Comme en riposte, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a affirmé que ses troupes avaient éliminé 500 « terroristes » du PKK en un seul mois. Invérifiable, douteux même, mais ce bilan et la rhétorique guerrière qui l’accompagne témoignent d’un progressif retour du pays vers les heures sombres des années 1990.
Ankara a en outre accusé le régime du président Bachar el-Assad d’être à l’origine de ce regain de violence par son soutien aux Kurdes, en riposte au soutien affiché par les Turcs aux rebelles qui ont juré sa perte.
De fait, la dégradation récente des relations entre la Turquie et la Syrie, l’Irak et l’Iran, qui abritent de fortes minorités kurdes et lui ont souvent prêté main-forte contre le PKK, a offert une ouverture aux séparatistes kurdes de Turquie. « Le PKK a compris ce nouvel environnement comme une opportunité », juge Hugh Pope, de l’International Crisis Group. Mais cette conjonction n’explique pas tout. « Nous en serions au même point sans la Syrie », assure la députée du Parti pour la paix et de la démocratie (BDP, prokurde) Gülten Kisanak, rappelant que « le PKK avait prévenu qu’il intensifierait sa guerre en cas d’échec des négociations avec le gouvernement ».
Immunité perdue
Arrivé en 2003 à la tête du gouvernement, M. Erdogan avait annoncé sa volonté de mettre un terme à un conflit qui, depuis 1984, a fait 45 000 morts. De 2009 à 2011, son gouvernement a négocié avec le PKK. Mais ces discussions ont capoté. Depuis un an maintenant, la guerre a donc repris ses droits. Aux offensives des rebelles et à leur nouvelle stratégie d’occupation du terrain répondent les opérations de représailles musclées de l’armée. L’heure est à la fermeté. « Notre combat contre le terrorisme continuera sans aucune hésitation », a martelé le chef du gouvernement la semaine dernière, affirmant que « les terroristes doivent savoir que les opérations de l’armée dans le pays ne cesseront que s’ils déposent les armes ».
Sur une ligne extrême, le Parti nationaliste (MHP) encourage le pouvoir à durcir le ton. Dénonçant « la négligence et l’apathie du gouvernement », son chef Devlet Bahçeli l’a même exhorté à décréter la loi martiale. Le chef du principal parti d’opposition, le Parti républicain populaire (CHP), Kemal Kiliçdaroglu, a lui aussi rejeté toute discussion sur une éventuelle autonomie des régions à majorité kurde « avec l’organisation terroriste ». La guerre a gagné le terrain judiciaire, avec l’emprisonnement de milliers de personnes jugées proches du PKK. Des députés du BDP sont également menacés de perdre leur immunité parlementaire pour avoir été filmés en train de donner l’accolade à des rebelles du PKK.
Une politique qui inquiète les défenseurs des droits de l’homme. « Il faut que le gouvernement mette un terme aux abus de la législation antiterroriste et aux internements de masse, estime Emma Webb Sinclair de Human Rights Watch, sinon il ne fera qu’alimenter la violence. » « Le gouvernement a choisi une option militaire qui a toujours échoué, insiste Hugh Pope, c’est un piège, sa seule chance est de faire des réformes qui donneront aux Kurdes le sentiment qu’ils sont traités équitablement. » « Nous souhaitons simplement la levée de l’embargo qui frappe les droits des Kurdes », affirme Mme Kisanak, et « si le gouvernement fait le choix de négocier, le PKK n’aura pas d’autre choix que de le suivre ».
(Source : AFP)


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