus sacrées. La seule chose qui préoccupe ce petit commerçant d’Alep est de rester en vie. « Il n’y aura pas de fête, pas de célébration cette année », déclare-t-il sur un marché aux moutons installé à la lisière d’Alep, théâtre depuis plus de trois mois de combats entre rebelles et armée régulière. « J’ai peur de mourir », ajoute-t-il, en expliquant que des bombardements et des raids aériens l’ont forcé à quitter sa maison de famille à Alep pour venir camper avec ses cinq enfants, sa femme et des parents dans son échoppe à la périphérie de la ville.
Sur le marché aux moutons, les ventes sont rares à quelques jours de l’Aïd, la fête du sacrifice, durant laquelle les familles égorgent traditionnellement un mouton pour nourrir parents et invités et pour faire un don aux plus défavorisés. « Je suis venu au marché seulement pour passer le temps et voir ce qui s’y passe, mais je ne peux pas acheter de mouton parce que je n’ai pas d’argent », confie Abou Hamid. Des moutons de toutes tailles sont à vendre, mais peu de clients s’y intéressent et encore moins en achètent. « Cette année ne sera pas comme les autres. Cette année, il n’y aura pas d’Aïd en Syrie », déplore Mohammad Aasi, 20 ans, propriétaire d’un magasin de vêtements à Alep. « Je suis venu acheter un mouton, mais je ne trouve pas ce que je cherche. Les prix sont trop élevés. Nous parlons de 15 000 livres syriennes (220 dollars). L’année dernière, c’était entre 11 000 et 12 000 livres », dit le jeune homme. « Les gens n’ont pas d’argent, même pour acheter de nouveaux vêtements, et il n’y aura rien de spécial, tout le monde est tellement triste », ajoute-t-il.
Dans une rue commerçante, Oum Ahmad, vêtue de noir et entièrement voilée, fait les courses avec ses sœurs et sa plus jeune fille pour acheter des chaussures d’hiver. Elle ne s’attend pas à un Aïd très joyeux. « Nous ne faisons que survivre. J’ai emprunté de l’argent à mon frère juste pour pouvoir manger. Les écoles sont fermées à Alep et les enfants sont toute la journée à la maison. Je ne les laisse même pas aller s’acheter des sucreries tellement j’ai peur », ajoute cette femme âgée de 36 ans. Le magasin de chaussures est petit et humide, éclairé par la seule lumière du jour qui filtre par la vitrine. Hamoud Mohammad Ali, un ami du propriétaire, affirme qu’il n’y a pas d’électricité depuis deux jours. « Il n’y a pas de travail, pas d’argent. Tout est trop cher et nous ne pouvons même pas quitter le quartier à cause des tireurs embusqués. Il y a deux jours, par exemple, un homme âgé de 30 ans a voulu le tenter. Il a été tué par balle par un des tireurs postés sur les immeubles les plus hauts. »
À l’hôpital de campagne d’Alep, un administrateur semblait toutefois percevoir une accalmie dans les combats à la veille de l’Aïd. « Il n’y a pas beaucoup de combats aujourd’hui », dit-il, précisant n’avoir reçu que six blessés. Dans le hall encombré, deux médecins posent des points de suture sur un homme blessé par des éclats d’obus à la tête. Le sol est recouvert de traînées de sang.
© AFP

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