Ramzi Joreige, un grand défenseur des libertés publiques.
Dans son discours, l’ambassadeur a retracé les diverses étapes de la carrière du bâtonnier, depuis l’obtention de sa licence à l’USJ, ses années d’enseignement à la faculté de droit, la constitution de son cabinet, son initiative de créer l’Institut de formation des avocats et son rôle actif dans le renforcement des liens entre la France et le Liban, en particulier entre les barreaux de Paris et de Beyrouth.
Prenant la parole à son tour, le bâtonnier Joreige a remercié le président François Hollande ainsi que le président Nicolas Sarkozy qui lui a décerné cette décoration. Il a également remercié l’ambassadeur Denis Pietton et le bâtonnier Jean-Marie Burguburu, qui ont tous les deux œuvré pour cette nomination. Remerciant ensuite l’ambassadeur Paoli, M. Joreige s’est adressé à lui en ces termes : « Permettez-moi de reprendre ici ce que je vous écrivais dans la réponse à la lettre m’apprenant ma nomination : “Afficher avec constance et détermination ma francophilie ne relève pas seulement de mon attachement à la France mais également de mon engagement naturel à servir mon propre pays”. De fait, pour un Libanais, être francophile, ce n’est pas avoir une double allégeance, mais c’est mieux comprendre sa propre identité et assumer pleinement ses exigences. »
Il a souligné que la France et le Liban ont en commun des valeurs essentielles, la démocratie, la liberté et l’État de droit, affirmant que le Liban y est d’autant plus attaché que ces valeurs sont souvent bafouées dans les pays de la région. « Mon implication en faveur de la francophonie, elle est tout aussi naturelle, ayant fait mes études tant secondaires qu’universitaires dans des établissements dont le français était la langue d’enseignement et j’ai toujours considéré que la francophonie est un espace de rencontre entre des peuples partageant les mêmes valeurs. Parmi ces valeurs communes, la première est notre attachement à la démocratie. Malgré les défauts de la pratique démocratique au Liban, notre pays reste une exception dans un monde arabe où la plupart des régimes oscillent, en dépit des aspirations du printemps arabe, entre le totalitarisme et ce que Michel Seurat appelait “l’État de barbarie” . Nous demeurons également attachés à une autre valeur, l’État de droit, fondé sur l’instauration d’une justice indépendante, assurant aux justiciables un procès équitable et aux citoyens la protection de leurs droits fondamentaux et de leurs libertés », a noté Ramzi Joreige.
« Durant mon mandat de bâtonnier, je me suis efforcé de renforcer, entre le barreau de Paris et celui de Beyrouth, des liens qui prennent leur source dans une même conception du droit et du rôle de l’avocat, et dans un même idéal de justice, fondé sur les droits de l’homme et les libertés publiques, Mais ces valeurs communes ne sont jamais un acquis définitif. Elles sont une conquête de tous les jours, surtout dans un Liban dont les assises sont régulièrement menacées par les appétits extérieurs et par l’incapacité d’une grande partie de sa classe politique. En vue de pallier ce danger, nous comptons sur le soutien de la France non seulement pour nous aider à sauvegarder et défendre ces valeurs, mais également à établir un véritable État de droit, d’autant plus nécessaire qu’il suffit de constater, autour de nous, ce à quoi peut mener un État de non-droit », a-t-il souligné.
M. Joreige a ensuite évoqué les liens d’amitié qui unissent la France et le Liban, ainsi que le soutien constant de la France à un Liban indépendant et souverain, pluraliste et multiconfessionnel : « Consolider les relations franco-libanaises sur les plans politique, économique et culturel, c’est aussi être fidèle à une amitié séculaire qui s’est traduite, au fil du temps, par le soutien indéfectible de la France à un Liban indépendant et souverain, pluraliste et multiconfessionnel, et c’est, par-delà cette amitié, servir les intérêts de nos deux nations. » Qu’il me suffise, à ce sujet, de rappeler ici ce que disait le général de Gaulle, recevant en 1965 le président de la République libanaise : « Depuis toujours, le Liban apparaît aux Français comme la porte de l’Orient, et depuis beaucoup de siècles, la voix de l’Occident est pour les Libanais, avant tout, celle de la France... Rien ne fut, au total, plus fécond que les contacts de toutes sortes qui nous ont longuement rapprochés. Rien ne demeure plus constant que l’amitié qui nous unit. »
Ramzi Joreige a enfin souligné le rôle de l’ordre des avocats de Beyrouth, qui, depuis sa création, a toujours défendu l’État de droit et les libertés publiques. « J’appartiens, depuis cinquante ans, à l’ordre des avocats de Beyrouth, fondé en 1919, soit un an avant la proclamation, dans cette résidence même, de l’État du Grand Liban. Depuis sa création, cet ordre s’est employé à défendre, contre vents et marées, la souveraineté du Liban, l’État de droit, les libertés publiques, autant de valeurs auxquelles la France est si attachée. Permettez-moi, à l’heure où je reçois cette éminente distinction, de considérer qu’elle est une reconnaissance, non de mes seuls mérites, mais aussi de ceux de l’institution à laquelle j’ai la fierté d’appartenir », a-t-il indiqué.
En conclusion, M. Joreige a remercié son épouse Mona et ses deux enfants Khalil et Lamia, ainsi que les membres de son cabinet, associés et collaborateurs pour leur soutien précieux et constant. Il a enfin exprimé toute sa reconnaissance à l’ambassadeur Paoli pour son accueil « en ce lieu si chargé d’histoire », ainsi qu’aux personnalités et amis qui ont partagé avec lui ces moments de fierté et de joie.

