« Resolve », œuvre photographique et mixed media.
À travers une image de la Palestine, pérégrination moderne pour un questionnement des sociétés plus enclines au rabibochage qu’à la résolution d’un problème...
Vingt et une pièces de Mahmoud Hojeij. Toutes représentant, en une même photo et sous un même angle, un bout de la Palestine. En objectif déclinant la lumière sur tous les tons. Variations et prétexte pour un minimalisme éloquent et un art conceptuel interrogeant les sociétés qui s’écartent, en toute finauderie, de toute solution d’un problème.
Pour la première exposition du cinéaste Mahmoud Hojeij, un minimalisme certes serein (ô combien faussement !), mais qui interpelle et pique la curiosité. Avec un zeste de provocation et de ras-le-bol d’un outrancier consumérisme. Une exposition loin des canons formels de l’esthétique ou des besoins décoratifs, mais qui ouvre la voie à la réflexion, aux dénonciations, aux interrogations.
Réflexions, dénonciations et interrogations concernant toutes les sociétés qui rabibochent et bricolent un quotidien où jamais rien n’est sérieusement résolu. Notre carré de terre avant tout autre coin de la planète est à cette enseigne, mais il semble qu’ailleurs n’est pas toujours forcément mieux que chez nous.
Pour en revenir à nos moutons, vingt et une pièces donc, groupées selon l’inspiration et l’humeur de l’artiste par lot de sept. Trois fois sept pour un ensemble cumulant addition et soustraction. Explication: sur ce bout de terre de la Palestine, objet d’un rêve, de dissensions, de querelles, de sophismes creux, de luttes, de schismes politiques et sociaux viennent, par extrapolation, se greffer des thèmes divers. Notamment ceux de la (sur)consommation actuelle.
En fait, cette histoire de la Palestine, pomme de discorde et brasier allumé au cœur des hommes, fracturant Orient et Occident, n’aurait-elle pas été possible d’être résolue si l’on voulait, vraiment, une paix et une justice pour tous? On se perd dans les méandres des jours et de l’histoire, et on laisse en suspens l’essentiel.
Suivant cette même idée et schéma de bricolage, de rafistolage, d’expédients, de repli, de détournement, de flou délibéré, de refus d’affronter une vérité nue et un mécanisme déglingué, Mahmoud Hojeij introduit son univers personnel, privé, particulier. En conjuguant talent de photographe et regard d’intellectuel acide qui fait feu de tous bois.
Aux sept photos lisses et lumineuses, d’un soir qui tombe ou d’un jour qui se lève, en un camaïeu de bleu et de gris, d’un paisible rivage, sacré et solitaire, s’ajoute brusquement, dans le lot des sept autres photos, un robinet-mélangeur en relief, vissé à même l’image... Ce robinet que personne ne veut réparer et qu’il est plus facile de remplacer.
De même, soustraction d’un pan de ciel, avec ces tubulures noires d’un radiateur détraqué qui plombent l’horizon. Et ainsi s’égrènent les idées et les images, en ajout ou en retrait, de ce paysage immuable.
Un pot d’échappement de voiture, comme un œil de cyclone en panne, qui trône dans un ciel clair, cette plaque signalétique de la route qui obstrue la douceur d’un paysage, cette serrure à la clef noircie au cœur d’une montagne verdoyante, ces lettres en fer, figées et oxydées, d’une dactylo morte depuis que le clavier d’ordinateur a tyranniquement et exclusivement voix au chapitre des textes à traiter.
Intégrés dans ce paysage de la Palestine, ces objets insolites, oniriques, surréalistes, obsolètes et baroques. Des objets cadrés en toute tranquille insolence. Des objets qu’on aurait tort de croire frivoles ou farfelus. Ces objets «déplacés» (ou mal placés?), catapultés d’ailleurs, ont une raison d’être ici. Par préméditation et volonté. C’est qu’ils forcent le visiteur ou le spectateur à s’interroger sur la raison de leur abandon, leur mort, leur survie, leur intégration – forcée ou naturelle, mais comment le savoir, puisque le paysage tient toujours tout comme le système social ou politique – dans un environnement qui n’est pas le leur... Attitude fondamentale d’une société en dysfonctionnement et en mal de gestion. Et qu’un artiste tel que Mahmoud Hojeij accuse de supercherie, de surenchère, de dévoiement, de laisser-aller, de complaisance, de facilité. En posant l’équation, mais jamais en donnant la solution. En un sage qui voit tout et montre tout du bout du doigt, se gardant bien de commenter ou juger. L’art, jamais innocent, peut-il tout transcender ?
*L’exposition de Mahmoud Hojeij se poursuit à la galerie Agial, Abdel Aziz (Hamra,) jusqu’au 29 septembre.

