L’amitié qui nous liait se passait de mots et s’exprimait souvent par « des actes d’amitié » quand parfois l’un avait besoin de l’autre. Cette amitié était sincère, désintéressée et rare. Lorsque tu LE rencontreras, dis-lui de ne plus arracher aussi brutalement un ami à son ami. Je vais regretter ton humanisme, ton humour cinglant et surtout cette fougue que tu mettais à exprimer ton souci sur le devenir de notre pays. Ne crois surtout pas que tu seras hors de ma pensée parce que tu es maintenant hors de ma vue. Entre nous, le fil n’est pas coupé, tu n’es passé que dans la pièce à côté. Je vais tendre l’oreille au cas où tu aurais un de tes commentaires pertinents à me faire sur LUI et les raisons qu’Il avance pour nous reprendre les êtres qui nous sont chers.
Joe FAKHR
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Il est des géants dont le départ rétrécit le monde.
Il est des maîtres qui, par la parole et l’exemple, ont montré des routes, même au milieu des pires chaos.
C’était la guerre, un round de plus au compteur, et nous étions en cinquième année de médecine, concours d’internat et les murs de l’Hôtel-Dieu en guise de remparts contre l’absurdité.
Ils étaient une poignée de la « vieille école » à nous apprendre un métier au milieu de conflits où la vie d’un homme ne valait plus grand-chose. Fouad, Émile, Marie-Claire, Camille, Élie, Fernand et les autres.
Stage de radiologie, et là, un homme, immense, calme, qui nous transmettait avec élégance son savoir. Entouré de machines, il nous montrait qu’en scrutant une radio, en lisant une échographie, il ne fallait jamais perdre de vue l’humain parce que c’est ce qu’il y a de plus important.
Je n’oublierai jamais la douceur avec laquelle il parlait à cette grand-mère paniquée, lui expliquant, comme à un enfant, les gestes qu’il allait exécuter. Une fois l’examen fini, il poussait l’élégance jusqu’à lui faire la conversation, prenant un ton léger, badin, juste pour la faire sourire.
À la pause autour d’un café, il savait parler d’Hippocrate, mais aussi de Renoir, de Mozart, de Feyrouz, de la dernière exposition qu’il avait vue à Paris. Nous démontrant qu’un médecin se doit d’être au milieu du monde pour mieux le comprendre et mieux le soigner.
Son œil rieur devenait tendre à la vue de sa fille Karine venue en costume d’école lui faire un petit coucou. Avec une délicatesse infinie, il lui prenait la main pour la raccompagner à la porte du service, loin des dangereux « rayons » où lui-même était plongé toute la journée.
Aujourd’hui avec son envol, l’éternité est encore plus immense.
Dr Noha BAZ


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