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Moyen Orient et Monde - Révolte

Les souks historiques d’Alep au cœur des combats

Ban appelle le régime syrien « à montrer de la compassion pour son propre peuple » ; au moins 120 morts hier.

De violents combats entre rebelles et soldats avaient repris hier soir aux abords des souks d’Alep, joyau historique de la deuxième ville de Syrie. Photo Handout/S.N.N/Reuters

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, a accusé les États-Unis d’œuvrer à la chute du régime de Damas en se saisissant du prétexte des armes chimiques comme ils l’ont fait en Irak, lors d’une interview accordée à la chaîne el-Mayadeen au siège de l’ONU à New York en marge des réunions de l’Assemblée générale. « Ces armes chimiques en Syrie, si elles existent, et je dis bien si elles existent, comment est-il possible que nous les utilisions contre notre propre peuple ? C’est du n’importe quoi », a-t-il affirmé selon des extraits de l’entretien diffusés par la chaîne, résolument antiaméricaine et anti-israélienne. « Mais, a-t-il précisé, cela ne veut absolument pas dire que la Syrie détient un stock d’armes chimiques ou qu’elle a l’intention d’utiliser ces armes contre son peuple (...) c’est une chimère qu’ils ont inventée pour lancer une campagne contre la Syrie semblable à ce qu’ils ont fait en Irak. » L’argument de Washington de la présence d’armes de destruction massive en Irak avait en effet servi à justifier l’invasion de ce pays en mars 2003. Cet argument s’était ensuite avéré faux. En attendant, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a une nouvelle fois mis en garde hier Damas contre la tentation d’utiliser son arsenal d’armes chimiques, affirmant que cela aurait « des conséquences très néfastes », s’exprimant avant une réunion consacrée au 15e anniversaire de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques organisée en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, et rappelant dans la foulée que la Syrie et sept autres États n’avaient toujours pas adhéré à la Convention.
Le ministre Moallem a ensuite également affirmé que « les États-Unis ont commencé à goûter au poison du terrorisme qu’eux-mêmes soutiennent », faisant référence à la mort de l’ambassadeur américain à Benghazi, en Libye, le 11 septembre dernier dans une attaque mise sur le compte d’une manifestation devant le consulat contre le film islamophobe L’Innocence des musulmans.

Les accusations de Moallem
Peu après, devant l’Assemblée générale de l’ONU, M. Moallem s’est interrogé sur « les déclarations du Qatar, de l’Arabie saoudite, de la Turquie, des États-Unis, de la France qui encouragent et soutiennent clairement le terrorisme en Syrie en (lui) fournissant de l’argent, des armes et des combattants étrangers ». Le gouvernement syrien considère les opposants armés à son régime comme des « terroristes ». Ces pays devraient au contraire « promouvoir le dialogue et renoncer à la violence », tandis que le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Anders Fogh Rasmussen, déclarait parallèlement que l’OTAN n’a aucun projet d’intervenir en Syrie.
M. Moallem a également appelé « l’opposition nationale à travailler ensemble pour mettre fin à l’effusion de sang et à s’asseoir à la table de dialogue » avec le gouvernement syrien, soulignant que Damas « continue de croire en une solution politique », précisant que ce « dialogue national » permettra de définir « la voie à suivre pour mettre en place une Syrie davantage pluraliste et démocratique ». Le ministre syrien a aussi critiqué les sanctions internationales contre Damas, faisant valoir qu’elles « nuisent aux conditions de vie des citoyens syriens ».
En recevant dans la matinée M. Moallem avant son discours, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon avait appelé le régime syrien « à montrer de la compassion pour son propre peuple ». Selon son porte-parole Martin Nesirky, M. Ban a condamné « dans les termes les plus fermes » devant M. Moallem la poursuite des violences et des violations des droits de l’homme en Syrie ainsi que les bombardements « commis par le gouvernement ». M. Ban a « noté qu’une baisse de la violence pourrait préparer le gouvernement (syrien) à un processus politique ». Il a exprimé sa « profonde frustration devant le fait qu’après 19 mois de répression et de combats, la situation continuait de s’aggraver ».
Toujours au niveau diplomatique, le secrétaire général de la Ligue arabe Nabil el-Arabi a estimé hier, au IIIe Sommet de l’ASPA à Lima, que la Syrie traverse « une crise asphyxiante », regrettant l’absence de solution pour mettre un terme à « l’hémorragie » dont est victime le pays.

Les souks d’Alep
Sur le terrain, de violents combats entre soldats et rebelles ont secoué hier les souks d’Alep, déjà fortement endommagés au cours du week-end. Une source militaire a ainsi affirmé que les rebelles « tentaient de prendre d’assaut la mosquée des Omeyyades », non loin des souks. Le chef de brigade rebelle el-Tawhid, Abdel Kader Saleh, la plus puissante à Alep, a affirmé de son côté que « l’armée a transformé la mosquée des Omeyyades en caserne ». Régime et rebelles se sont accusé mutuellement d’être à l’origine des dégâts causés aux souks. Classées par l’Unesco en 1986, avec la vieille ville d’Alep, leurs quelque 1 550 échoppes étaient depuis des siècles l’un des centres névralgiques du commerce au Moyen-Orient. La France a exprimé hier sa « vive condamnation suite à la destruction par les flammes du marché médiéval d’Alep causée par de violents bombardements ». Les portes de bois des échoppes, remplies d’étoffes et de broderies, s’étaient rapidement consumées après les premiers combats samedi. Cinq de la quarantaine des marchés du souk, comme le souk des femmes, celui de l’or ou encore celui des abayas, ont été entièrement détruits, selon des témoins, même s’il reste difficile d’estimer les dégâts en raison des combats. Toujours à Alep, des combats ont également éclaté dans d’autres secteurs. L’immeuble abritant le gouvernorat local a été la cible d’un tir, « provoquant la panique parmi les fonctionnaires », selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui a établi un bilan provisoire d’au moins 120 morts pour la journée d’hier.

Encore des enfants tués
À Idleb, province voisine d’Alep dans le nord-ouest du pays, au moins 21 civils, dont huit enfants, ont été tués dans un raid aérien mené par les troupes du régime sur la localité de Salqine, selon l’OSDH et des militants. Une vidéo postée sur Internet montre des images insoutenables de corps carbonisés et démembrés, dont ceux d’enfants. La télévision d’État syrienne a par la suite affirmé que les forces du régime « ont tué la plupart des terroristes qui ont attaqué la ville de Salqine », évoquant « des terroristes d’el-Qaëda et des non-Syriens ».
Dans le reste du pays, les forces loyalistes ont bombardé hier les positions des rebelles dans les banlieues est de Damas, rapportent des activistes et des personnes présentes sur place. Selon l’OSDH, les forces syriennes visaient des zones rurales autour des banlieues de Zamalka, de Rankouss et d’Ain Terma dans l’est de Damas.
La mort a aussi frappé ailleurs dans le pays, dans les régions défendues farouchement par les rebelles comme à Deraa, où au moins cinq personnes, dont une femme, ont péri dans le pilonnage par l’armée, selon l’OSDH.
Au moins 18 soldats syriens ont par ailleurs été tués et 30 autres ont été blessés dans une embuscade rebelle contre un convoi de voitures, de camions et de véhicules sur la route de Homs, dans le centre du pays, selon l’OSDH.
(Sources : agences et rédaction)
Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, a accusé les États-Unis d’œuvrer à la chute du régime de Damas en se saisissant du prétexte des armes chimiques comme ils l’ont fait en Irak, lors d’une interview accordée à la chaîne el-Mayadeen au siège de l’ONU à New York en marge des réunions de l’Assemblée générale. « Ces armes chimiques en Syrie, si elles existent, et je dis bien si elles existent, comment est-il possible que nous les utilisions contre notre propre peuple ? C’est du n’importe quoi », a-t-il affirmé selon des extraits de l’entretien diffusés par la chaîne, résolument antiaméricaine et anti-israélienne. « Mais, a-t-il précisé, cela ne veut absolument pas dire que la Syrie détient un stock d’armes chimiques ou qu’elle a l’intention d’utiliser ces armes...
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