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Moyen Orient et Monde - Turquie

La sauvagerie de l’armée n’est plus un tabou

Jusque-là, la gêne et surtout la crainte ont empêché le phénomène d’éclater au grand jour. Pour la première fois, une enquête indépendante publiée hier a brisé le tabou des violences infligées aux jeunes appelés de l’armée turque pendant leur service militaire.
Orhan a 24 ans mais les manières balbutiantes et les mots rares d’un garçon qui n’en a que la moitié. Il y a trois ans, pendant son séjour sous les drapeaux, le jeune homme a été passé à tabac par un capitaine et un sergent qui en avaient fait leur souffre-douleur. Il en est revenu brisé et handicapé. Aujourd’hui encore, Orhan peine à trouver les mots pour raconter son calvaire. « Ils m’ont battu deux, trois jours de suite. Des coups de pied, des gifles, ils m’ont battu aussi avec des bâtons, ânonne-t-il. Avant, je faisais tous les boulots. Maintenant, ma hanche est cassée, je ne peux plus travailler (...), je suis à la maison et je prie. »
Jugé par un tribunal militaire, le sous-officier qui l’a passé à tabac a été condamné à six mois de prison avec sursis et une amende de 3 000 livres (1 250 euros), ramenés à 1 500. L’officier qui l’a couvert a été relaxé. Même s’il ne se fait guère d’illusion sur l’issue de leur procès en appel, son père reste déterminé. « Je n’ai rien contre les militaires, mais je veux que ceux qui ont fait ça soient punis, il ne trouvera plus jamais de travail , plaide Musa Abravci, on ira jusqu’au bout, jusqu’à la mort s’il le faut, pour avoir un jugement et pour obtenir justice. »
Aydin Kantar est un autre père en colère. Son fils Ugur est mort en octobre 2011. Mis aux arrêts dans une prison militaire du nord de l’île de Chypre après une dispute avec un autre soldat, il y a été torturé pendant sept jours. Pour toute explication, l’état-major s’est contenté de l’informer par téléphone que son fils avait été victime d’une crise d’épilepsie. « Quand mon fils est arrivé à l’hôpital, ses lèvres étaient gonflées comme un tambour, on aurait dit qu’on l’avait ébouillanté. Plus de vingt témoins ont vu ce qu’ils lui ont fait. Mais rien de tout ça ne figurait dans le rapport, pleure Aydin Kantar. Je ne veux plus que des parents vivent encore ça, que des jeunes meurent juste parce qu’ils font leur service militaire. »
En Turquie, ceux qui osent rompre publiquement le silence pour rapporter les violences faites aux 400 000 jeunes enrôlés sous les drapeaux ne sont encore qu’une poignée. Mais le mur a commencé à se fissurer. Depuis avril 2011, les bénévoles de l’Initiative pour les droits des appelés ont recueilli plus de 600 témoignages sur leur site internet. Des insultes aux tortures, en passant par les brimades, les humiliations ou les privations de toutes sortes. Les 432 premières sont dévoilées dans toute leur brutalité dans le rapport publié hier. La partie émergée de l’iceberg. « Les chiffres que nous publions sont sûrement très en deçà de la réalité », assure l’un des initiateurs du projet, Tolga Islam. « Nous avons tous été dans l’armée, tout le monde sait bien ce qu’il s’y passe, ajoute-t-il, mais les gens ont encore peur de l’armée (...), c’est difficile de casser la loi du silence d’un seul coup, mais on est en train d’y arriver. » Pour preuve, la récente sortie d’un des chefs du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, Yardimcisi Hüseyin Çelik, qui a suggéré publiquement que tous les appelés étaient abusés dans l’armée.
Grâce à ce rapport et aux plaintes déposées devant la Cour européenne des droits de l’homme, les animateurs de l’Initiative espèrent désormais convaincre leurs députés, jusque-là très prudents, de passer vraiment à l’action. Rendez-vous a également été pris avec le ministre de la Défense. « L’armée nous a dit que les cas que nous citons sont des exceptions. C’est exactement ce que répondait la police aux accusations de torture dans les années 1990. Il faut que cela cesse », note un autre animateur du projet, Yigit Aksakoglu. « Aucun des députés que nous avons rencontrés n’a émis de critique sur notre projet, relève-t-il avec optimisme, c’est un bon signe. »
(Source : AFP)
Jusque-là, la gêne et surtout la crainte ont empêché le phénomène d’éclater au grand jour. Pour la première fois, une enquête indépendante publiée hier a brisé le tabou des violences infligées aux jeunes appelés de l’armée turque pendant leur service militaire.Orhan a 24 ans mais les manières balbutiantes et les mots rares d’un garçon qui n’en a que la moitié. Il y a trois ans, pendant son séjour sous les drapeaux, le jeune homme a été passé à tabac par un capitaine et un sergent qui en avaient fait leur souffre-douleur. Il en est revenu brisé et handicapé. Aujourd’hui encore, Orhan peine à trouver les mots pour raconter son calvaire. « Ils m’ont battu deux, trois jours de suite. Des coups de pied, des gifles, ils m’ont battu aussi avec des bâtons, ânonne-t-il. Avant, je faisais tous les...
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