À travers le détroit d’Ormuz transitent, on le sait, quelque 500 navires par semaine, dont 60 pour cent de pétroliers et de méthaniers, transportant 40 pour cent des exportations de brut, sur lesquelles continue de planer la menace iranienne, sans cesse renouvelée, d’un blocage aux retombées incalculables sur une économie mondiale à la convalescence dangereusement chancelante.
Les deux initiatives en forme de roulements de tambours, puis le discours musclé de Barack Obama devant l’Assemblée générale des Nations unies, semblent avoir été insuffisants à calmer les ardeurs belliqueuses de Benjamin Netanyahu et de son ministre de la Défense, l’ex-général Ehud Barak. À en croire Danny Danon, « pendant que le président américain exposait à l’ONU sa vision rose du Moyen-Orient, les centrifugeuses de Natanz, Qom et Fordow continuent de tourner ». Le vice-président de la Knesset ne fait ainsi que relayer le message du chef du gouvernement, pour qui, il le dit et redit à intervalles réguliers, il importe de fixer des lignes rouges. L’ennui, c’est que les dates butoirs avancées par « Bibi » changent d’une période à l’autre. En l’an 2009, il parlait déjà de « quelques mois » avant que les savants iraniens ne mettent au point leur bombe. Trois ans plus tard, il prétend que « dans six mois, ils auront fait 90 pour cent du chemin ». On peut être certain qu’au lendemain de la présidentielle du 6 novembre, il ajustera une fois de plus le tir, suivant le principe de la navigation à vue.
Entre cette rhétorique alarmiste et le calme de la population israélienne, la différence est grande. Ce n’est pas encore, loin de là, la course à l’achat de masques à gaz, encore moins à l’aménagement d’abris. L’homme de la rue demeure convaincu que les accents volontiers messianiques de son Premier ministre sont destinés à hâter une intervention du Big Brother, fort improbable en ces dernières semaines, décisives pour le choix du futur occupant du bureau Ovale. Selon un sondage de l’Institut israélien des études sur la sécurité nationale, ils ne sont que 18 pour cent à croire à une attaque nucléaire iranienne, mais beaucoup plus nombreux, par contre, à appréhender un abandon de leur cause par Washington. Et en cas d’agression ? 70 pour cent d’Américains sont opposés à une riposte unilatérale et, plus grave, 59 pour cent voudraient qu’Israël commence par se défendre seul avant d’appeler l’Oncle Sam au secours.
La maladresse de l’État hébreu est pour beaucoup dans cette inhabituelle tiédeur. En intervenant dans la course à la Maison-Blanche, a-t-on constaté un peu tard, Netanyahu a braqué jusqu’à des ténors du Grand Old Party, jadis alliés indéfectibles, aujourd’hui inquiets devant la montée de l’antiaméricanisme concrétisée par l’explosion de violence qui a accompagné la diffusion des 14 minutes de la bande-annonce de l’odieux navet Innocence of Muslims et des caricatures de Charlie Hebdo.
À un moment où l’administration démocrate se trouve confrontée aux dures réalités d’un Irak bien plus violent qu’il y a huit ans, soit à la veille de l’opération « Shock and Awe », où le début de retrait d’Afghanistan se révèle plus douloureux encore que prévu, où un débat s’instaure sur les nécessités, grâce aux drones notamment, de guerres « propres », des commentateurs en viennent à se poser la question : « Un Iran nucléaire ? Et alors ? »
Au fond, oui, et alors ?...
"Iran nucléaire ? Et alors ? Au fond, oui, et alors ?..." ! Au fond, oui, et alors qu'est-ce qu'on a à faire dans ce Bazar mahééék ! !
06 h 15, le 27 septembre 2012