Du moins la réaction des agriculteurs concernés suggérait-elle ce sérieux, surtout avec l’utilisation des obus de mortier et autre artillerie contre les forces de sécurité (cf. L’Orient-Le Jour du 24/7/2012).
Surprenant ? Peut-être, tant on nous avait habitués à ce que ces campagnes soient faites avec le moins de dégâts possible, juste pour plaire aux gouvernements occidentaux sans trop fâcher les grands « Dons » du cartel libanais.
Cependant, est-ce aussi surprenant que la réaction de quelques médias, hommes politiques, agriculteurs et stars du show-biz libanais ?
En effet, durant les jours qui suivirent, même quelques membres du gouvernement, supervisant directement cette campagne, nous ont paru apologétiques, tant certains médias avaient bombardé nos pauvres cerveaux d’arguments en faveur de cette culture qui, à ce qu’il paraît, devrait être encouragée tant ses effets sont bénéfiques pour nos âmes et nos corps, et surtout pour notre économie.
On a appris que cette démarche de l’État pourrait nuire à l’économie libanaise autant, sinon plus, que la guerre de 2006.
Quelques-uns ont même senti que les géants de l’industrie pharmaceutique mondiale seraient intéressés par la production de la plaine de la Békaa et seraient prêts à y investir des milliards de dollars... Et dire que l’État voulait tuer cette poule aux œufs d’or !
Quelques mois plus tard, le même scénario se reproduit avec l’entrée en vigueur de la loi antitabac. Une fois de plus, on a trouvé des excuses – pardon, des bénéfices – à la consommation du tabac dans les endroits publics grâce à certains propriétaires de restaurants qui ont profité de la situation pour faire passer leur message, menacer leurs employés de licenciement et réclamer eux aussi un traitement de faveur similaire à celui que les agriculteurs de la Békaa réclament. Sinon, qu’est-ce qui explique leur silence hypocrite face à une loi dont l’entrée en vigueur a été annoncée il y a plus d’un an ?
Ils pouvaient s’appuyer sur un support de taille : les médias. Alors que ces derniers devraient jouer le rôle d’éclaireur des zones obscures et fournir aux gens ignorants des arguments convaincants qui les informeraient du pour et du contre d’une chose, nous avons découvert, malheureusement, que certains d’entre eux sont eux-mêmes plutôt ignorants. On l’a vu quand le meilleur argument que quelques chaînes ont présenté consistait à relier entre elles cette démarche du gouvernement et les échecs précédents de mise en application de la loi. Mais quel lien peut-il y avoir entre le contexte de la loi antitabac et la destruction des champs de cannabis ?
Pour un Libanais vivant à l’étranger, je me demandais ce que ses hôtes penseraient de notre pays et de notre niveau d’intelligence et d’éducation, nous qui nous considérons si distincts et supérieurs à nos frères humains.
Pour une fois que notre gouvernement se décide à appliquer la loi, tant bien que mal et avec je ne sais quelle arrière-pensée, nous trouvons des Libanais qui s’y opposent. Pire encore, quelques médias s’amusent à trouver des alibis aux hors-la-loi, trafiquants et autres bénéficiaires du chaos qui règne dans le pays, et accentuent la division entre les Libanais pour l’étendre à tous les fronts, même ceux qui atteignent leur santé.
Enfin, nous avons toujours cru que l’économie libanaise reposait sur des bases bien plus fortes – même si elles ne le sont pas assez – que quelques hectares de haschisch et quelques restaurants de chicha.
Il serait souhaitable que l’on n’insulte pas notre intelligence et que l’on se contente de répercuter la réalité de la situation plutôt que d’exposer aux autres habitants du « Global Village » nos divisions et, pire, ces piètres et vaines justifications d’une situation absurde qui n’a que trop duré.

