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Économie - France

Les banlieues misent sur le fonds qatari, au risque d’être déçues

« Tout le monde s’excite » autour du fonds qatari pour les quartiers déshérités, mais le réveil risque d’être brutal dans les banlieues où il suscite d’énormes espoirs, redoutent les acteurs de terrain.
« Ça s’excite de partout, alors qu’il n’y a rien de concret », s’insurge ainsi Fouad Sari, secrétaire de l’Association nationale des élus pour la diversité (Aneld). « On reçoit des dossiers, des dossiers... Mais concrètement, on ne sait rien, même pas l’échéancier », poursuit cet élu écologiste de l’Essonne. À la suite d’une visite de représentants de l’Aneld au Qatar fin 2011, le petit émirat avait annoncé qu’il investirait 50 millions dans les banlieues françaises. Le 20 septembre, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a indiqué que ce fonds serait abondé par des acteurs français et servirait aux quartiers déshérités, sans donner plus de détails.
Depuis, des chiffres non confirmés allant jusqu’à la somme fantaisiste d’un milliard d’euros (sur le site Atlantico.fr) ont circulé et les acteurs politiques se sont emparés du débat. Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) a tonné contre une « colonisation par l’argent », Marine Le Pen (FN) contre le « cheval de Troie de l’islamisme ». À l’UMP, plusieurs voix ont souhaité une commission d’enquête parlementaire sur les investissements du Qatar en France.
Cet emballement a suscité un regain d’intérêt dans les banlieues. Depuis le retour du fonds sur le devant de la scène, l’Aneld reçoit chaque jour des dizaines de dossiers de personnes qui souhaitent créer ou relancer leur entreprise avec cet argent. Faute de pouvoir leur répondre, le président de l’association, Kamel Hamza (UMP), ne répond plus au téléphone quand il ne connaît pas le numéro. « On a suscité un énorme espoir, dit-il. Aujourd’hui, je ressens de l’incompréhension. J’espère que cela ne va pas se muer en désespoir. » Soulignant que le Qatar a investi dans le Paris Saint-Germain et plusieurs grandes entreprises, il note, amer : « Les joueurs du PSG n’ont pas fait pousser leur barbe, les employées de LVMH ne portent pas le voile... L’argent est bon pour le CAC 40 mais devient suspect quand il va vers les banlieues. »
Pourtant, les entrepreneurs des quartiers sensibles ont plus besoin de financements que les autres, estime Majid el-Jarroudi, délégué général de l’Agence pour la diversité entrepreneuriale (Adive). Selon lui, « il y a plus de créations d’entreprises en banlieue qu’en moyenne en France, mais le taux de défaillance y est plus élevé car les entrepreneurs n’ont pas accès aux crédits des banques ».
« Si les fonds avaient été russes, chinois ou japonais, les gens se seraient précipités de la même manière », rappelle-t-il, en regrettant un débat « surréaliste ». Pour lui, « ce n’est pas responsable de lancer des chiffres qui font tourner les têtes et de ne rien donner de concret ensuite ». « Je me sens un peu trahi », confirme Mohammad Khemliche qui a « passé du temps pour faire un business plan » dans l’espoir de décrocher 300 000 euros pour créer son entreprise de réparation d’ascenseurs. « L’argent vient du Qatar, et alors ? L’argent n’a pas d’odeur dans un contexte de chômage qui progresse », estime ce quadragénaire de Seine-Saint-Denis en déplorant une polémique « stupide et injuste ».

(Source : AFP)
« Tout le monde s’excite » autour du fonds qatari pour les quartiers déshérités, mais le réveil risque d’être brutal dans les banlieues où il suscite d’énormes espoirs, redoutent les acteurs de terrain.« Ça s’excite de partout, alors qu’il n’y a rien de concret », s’insurge ainsi Fouad Sari, secrétaire de l’Association nationale des élus pour la diversité (Aneld). « On reçoit des dossiers, des dossiers... Mais concrètement, on ne sait rien, même pas l’échéancier », poursuit cet élu écologiste de l’Essonne. À la suite d’une visite de représentants de l’Aneld au Qatar fin 2011, le petit émirat avait annoncé qu’il investirait 50 millions dans les banlieues françaises. Le 20 septembre, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a indiqué que ce fonds serait abondé...
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